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Dans les espaces ruraux, une offre d’emploi moins mixte et orientée vers les secteurs à dominante masculine

Année de publication2021
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Si elle diminue depuis 30 ans, en particulier depuis la fin des années 199083, la ségrégation professionnelle entre les femmes et les hommes, c’est-à-dire l’inégale répartition des femmes et des hommes entre les différentes professions, demeure forte et contribue à expliquer les inégalités de rémunérations entre sexes84. D’un point de vue territorial, c’est à l’échelle des secteurs d’activité, et non des professions, que peut se mesurer le degré de mixité femmes-hommes au travail85. Sur 3786 secteurs d’activité, 4 secteurs sont « à prédominance féminine »87 (comme les secteurs de l’hébergement médico-social et social, de la santé humaine ou encore de l’enseignement) et regroupent 39 % des emplois occupés par les femmes, 16 secteurs sont « à dominante masculine »88 (comme la construction, les industries extractives ou encore la métallurgie) et regroupent 37 % des emplois occupés par les hommes. Au total, 38 % des actifs occupés travaillent dans un secteur peu mixte associé à leur genre.

Dans l’ensemble, les territoires ruraux se distinguent des territoires urbains par une offre d’emploi moins mixte (60 % des emplois dans des secteurs peu mixtes contre 47 % dans les communes urbaines), principalement orientée vers les secteurs à dominante masculine (36 % de l’offre d’emploi des communes rurales contre 21 % dans les communes urbaines) et une forte concentration de l’emploi féminin dans le secteur médico-social (20 % de l’emploi féminin).

Le degré de mixité de l’offre d’emploi suit un gradient urbain-rural assez net : plus les emplois sont localisés dans des espaces peu denses, plus ils ont de chance de dépendre de secteurs peu mixtes du point de vue du genre, en raison de la localisation des activités sur le territoire. C’est ainsi dans les communes très peu denses que la part de l’emploi dans des secteurs peu mixtes est la plus forte : 70 % contre 45 % dans les communes denses. Outre le commerce – secteur mixte qui demeure le premier secteur d’emplois dans les villes (13 % des emplois) comme dans les campagnes (11 % des emplois) –, les principaux secteurs pourvoyeurs d’emplois dans les communes rurales sont ceux de l’hébergement médico-social et social, de l’action sociale sans hébergement (à 83 % féminin), de l’agriculture (à 71 % masculin) et de la construction (à 89 % masculin).

De même, on fait le constat d’une structure de l’emploi nettement orientée vers les secteurs à dominante masculine dans les espaces ruraux. Pour les hommes, la probabilité d’occuper un poste dans un secteur à dominante masculine augmente ainsi fortement à mesure que la densité baisse : dans les communes très peu denses, une large majorité des hommes (66 %) occupe un poste dans un secteur à dominante masculine (notamment la construction et l’agriculture qui cumulent 28 % de l’emploi masculin dans les espaces ruraux), contre seulement 30 % dans les communes très denses. Le constat est identique pour les femmes, mais dans des proportions moindres (43 % des emplois féminins dans les territoires ruraux dépendent de secteurs à dominante féminine contre 36 % dans les territoires urbains).

Dans les territoires ruraux, ce phénomène se traduit, d’une part, par une plus forte probabilité pour les femmes d’occuper un emploi dans un secteur à dominante masculine (l’agriculture en particulier, mais également le secteur des transports et de l’entreposage), et d’autre part, par une faible diversité de l’emploi féminin, fortement concentré dans le secteur de l’hébergement médico-social et social et de l’action sociale sans hébergement, qui emploie 1 femme sur 5 (soit le double de ce qui est observé dans les territoires urbains).

 

83. Argouarc’h J., Calavrezo O., 2015, « La répartition des hommes et des femmes par métiers. Une baisse de la ségrégation depuis 30 ans. », Dares Analyses, n°079.
84. Cf. encadré « Pourquoi les femmes gagnent-elles moins que les hommes ? » dans la présente publication.
85. Moins précis que les métiers, les secteurs d’activité du recensement de la population (Insee) ont l’avantage de permettre une approche territoriale, contrairement à la nomenclature des métiers utilisée dans l’enquête Emploi (Insee), enquête non territorialisée finement.
86. Le secteur intitulé « Activités indifférenciées des ménages en tant que producteurs de biens et services pour usage propre » a été exclu car il ne s’agit pas d’un secteur d’activité à proprement parler.
87. C’est-à-dire que la part des femmes y est supérieure d’au moins 15 points à la part des femmes dans l’emploi total qui est de 48 %.
88. C’est-à-dire que la part des femmes y est inférieure d’au moins 15 points à la part des femmes dans l’emploi total.

Argouarc’h J., Calavrezo O., 2015, « La répartition des hommes et des femmes par métiers. Une baisse de la ségrégation depuis 30 ans. », Dares Analyses, n°079

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