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Dans tous les pays, les Européens gagnent plus que les Européennes

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2021
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En Europe, les femmes gagnent en moyenne 15 % de moins que les hommes à temps de travail équivalent23. Si ce phénomène s’observe dans tous les pays, il est cependant présent dans des proportions variables en fonction de la structure de leur marché du travail, notamment en matière de taux d’activité des femmes et de répartition des femmes et des hommes dans les différents secteurs d’emploi24.

Les écarts les plus significatifs s’observent en Estonie (-25 %), en Tchéquie et en Allemagne (-21 %) tandis qu’en Roumanie (-3,5 %), en Italie et au Luxembourg (-5 %), ces écarts semblent contenus. La France se situe quant à elle légèrement au-dessus de la moyenne européenne (15,4 %, soit 0,5 point d’écart supplémentaire).

Dans l’ensemble, les écarts de rémunération constatés entre les femmes et les hommes sont plus importants dans les pays où les femmes sont plus actives. En Allemagne, en Autriche ou encore en Suisse25, les forts taux d’activité des femmes (supérieurs à 70 %) s’accompagnent pour ces dernières d’une plus forte probabilité d’être moins payées que les hommes, à temps de travail égal (entre 17 % de moins en Suisse et 21 % en Allemagne).

Eurostat, producteur de ces données, estime qu’environ un tiers des écarts de rémunération liés au genre s’« expliquent » par un meilleur positionnement des hommes sur le marché du travail26, lié en particulier aux secteurs d’emploi dans lesquels ils travaillent27. De fait, l’inégale répartition des femmes et des hommes entre les différents secteurs d’emploi est le principal facteur explicatif de la moindre rémunération des femmes dans la majorité des pays européens. Ce mécanisme s’observe particulièrement dans les pays situés à l’est du continent (Hongrie, Lettonie, Roumanie) – où les écarts de rémunérations sont par ailleurs moins forts –, mais également de façon significative en Suède et en France. En Allemagne, en Autriche et aux Pays-Bas, le poids du temps partiel a une double conséquence sur le salaire des femmes : elles gagnent moins en raison du moindre nombre d’heures de travail salarié, mais elles sont également moins payées du fait de ce statut, à temps de travail comparable à celui des hommes28.

Dans certains pays, les caractéristiques associées aux emplois occupés par les femmes (secteur d’activité, niveau d’éducation, métiers...) devraient théoriquement se traduire par une rémunération supérieure à celle des hommes. Néanmoins, c’est l’inverse qui s’observe : en Roumanie et en Italie, bien que les femmes aient un niveau d’éducation sensiblement plus élevé que les hommes et exercent des métiers en moyenne plus rémunérateurs, elles restent moins payées que les hommes.

L’écart de rémunération horaire femmes-hommes recule très lentement à l’échelle européenne, à raison de 0,9 point entre 2010 et 2017. En France, les inégalités de rémunération reculent même plus lentement que dans la moyenne des pays européens : l’écart a baissé de seulement 0,2 point entre 2010 et 2017. Certains pays ont enregistré une baisse rapide de cet écart comme la Roumanie (-5,3 points), la Hongrie (-4,3 points) ou encore la Belgique (-4,2 points). En Pologne, en Croatie ou encore à Malte, cet écart s’est accru durant la période.

Ces chiffres correspondent à une évaluation des écarts de rémunération horaire femmes - hommes, c’est-à-dire à temps de travail comparable. Or, près d’une femme sur trois en Europe travaille à temps partiel et jusqu’à 75 % aux Pays-Bas. Pour tenir compte de cet aspect du travail des femmes, mais également de leur taux d’emploi, un indicateur d’« écart de revenus global » a été calculé par Eurostat29 qui place les Pays-Bas, l’Allemagne, l’Autriche et la Suisse30 en tête des pays où les écarts de revenus entre les femmes et les hommes sont les plus élevés en Europe.

 

ZOOM

Pourquoi les femmes gagnent-elles moins que les hommes ?

 

En France, depuis les années 1970, la féminisation rapide de la population active, l’allongement de la durée de carrière des femmes et la progression très importante de leur niveau de diplôme n’ont pas permis de parvenir à une situation d’égalité salariale entre les femmes et les hommes. Malgré l’inscription en 1972 dans le Code du travail du principe d’égalité de rémunération entre les femmes et les hommes, l’écart entre la rémunération moyenne des femmes et celle des hommes stagne depuis la fin des années 199031, après s’être réduit à un rythme très lent. En 2015, les femmes salariées gagnent ainsi 24 % de moins que les hommes salariés32 33. La décomposition de cet écart permet d’en identifier la plupart des causes.

Le poids du temps partiel

Le temps partiel, qui concerne 29 % des femmes et seulement 8 % des hommes, explique environ un tiers des écarts de rémunération entre les femmes et les hommes. Une partie importante de l’écart de rémunération moyenne femmes-hommes s’explique ainsi par le plus faible volume d’heures travaillées par les femmes. En équivalent temps plein, les femmes gagnent 17 % de moins que les hommes34.

Ségrégation professionnelle et plafond de verre

L’inégale répartition des femmes et des hommes dans les différents métiers, parfois qualifiée de « ségrégation professionnelle », explique également une partie importante de l’écart de rémunération moyenne femmes-hommes. On estime ainsi qu’un peu plus de la moitié des métiers ne sont pas mixtes, c’est-à-dire que le taux de féminisation y est soit particulièrement bas, soit particulièrement élevé35. Or, les métiers à prédominance féminine sont généralement moins rémunérateurs que les métiers mixtes ou à prédominance masculine36. De plus, les femmes accèdent moins souvent à des postes à responsabilité, phénomène autrement appelé « plafond de verre » : on estime par exemple que les 1 % d’emplois les mieux rémunérés sont à 80 % occupés par des hommes37.

Le poids des maternités

Les maternités enfin, constituent un des principaux freins à l’égalité salariale entre les hommes et les femmes. Pour bon nombre de femmes, l’arrivée d’un enfant entraîne une perte de salaire par le biais de différents mécanismes :

  • les femmes sont souvent amenées à réduire ou interrompre leur activité professionnelle après l’arrivée d’un enfant, en raison des contraintes associées à la parentalité dont la charge repose majoritairement sur les femmes38 ;
  • devenir mère implique un ralentissement de la progression de carrière des femmes et notamment de l’accès aux promotions, y compris pour les femmes qui n’ont pas interrompu ou ralenti leur activité39 ;
  • avec l’arrivée d’un enfant, les femmes ont tendance à privilégier des entreprises qui leur offrent une flexibilité horaire compatible avec la gestion de la vie parentale, et notamment des entreprises situées à proximité de leur domicile, plutôt que des entreprises qui les rémunèrent mieux40.

Les femmes avec un faible niveau de rémunération sont celles qui ont le plus de risques de connaître des ajustements dans leur activité professionnelle entraînant une perte de rémunération au moment où elles deviennent mères. Au contraire, la parentalité n’a aucun effet sur l’évolution de carrière et la progression des salaires des hommes41.

23. Écart de rémunération brute horaire des salariées et salariés travaillant dans des entreprises d’au moins 10 salariés, hors salariés des secteurs de l’agriculture, sylviculture et pêche (section A de la nomenclature statistique des activités économiques dans la Communauté européenne), de l’administration publique (section O) et des activités des ménages en tant qu’employeurs (section T). Source : Structure of Earnings Survey, Eurostat, 2017.
24. Cf. encadré « Pourquoi les femmes gagnent-elles moins que les hommes ? » dans la présente publication.
25. Mais également au Royaume-Uni.
26. Cette étude mobilise la méthode de Blinder-Oaxaca pour « décomposer » l’indicateur d’écart de salaire horaire femmes-hommes (Gender Pay Gap, ou « GPG ») à l’aide de 9 indicateurs ayant trait aux caractéristiques des individus enquêtés  (âge, niveau de diplôme), des emplois qu’ils occupent (métier, expérience dans l’entreprise, type de contrat, quotité travaillée) et des entreprises (secteur d’activité, publique / privée, taille). Leythienne D., Ronkowski P., 2018, “A decomposition of the unadjusted gender pay gap using Structure of Earnings Survey data”, Statistical Working Papers, Eurostat, 32 p.
27. Cela ne signifie pas pour autant que les deux tiers restants sont imputables à des comportements de discrimination sur le marché de l’emploi, très difficiles à mesurer à partir de ce type de données.
28. Cela peut par exemple s’expliquer par une évolution de carrière plus lente pour les femmes travaillant à temps partiel.
29. « Gender overall earnings gap », Source : Eurostat, 2014.
30. Où les femmes perçoivent entre 45 % (en Suisse) et 48 % (aux Pays-Bas) de revenus de moins que les hommes. Source : Eurostat, 2014.
31. Meurs D., Pora P., 2019, « Egalité professionnelle entre les femmes et les hommes en France : une lente convergence freinée par les maternités », Economie et Statistique, n°510-511-512.
32. Ou, pour le dire autrement : les hommes gagnent 31 % de plus que les femmes. En effet, à sommes constantes (par exemple 1 500 euros par mois pour une femme et 2 000 euros pour un homme), le calcul de l’écart de rémunération est plus faible si on se place du point de vue de la femme, c’est-à-dire de celle qui dispose du moins d’argent : celle-ci gagne (1500-2000)/2000*100 = - 25 % par rapport à l’homme quand celui-ci gagne (2000-1500)/1500*100 = + 33 % par rapport à la femme.
33. Source : Insee, panel Tous salariés, 2015. Georges-Kot S., 2019, «  Les facteurs d’écart dans la rémunération salariale entre les femmes et les hommes », in Emploi, chômage et revenus du travail, coll. Insee Références, édition 2019.
34. Ou, dit autrement, les hommes gagnent 21 % de plus que les femmes. Ibid.
35. Argouarc’h J., Calavrezo O., 2015, « La répartition des hommes et des femmes par métiers. Une baisse de la ségrégation depuis 30 ans. », Dares Analyses, n°079.
36. Chamkhi A., Toutlemonde F., 2015, « Ségrégation professionnelle et écarts de salaires femmes-hommes », Dares Analyses, n°082.
37. Source : Insee, panel Tous salariés, 2015. Georges-Kot S., 2019,  ibid.
38. En 2010, les femmes consacraient chaque jour 2,3 fois plus de temps au «  noyau dur des activités domestiques » (cuisine, vaisselle, ménage, rangement, linge, courses, gestion du ménage...) que les hommes et 3 fois plus de temps au  « soin des enfants ». Source : Insee - enquête Emploi du temps, 2010.
39. Meurs D., Pora P., 2019, ibid.
40. Coudin E. et al., 2019, « Entreprises, enfants : quels rôles dans les inégalités salariales entre femmes et hommes ? », Insee Analyses, n°44.
41. Coudin E. et al., 2019, ibid. Meurs D., Pora P., 2019, ibid.

Argouarc’h J., Calavrezo O., 2015, « La répartition des hommes et des femmes par métiers. Une baisse de la ségrégation depuis 30 ans. », Dares Analyses, n°079

Chamkhi A., Toutlemonde F., 2015, « Ségrégation professionnelle et écarts de salaires femmes-hommes », Dares Analyses, n°082

Coudin E. et al., 2019, « Entreprises, enfants : quels rôles dans les inégalités salariales entre femmes et hommes ? », Insee Analyses, n°44

Georges-Kot S., 2019, «  Les facteurs d’écart dans la rémunération salariale entre les femmes et les hommes », in Emploi, chômage et revenus du travail, coll. Insee Références, édition 2019

Leythienne D., Ronkowski P., 2018, “A decomposition of the unadjusted gender pay gap using Structure of Earnings Survey data”, Statistical Working Papers, Eurostat, 32 p.

Meurs D., Pora P., 2019, « Egalité professionnelle entre les femmes et les hommes en France : une lente convergence freinée par les maternités », Economie et Statistique, n°510-511-512

 

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