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Le taux d’activité des femmes et le poids du temps partiel reflètent des politiques nationales d’articulation entre vie familiale et vie professionnelle différenciées

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En 2019, 30 % des Européennes travaillaient à temps partiel contre seulement 8 % des Européens, des valeurs proches de celles enregistrées en France8. Premier facteur explicatif de la moindre rémunération des femmes9, le temps partiel ne concerne pas toutes les femmes européennes de la même façon.

Aux Pays-Bas, plus de 3 femmes sur 4 occupent un emploi à temps partiel quand elles sont à peine plus de 2 % en Bulgarie. À l’image des Pays-Bas, la plupart des pays d’Europe du Nord et de l’Ouest, où les taux d’activité des femmes sont plus élevés que dans le reste du continent, ont en commun un fort taux de temps partiel chez les femmes : c’est par exemple le cas en Suisse (62 %), en Autriche et en Allemagne (47 % pour ces deux pays). Dans les pays scandinaves qui affichent les plus forts taux d’activité féminine d’Europe, le temps partiel des femmes est également élevé, mais dans des proportions moindres (autour de 35 %). Au nord de l’Europe, les pays baltes (Lituanie, Lettonie, Estonie) enregistrent un taux d’emploi féminin à temps partiel particulièrement bas (autour de 10 %) dans un contexte de forte participation des femmes à la population active. Dans les pays d’Europe centrale et orientale comme en Pologne, en Hongrie, en Croatie ou encore en Roumanie, la part des femmes à temps partiel dépasse très rarement 10 %.

Les politiques d’articulation entre vie familiale et vie professionnelle diffèrent entre pays européens et expliquent les fortes variations enregistrées en matière d’insertion des femmes dans la vie active. Plusieurs modèles peuvent ainsi être distingués, associés à un poids et à des motifs de recours au temps partiel divers11 :

  • dans les pays nordiques (Norvège, Danemark, Suède, Islande, Finlande), les femmes connaissent un taux d’activité très élevé (systématiquement supérieur à 75 %) et un recours au temps partiel comparable à la moyenne européenne. En outre, le temps partiel des femmes se justifie plus rarement par des raisons familiales que dans les autres pays européens12. Ce modèle repose notamment sur la disponibilité et le recours importants à des modes de garde formels des enfants de moins de 3 ans, qui plus est accessibles financièrement. Les congés parentaux, de durées variables (longs en Norvège et en Finlande, plus courts en Islande), y sont également mieux rémunérés en moyenne et plus fréquemment utilisés par les hommes que dans les autres pays européens, garantissant un maintien des femmes dans l’emploi, malgré les maternités13 ;
  • les pays baltes (Estonie, Lettonie, Lituanie) connaissent également un taux d’activité des femmes très élevé, en raison d’un récent et rapide phénomène de rattrapage14. Le temps partiel y est peu développé (entre 10 et 15 % des actives en emploi) et se justifie très peu par la nécessité de s’occuper d’enfants ou d’adultes invalides15, malgré un faible investissement des États pour le développement de modes de garde formels16 ;
  • dans les pays continentaux du Nord-Ouest (Allemagne, Autriche, Suisse, Pays-Bas, Belgique, Luxembourg et France) et en Irlande17, la présence relativement forte des femmes sur le marché du travail18 s’accompagne d’un recours massif au temps partiel (jusqu’à 75 % aux Pays-Bas), en forte progression sur la période récente19, en particulier en Autriche (+ 21 points entre 1995 et 2019), en Allemagne (+ 13 points sur la période) et au Luxembourg (+ 11 points). Dans ces pays, le temps partiel est très souvent « choisi » par les femmes pour « s’occuper d’enfants ou d’adultes invalides »20 21. Cette situation se justifie notamment par un moindre développement des modes de garde formels en comparaison avec les pays scandinaves, mais aussi par les aménagements du temps de travail permis par le temps partiel ;
  • dans les pays du sud de l’Europe (Italie, Grèce, Espagne, Portugal, Malte…), le recours au temps partiel des femmes est un peu moins répandu que chez leurs voisins du Nord. Il est plus souvent « subi » et s’accompagne, en Italie, en Grèce et en Roumanie des taux d’activité les plus bas d’Europe. Dans ces pays, l’arrivée d’un enfant conduit plus souvent les femmes à interrompre leur activité professionnelle, en raison d’une faible offre de places d’accueil pour les jeunes enfants et d’une moindre flexibilité horaire offerte par les employeurs ;
  • dans les pays d’Europe centrale et orientale (Pologne, Hongrie, Slovaquie, Tchéquie…), le taux d’activité est un peu plus élevé qu’en Italie ou en Grèce et le temps partiel y est moins souvent subi. Toutefois, les politiques familiales (en particulier en Pologne et en Hongrie) encouragent également le retrait des femmes du marché du travail au moment de l’arrivée des enfants, en facilitant l’accès à des congés de longue durée (rémunérés ou non) tandis que les enfants en bas âge sont très majoritairement gardés par leur famille ou leurs proches (à 99 % en Slovaquie et à 90 % en Pologne ou en Tchéquie par exemple)22.

 

8. Source : Labor Force Survey, Eurostat 2019 pour toute la partie.
9. Cf. encadré « Pourquoi les femmes gagnent-elles moins que les hommes ? » dans la présente publication.
11. Guergoat-Larivière M., 2013, « L’emploi des femmes en Europe », La vie des idées, publié le 14 janvier 2013, URL : https://laviedesidees.fr/L-emploi-des-femmes-en-Europe.html.
12. 29 % des Européennes « choisissent » le temps partiel pour « s’occuper d’enfants ou d’adultes invalides » (5 % des hommes se déclarent en temps partiel pour le même motif) contre moins de 10 % dans la plupart des pays nordiques (2 % au Danemark). Cf. encadré méthodologique « Temps partiel subi, temps partiel choisi ».
13. Guergoat-Larivière M., Ibid.
14. Le taux d’activité des femmes a augmenté de 12 points en Lituanie entre 2005 et 2019, de 10 points en Lettonie et de 8 points en Estonie.
15. 2 % des femmes en temps partiel en Lituanie et 14 % en Estonie.
16. Musumeci R., Solera C., 2013, « Women’s and men’s career interruptions in Europe: the role of social policies », In: Finding, S, Kober-Smith, A (eds) Politiques Familiales et Politiques d’Emploi « Genrées » au Royaume-Uni et en Europe, Observatoire de la Société Britannique, 14: 9–23.
17. Mais également au Royaume-Uni.
18. Moins nette toutefois en Belgique, au Luxembourg, en Irlande et en France.
19. Sauf en France où la proportion de femmes à temps partiel a cessé d’augmenter à la fin des années 1990.
20. A 39 % en Autriche, 37 % au Royaume-Uni, 35 % aux Pays-Bas, 31 % en Allemagne ou encore 30 % au Luxembourg.
21. La France se distingue avec un poids du temps partiel subi plus important (37 %) même si le soin aux enfants ou aux proches malades justifie 27 % des temps partiels des femmes.
22. Source : EU-SILC, Eurostat 2018.

 

Guergoat-Larivière M., 2013, « L’emploi des femmes en Europe », La vie des idées, publié le 14 janvier 2013, URL : https://laviedesidees.fr/L-emploi-des-femmes-en-Europe.html

Musumeci R., Solera C., 2013, « Women’s and men’s career interruptions in Europe: the role of social policies », In: Finding, S, Kober-Smith, A (eds) Politiques Familiales et Politiques d’Emploi « Genrées » au Royaume-Uni et en Europe, Observatoire de la Société Britannique, 14: 9–23.

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