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Des logiques spatiales inversées pour les femmes et les hommes en temps partiel

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Malgré une amélioration progressive de l’accès à l’emploi des femmes dans la seconde moitié du XXe siècle et une convergence des taux de chômage féminin et masculin, les conditions d’emploi des femmes restent dégradées par rapport à celles des hommes. Plus souvent précaires68, les femmes sont également bien plus concernées par le temps partiel que les hommes : en 2019, près de 3 femmes sur 10 travaillent à temps partiel (29 %), contre moins d’un homme sur 10 (8 %)69.

Les femmes sont ainsi 3,4 fois plus nombreuses que les hommes à travailler à temps partiel et elles occupent près de 8 emplois à temps partiel sur 10 (77 %). Cette part a très peu évolué depuis 1975 où elle était de 75 %. La part des femmes à temps partiel n’a quant à elle pas cessé d’augmenter entre 1975 et 1998 où elle a atteint son maximum (32 %), avant de stagner autour de 30 %, notamment à la faveur du passage aux 35 heures70. La part des hommes à temps partiel a quant à elle augmenté de façon plus ou moins continue entre 1975 et 2018, passant de 2 % à 8 %.

La probabilité pour une femme de travailler à temps partiel augmente avec l’âge et c’est parmi les actives âgées de 50 ans ou plus que l’on trouve la plus forte part de femmes à temps partiel (32 %). Les femmes des catégories populaires71sont bien plus susceptibles d’occuper un emploi à temps partiel (37 % des employées et 30 % des ouvrières) que les femmes cadres (17 %). Les femmes travaillant dans le secteur des services directs aux particuliers sont tout spécialement concernées (53 % à temps partiel), de même que les ouvrières non qualifiées (41 %) et les employées de commerce (35 %). C’est en revanche parmi les catégories socioprofessionnelles les plus qualifiées que l’on trouve les plus grands écarts de temps partiel entre les femmes et les hommes : les femmes cadres d’entreprises, techniciennes ou encore contremaîtres et agents de maîtrise ont 5 à 6 fois plus de chance d’occuper un emploi à temps partiel que leurs homologues masculins.

Le caractère essentiellement féminin du temps partiel se traduit dans l’espace par des géographies opposées entre temps partiel des femmes et temps partiel des hommes, et ce, quelle que soit la grille d’analyse : régionale ou par types d’espaces (urbain/rural, pôle/périurbain).

À l’échelle régionale, la proportion de femmes occupant un emploi à temps partiel est particulièrement élevée72 :

  • au sud de la région Pays de la Loire, autour de la métropole nantaise,
  • dans une grande partie de l’ex-région Rhône-Alpes, au sud de Lyon, où elle atteint presque les 45 % dans plusieurs intercommunalités des piémonts du Massif central,
  • dans l’arrière-pays languedocien, en particulier à proximité des massifs des Cévennes et des Pyrénées,
  • dans le nord-est de l’Hexagone, en particulier dans les territoires frontaliers de la Suisse, du Luxembourg et de l’Allemagne et dans le Pas-de-Calais.

Les résidentes du Bassin parisien apparaissent au contraire moins concernées par le temps partiel que les autres Françaises.

Les hommes sont quant à eux plus nombreux qu’ailleurs à occuper un emploi à temps partiel dans l’arrière-pays languedocien ; mais c’est surtout dans les Drom que cette proportion apparaît particulièrement élevée, de même que dans les massifs des Pyrénées, des Alpes et au nord de la Garonne entre Bordeaux et Toulouse.

La Loire-Atlantique, l’ex-région Rhône-Alpes et les territoires frontaliers de l’Est et du Nord de l’Hexagone apparaissent ainsi comme les territoires privilégiés d’un temps partiel massif et presque exclusivement féminin.

Les géographies du temps partiel féminin et masculin sont également opposées du point de vue du type d’espace de résidence. La proportion de femmes occupant un poste à temps partiel augmente ainsi à mesure que la densité baisse tandis qu’on observe une logique inverse pour les hommes : c’est dans les espaces de plus forte densité qu’ils sont proportionnellement les plus nombreux. Dans les communes de très faible densité, la proportion de femmes à temps partiel est ainsi de 30 % contre 24 % dans les communes denses et c’est dans les communes peu denses que l’on trouve le plus fort écart entre la proportion de femmes et d’hommes à temps partiel (+ 23 points pour les femmes). De même, la proportion de femmes à temps partiel augmente à mesure que l’on s’éloigne des grands pôles et la différence maximale observée avec les hommes concerne les communes situées en dehors des aires urbaines (+ 23 points pour les femmes).

Ces écarts observés entre les géographies du temps partiel féminin et masculin peuvent être mis en lien avec les caractéristiques des territoires, dont certaines sont susceptibles d’agir comme des « freins » à l’accès à l’emploi des femmes et à son amélioration : taille des ménages, structure de l’emploi en matière de catégories socioprofessionnelles, âge de la population active, poids de secteurs pourvoyeurs de contrats à faible quotité horaire, ou encore accessibilité aux aménités (structures d’accueil de jeunes enfants, écoles, commerces) dans un contexte d’inégale répartition du travail domestique entre les femmes et les hommes.

 

68. Cf. article « Une probabilité plus grande d’être touchées par le chômage et la précarité pour les femmes des territoires ruraux » dans la présente publication.
69. Pour l’analyse qui suit, les données mobilisées sont issus de l’enquête Emploi 2019 menée par l’Insee.
70. Marchand O., 2010, « 50 ans de mutations de l’emploi », Insee Première, septembre 2010.
71. Ici définies comme les employées et les ouvrières. Schwartz O., 2011, « Peut-on parler des classes populaires ? », La vie des idées, 13 septembre 2011.
72. Pour l’analyse qui suit, les données mobilisées sont issues du recensement de la population 2016 de l’Insee (actives et actifs occupés au lieu de résidence).

Marchand O., 2010, « 50 ans de mutations de l’emploi », Insee Première, septembre 2010

Schwartz O., 2011, « Peut-on parler des classes populaires ? », La vie des idées, 13 septembre 2011

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