La fragilité6 touche les territoires les plus ruraux

Les 2 672 centres ayant les scores les plus défavorables enregistrent une baisse moyenne de la population et des emplois entre 2006 et 2016 (avec respectivement -0,33 % par an contre 0,96 % pour l’ensemble des centres et -0,98 % contre 0,39 %). Le revenu disponible par unité de consommation médian est inférieur de 2 458 € par rapport à la moyenne des centres. Les centres, avec les scores les plus « défavorables », sont également en situation de dépendance « territoriale » avec un temps de report moyen au centre de niveau équivalent le plus proche de 14 minutes contre 10 en moyenne pour l’ensemble des centres. Ils ont également une part de population « dépendante » plus importante (74 % contre 63 %).

Dans le zonage en aires urbaines, les catégories « communes isolées hors influence des pôles » et les « petits et moyens pôles » sont marquées par une forte présence de centres ayant un score défavorable. Plus de sept centres sur dix situés dans la catégorie « communes isolées » sont fragiles. Ce sont principalement des centres locaux ou intermédiaires qui représentent plus du tiers de l’ensemble des centres en situation défavorable. La moitié des centres classés dans les catégories « petits et moyens pôles » présentent un score défavorable. Il s’agit généralement de centres locaux, intermédiaires ou structurants, qui ne bénéficient pas des dynamiques métropolitaines des grands pôles et qui cumulent plus de difficultés.

Les grands pôles urbains, dont celui de Paris, ainsi que leurs couronnes et leurs communes multipolarisées, sont caractérisés par une faible proportion de centres fragiles (0 % pour le pôle de Paris et 2,7 % pour sa couronne, 12,2 % pour les autres grands pôles et 8,8 % pour leurs couronnes). Cette proportion est plus élevée pour les communes multipolarisées de ces grandes aires urbaines (19,8 %). Toutefois, du fait d’une concentration importante de centres (tous niveaux confondus), ces 5 catégories comptabilisent près d’un tiers de l’ensemble des centres fragiles recensés en France, signe qu’une partie d’entre eux constatent des difficultés qui ne sont pas propres à la majorité des centres de ces groupes, caractérisés par des dynamiques économiques et démographiques soutenues ainsi que par des temps de report faibles et des mobilités importantes.

Une vingtaine de départements, ruraux ou très ruraux, situés à l’écart des grandes métropoles, comptent davantage de centres fragiles (tous niveaux confondus) que de centres « moyens » ou « dynamiques ». Cela concerne, par ordre décroissant, la Haute-Marne, la Creuse, le Cantal, l’Orne, la Lozère, l’Indre, la Meuse, la Nièvre, le Gers, les Vosges, l’Allier, l’Aveyron, l’Aisne, le Cher, l’Ariège, la Dordogne, la Corrèze, le Lot-et-Garonne et la Charente.

Indépendamment de la proportion de centres fragiles, certains départements en comptent un effectif important. Outre ceux cités précédemment, sont aussi concernés le Nord (65 centres fragiles), la Saône-et-Loire (63 centres fragiles), le Puy-de-Dôme (55 centres fragiles), le Pas-de-Calais (52 centres fragiles), la Somme et les Côtes-d’Armor (45 centres fragiles). Ces départements sont caractérisés par une densité de centres plus importante que la moyenne et par une proportion de centres fragiles inférieure à 50 % voire à 30 % (Nord, Pas-de-Calais et Côtes-d’Armor). Par exemple, le département du Nord compte, de très loin, le plus de centres tous niveaux confondus (360). Il est donc aussi l’un de ceux qui compte beaucoup de centres fragiles (65). Mais rapporté au nombre total de ses centres, les centres fragiles ne représentent que 18,1 %.

Les 25 départements qui dénombrent le moins de centres avec un score défavorable (moins de 15 %) sont situés en Île-de-France, en Alsace, dans la vallée du Rhône et dans les Alpes du Nord, ainsi que sur les façades de la Méditerranée et de l'Atlantique.

Analyse de la fragilité par niveau de centralité

Fragilités des centres locaux

Le quart des centres locaux ayant les scores les plus « défavorables » enregistre une baisse de la population (-0,24 %) et surtout des emplois (-1,07 %) entre 2006 et 2016. Le revenu fiscal médian par unité de consommation est inférieur de 2 468 € par rapport à celui de l’ensemble des centres locaux. Enfin, le temps moyen de report au centre de niveau équivalent le plus proche est 1,3 fois plus important pour les centres fragiles par rapport à l’ensemble des centres locaux (10 minutes contre 8 minutes). La part de la population « dépendante » est également 1,2 fois plus importante pour les centres fragiles (70,9 % contre 60,4 % pour les autres centres locaux).

Les centres locaux les plus fragiles, ceux dont le score de fragilité est supérieur au 95e centile et qui sont figurés en bleu sur la carte « situation extrêmement défavorable », sont majoritairement situés dans les territoires les moins denses en centralités, qui sont aussi les territoires les plus ruraux. Sur les 1 725 centres locaux en situation défavorable, 83 % sont des communes rurales qui animent seules leurs aires de desserte. Les centres fragiles se localisent dans les quarts nord-est et sud-ouest de la France, dans le Massif central et ses bordures, les Alpes du Sud, la Bretagne intérieure, mais également dans les marges du Bassin parisien. A l’inverse, les centres locaux les plus dynamiques, ceux dont le score de fragilité est inférieur ou égal au 5e centile, sont situés pour la plupart en banlieue ou en proche périphérie des grands pôles urbains.

Un centre local sur trois, parmi ceux ayant le statut de commune rurale, est dans une situation de fragilité. A l’inverse, les centres locaux faisant partie d’une unité urbaine s’en sortent mieux : 14 % des centres animant une aire monocentrique sont fragiles et 10 % des centres polycentriques. On observe la même chose pour les centres locaux faisant partie d’une unité urbaine avec un ou d’autres centres de niveaux supérieurs : 14 % d’entre eux sont fragiles dans les aires animées par un ou plusieurs centres intermédiaires, 17 % dans les aires animées par un ou plusieurs centres structurants et seulement 7 % pour ceux situés dans les aires animées par un ou plusieurs centres majeurs.

Le constat est donc toujours le même : un centre local, rural et isolé, est plus vulnérable que des centres locaux urbains, associés entre eux ou avec des centres de niveaux supérieurs. La présence de nombreux centres, qui plus est autour d’un grand pôle urbain, est plus fréquemment associée à un dynamisme démographique et économique. A l’inverse, une part importante des centres locaux situés en dehors des grandes aires urbaines est en situation de fragilité. C’est le cas de sept centres locaux sur 10 dans la catégorie « commune isolée hors influence des pôles », quatre centres sur dix parmi les « autres communes multipolarisées » et trois centres sur dix dans les petites et moyennes aires urbaines.

Fragilité des centres intermédiaires

Entre 2006 et 2016, population et emplois ont fortement diminué pour le quart des centres intermédiaires dont le score est le plus défavorable. Le revenu fiscal médian par unité de consommation est inférieur de 2 488 € au revenu constaté dans l’ensemble des centres intermédiaires. Enfin, le temps moyen de report au centre de niveau équivalent le plus proche est de 16 minutes pour les centres fragiles contre 12 minutes pour l’ensemble des centres intermédiaires. La part de la population « dépendante » est estimée à 76,7 % dans les aires de dessertes animées par un centre intermédiaire fragile contre une moyenne de 62,4 % pour l’ensemble des aires intermédiaires.

Les centres intermédiaires les plus fragiles, ceux dont le score de fragilité est supérieur au 95e centile et figurés en bleu sur la carte « situation extrêmement défavorable », sont majoritairement situés, comme les centres locaux fragiles, dans les territoires « ruraux » éloignés des métropoles et du littoral. A l’inverse, les centres intermédiaires les plus dynamiques, dont le score de fragilité est inférieur ou égal au 5e centile, sont situés dans les agglomérations et dans le périurbain des grands pôles urbains.

Un peu plus de la moitié des centres intermédiaires sont des communes rurales ou urbaines qui animent seules leurs aires de desserte (56,3 %). Ces centres sont plus vulnérables que les autres car la moitié des centres intermédiaires ruraux est en situation de fragilité. C’est également le cas d’un centre « urbain » sur trois parmi ceux qui animent seul leur aire de desserte. A l’inverse, les centres intermédiaires « urbains » et situés dans une aire polycentrique sont proportionnellement moins fragiles (15 % de centres fragiles). On observe la même chose pour les centres intermédiaires des unités urbaines composées d’un ou plusieurs centres de niveaux supérieurs : 19 % d’entre eux sont fragiles dans les aires animées par un ou plusieurs centres intermédiaires et seulement 5 % pour ceux situés dans les aires animées par un ou plusieurs centres majeurs. Ainsi, comme pour les centres locaux, les centres intermédiaires isolés, qu’ils soient ruraux ou urbains, sont nettement plus vulnérables que les centres intermédiaires polycentriques, associés entre eux ou avec des centres de niveaux supérieurs.

Les centres intermédiaires les plus fragiles sont situés hors des grandes aires urbaines. En effet, 69 % des centres intermédiaires de la catégorie « commune isolée hors influence des pôles » et 31 % de ceux de la catégorie « autre commune multipolarisée » sont dans une situation « défavorable ». Par ailleurs, les centres intermédiaires des moyens et petits pôles sont également plus vulnérables puisqu’on dénombre parmi eux, respectivement, 43 % et 61 % de centres fragiles.

Fragilités des centres structurants

Entre 2006 et 2016, population et emplois ont fortement diminué pour le quart des centres structurants dont le score est le plus défavorable. Le revenu fiscal médian par unité de consommation est inférieur de 2 535 € au revenu constaté dans l’ensemble des centres structurants. Enfin, le temps moyen de report au centre de niveau équivalent le plus proche est de 32 minutes pour les centres fragiles contre 21 minutes pour l’ensemble des centres structurants. La part de la population « dépendante » est estimée à 84,6 % dans les aires de dessertes animées par un centre structurant fragile contre une moyenne de 71,7 % pour l’ensemble des aires « structurantes ».

Les centres structurants les plus fragiles, ceux dont le score est supérieur au 95e centile et sont figurés en bleu sur la carte « situation extrêmement défavorable », sont majoritairement situés, dans les territoires « ruraux » éloignés des métropoles. Ils sont très présents en Bourgogne-Franche-Comté (Tonnerre, Gray, Avallon, Châtillon-sur-Seine, Luxeuil-les-Bains, Autun, Decize, Audincourt, Saint-Claude, Cosne-Cours-sur-Loire, Joigny) et dans le Grand-Est (Bar-sur-Aube, Vitry-le-François, Saint-Dizier, Saint-Dié-des-Vosges, Langres, Sedan, Neufchâteau, Epernay, Commercy) mais également dans le Massif central et ses piedmonts (Decazeville, Aubusson, Le Vigan, Saint-Amand-Montrond, Bédarieux, Carmaux, Mazamet, Vierzon, Thiers). Ailleurs, une dizaine de centres structurants obtiennent un score très défavorable : Maubeuge, Flers, Oyonnax, Gien, Guingan, Lourdes, Moûtiers, Rochefort, Saint-Jean-de-Maurienne, Guise, Châteaudun, Condom, La Châtre, Montargis, Villeneuve-sur-Lot et Eu. A l’inverse, les centres structurants marqués par un score très favorable, inférieur ou égal au 5e centile, sont situés à proximité de Paris, Lille, Rennes, Nantes, Bordeaux, Toulouse, Montpellier, Lyon, Genève.

Un peu moins de la moitié des centres structurants (342 sur 742) sont des communes urbaines qui animent seules leur aire de desserte (46,1 %). Ces centres sont plus vulnérables que les autres car la moitié d’entre eux (171) est en situation de fragilité. Ils constituent la très grande majorité (90 %) des centres structurants fragiles (qui sont au nombre de 190). Les 10 % restant correspondent à des centres structurants appartenant une aire polycentrique.

Lorsqu’ils sont petits et moyens pôles, ces centres structurants sont relativement vulnérables puisqu’un peu plus de 60 % d’entre eux ont un score défavorable. C’est également le cas de 20 % des centres structurants qui sont classés comme grands pôles urbains (Saint-Dizier, Maubeuge, Flers, Saint-Dié-des-Vosges, Oyonnax, Sedan, Guingan, Rochefort, Vierzon, Montargis, Villeneuve-sur-Lot, Epernay et Eu) auxquels s’ajoute Audincourt (unité urbaine de Montbéliard).

Fragilité des centres majeurs

Considérés globalement, les 142 centres majeurs enregistrent une baisse de la population et des emplois entre 2006 et 2016. Cette baisse est plus marquée pour le quart des centres dont le score est le plus défavorable. Le revenu fiscal médian par unité de consommation est inférieur de 744 € au revenu constaté dans l’ensemble des centres majeurs. Enfin, le temps moyen de report au centre de niveau équivalent le plus proche est de 59 minutes pour les centres fragiles contre 49 minutes pour l’ensemble des centres structurants. La part de la population « dépendante » est estimée à 93,8 % dans les aires de dessertes animées par un centre majeur fragile contre une moyenne de 89,7 % pour l’ensemble des aires « majeures ».

Les neuf centres majeurs les plus fragiles, ceux dont le score est supérieur au 95e centile et sont figurés en bleu sur la carte « situation extrêmement défavorable », sont Charleville-Mézières, Tarbes, Nevers, Auxerre, Châteauroux, Montluçon, Aurillac, Alençon et Boulogne-sur-Mer. A l’inverse, les centres majeurs marqués par un score très favorable, inférieur ou égal au 5e centile, sont dans l’agglomération parisienne (Paris, Nanterre, Pontoise, Cergy, Saint-Denis et Versailles) et l’agglomération lyonnaise (Lyon, Villeurbanne).

6. Voir la méthode de l'article 9

Auteurs et contributeurs de l'étude :

L’ensemble de l’étude a été coordonné par Mohamed Hilal (INRAE), Emmanuelle Le Bris (ANCT), Gilles Toutin (ANCT) et Max Barbier (ANCT).


Les traitements et la rédaction de ce volume ont été assurés par Mohamed Hilal (INRAE), Davy Moret
(INRAE), Virginie Piguet (INRAE), avec la collaboration d’Hélène Bouscasse (INRAE), Jean Cavailhès (INRAE), Abdoul Diallo (AgroSup Dijon), Marion Drut (Agrosup Dijon), Julie Le Gallo (Agrosup Dijon), Sophie Legras (INRAE).

Les documents graphiques créés par les auteurs ont été repris pour la synthèse par Mélodie Martin et Bertrand Miroux (ANCT).

 

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Les membres du comité d’orientation de l’étude :

  • Agence nationale de la cohésion des territoires (ANCT) : Brigitte Baccaïni, Max Barbier, Annabelle Boutet, Marion Mauvoisin, Emmanuelle Le Bris, Sylvie Cabassot, Gilles Toutin.
  • Direction départementale des territoires (DDT) de l’Eure-et-Loir : Nadia Bourraud, Sylvain Reverchon, Clément Point.
  • Fédération Nationale des Agences d'Urbanisme / Agence de développement des territoires Nancy Sud Lorraine (Scalen) : Francis Hess.
  • Ministère de la culture : Vincent Lacaille, Isabelle Michard.
  • Ministère de la transition écologique et solidaire (MTES) : Charline Nennig, Céline Guichard.
  • Observatoire des finances et de la gestion publique locales (OFGL) : Nicolas Laroche, Thomas Rougier, Raphaël Menelon.
  • Institut national de la statistique et des études économiques (INSEE) : David Levy.
  • Caisse des Dépôts et Consignation (CDC) : Florence Mas, Frank Chaigneau.
  • Centre d'études et d'expertise sur les risques, l'environnement, la mobilité et l'aménagement (CEREMA) : Nicolas Nuyttens, Raphaèle Ratto.
  • Établissement public national d'aménagement et de restructuration des espaces commerciaux et artisanaux (EPARECA) : Alain Deschamps, Christelle Breem.

 

Travaux analysés dans le cadre de l’étude :

  •  Laborie J.P. (1979 ), « Les petites villes ».
  • Agence d’urbanisme Grand-est, Sraddet (2018), « L’armature urbaine régionale ».  
  • Jousseaume V. et Talandier M. (2016), « Bourgs-centres et petites villes en France ».
  • Dreal Nouvelle-Aquitaine (2017), « Identification d’une armature urbaine en Nouvelle-Aquitaine ».
  • DDT Eure-et-Loir (2017), « Diagnostic territorial et identification des centres-bourgs à enjeux ».
  • Préfecture de Région Auvergne-Rhône-Alpes (2017), « Etude exploratoire des centralités dans l’aire métropolitaine de Lyon-Saint-Etienne ».
  • Insee (2018), « Déclin marqué ou affirmation de leur rôle central, les destins contrastés des petites villes de Bourgogne-Franche-Comté » / « Petites villes de Bourgogne-Franche-Comté : un passé démographique et industriel qui contribue au déficit de croissance ».
  • Réseau des agences d’urbanisme de Bretagne (2012), « L’armature urbaine bretonne : un modèle territorial d’avenir ? ».
  • Chardonnel, Talandier, Tabaka et André-Poyaud (2017), « Centralité des espaces périphériques et complémentarités territoriales : un enjeu de durabilité pour la Région urbaine de Grenoble ».
  • Insee (2019), « Du rural éloigné au rural proche des villes : cinq types de ruralités ».

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