Il y a clairement un lien entre la population, les emplois, le nombre d’équipements et la fonction de centralité d’une commune. Cependant, la relation ne permet pas de prédire le niveau de centralité identifié selon la taille démographique d’une commune, le poids de ses emplois et le nombre de ses commerces et services.

Population

Comme le montre le graphique de la figure 2, les bornes minimales et maximales de population augmentent lorsque qu’on passe d’un niveau n à son niveau immédiatement supérieur n+1. Cependant, les intervalles [minimum-maximum] se chevauchent et donc des communes ayant le même nombre d’habitants peuvent se retrouver dans des niveaux différents. Par exemple, une commune de 10 000 habitants, en fonction de sa dotation en équipements, peut se retrouver aussi bien comme centre intermédiaire que centre structurant ou majeur. Ainsi, Foix (9 600 habitants) est le centre majeur le moins peuplé. Foix a un rayonnement et une influence sur son territoire et sur les communes environnantes plus important que Vigneux-sur-Seine (31 256 habitants, en banlieue parisienne), centre intermédiaire avec trois fois plus d’habitants.

Emplois

On retrouve un chevauchement encore plus prononcé pour les intervalles [minimum-maximum] des emplois. Ainsi, 85 communes de plus de 1 000 habitants et de plus de 300 emplois sont des non-centres malgré une population et un nombre d’emplois plus importants que certaines centralités (1 403 centres locaux et trois centres intermédiaires ont moins de 1 000 habitants et moins de 300 emplois). Ces communes sont assez faiblement équipées (15,5 de niveau d’équipements en moyenne pour le groupe avec un maximum de 21 et un minimum de 10). Elles ne disposent pas sur leur territoire du panier d’équipements minimum ou d’une partie des équipements caractéristiques des centres locaux. C’est le même constat pour 250 communes de moins de 1 000 habitants qui comptent pourtant plus de 300 emplois (12,9 de niveau d’équipements en moyenne pour le groupe). Parmi ces 335 communes, 24 comptent même plus de 1 000 emplois sur leur territoire ! Comment expliquer alors qu’elles ne soient pas centres ? Par exemple, la commune rurale de Sandouville en Seine-Maritime (76), avec 797 habitants et 4 182 emplois, est une zone portuaire industrielle située à moins de 20 kilomètres du Havre. Cette commune, faiblement équipée (niveau d’équipements égal à 14), est entourée de communes mieux équipées qui assurent une fonction de centralité. L’implantation d’une grande usine Renault (2 800 salariés) sur le territoire communal contribue à faire de Sandouville un centre d’emploi mais pas un centre d’équipements. Les salariés de l’usine Renault n’habitent pas ou très peu à Sandouville et ne profitent pas ou très peu du nombre réduit de commerces et services disponibles dans la commune.

Très souvent, les petites communes (moins de 2 000 habitants) qui comptent un nombre d’emplois important (plus de 300 emplois) sont caractérisées par la présence d’une ou plusieurs entreprises ou administrations pourvoyeuses d’emplois sur leur territoire et sont souvent situées en banlieue ou en périphérie d’une grande ville. Ces localisations de grands établissements dans des petites communes de banlieues ou de périphéries sont aussi très souvent le résultat d’arbitrages ou de stratégies de localisation de la part de grands groupes à la recherche de foncier disponible et moins cher. Ces communes sont généralement peu équipées car entourées de centres mieux équipés, mais elles sont pourvoyeuses d’emplois dans l’économie locale.

Taux d’emploi

Le taux d’emploi apporte une indication sur le rapport entre le nombre d’emplois et le nombre d’actifs d’une commune. L’emploi étant généralement plus concentré que les habitants et les équipements, les taux d’emploi augmentent avec le niveau de centralité. Ainsi, on constate que les centres structurants et majeurs, qui correspondent à des villes de tailles importantes ou moyennes, comptent généralement plus d’emplois que d’actifs sur leur territoire communal. A l’inverse, les centres locaux et intermédiaires comptent généralement plus d’actifs que d’emplois sur leur territoire.

Cependant, certains très grands centres majeurs peuvent présenter des taux d’emploi inférieurs à 1. C’est le cas par exemple de Marseille (0,92), Nice (0,95), le Havre (0,95). Ces grandes villes font figures d’exceptions parmi les villes de taille comparable et comptent plus d’actifs que d’emplois sur leur territoire communal. A l’inverse, des centralités de niveaux inférieurs présentent parfois des taux d’emploi importants ou exceptionnels. Par exemple, Roissy-en-France, dans le Val-d’Oise (95), est un centre intermédiaire de 2 899 habitants, avec un niveau d’équipements de 71 et un taux d’emploi exceptionnel de 39,55. La présence sur le territoire communal de l’aéroport Roissy-Charles-de-Gaulle génère près de 75 000 emplois. Saint-Paul-lès-Durance, autre exemple, est un centre local des Bouches-du-Rhône (13) qui compte 855 habitants et un niveau d’équipements de 31. La présence sur le territoire communal du centre d'études nucléaires de Cadarache, du réacteur de fusion tokamak ITER et du centre commercial Louis-Philibert génère 7 120 emplois pour 434 actifs soit un taux d’emploi de 16,42.

De nombreux pôles locaux présentent des taux d’emploi supérieurs à 1 (742 sur 7 010) et offrent ainsi, en plus d’être centre d’équipements et de services, un niveau d’emploi important. Les centres locaux qui emploient de nombreux travailleurs saisonniers dans l’agriculture et la viticulture en font partie.

Niveau d’équipements

Le niveau d’équipements apporte une information sur la diversité des équipements présents dans chaque commune. Il témoigne de la présence ou de l’absence des 185 équipements de la BPE. Généralement, plus le niveau d’équipements est important et plus une commune a de chances d’être centre de commerces et de services et plus haut dans la hiérarchie des centralités. Cependant, on constate que certaines communes non centres disposent d’un niveau d’équipements supérieur à certains centres locaux. C’est le cas de 37 non-centres qui ont un niveau d’équipements égal ou supérieur à 20 (compris entre 20 et 28) alors que 968 centres locaux ont un niveau d’équipements inférieur à 20 (compris entre 14 et 19). Le non centre le mieux équipée est la commune de Saint-Benoît-la-Forêt en Indre-et-Loire (37) qui a 852 habitants, 816 emplois et un niveau d’équipements de 28. Comment expliquer cette situation ? Qu’est-ce qui distingue Saint-Benoît-la-Forêt, non-centre la mieux équipée, de Nogent-sur-Aube dans l’Aube (10), centre local avec un niveau d’équipements de 14, soit le plus faible des centres de son groupe ? Le détail des équipements permet de constater que Nogent-sur-Aube dispose de 12 commerces et services parmi ceux qui caractérisent les centres locaux (boulangerie, infirmier, salon de coiffure, terrain de grands jeux, réparation automobile et matériel agricole, restaurant, plâtrier peintre, plombier, couvreur, chauffagiste) voire des centres intermédiaires (médecin omnipraticien, pharmacie, masseur-kiné, terrain de tennis). Du côté de Saint-Benoît-la-Forêt, malgré une diversité d’équipements plus importante, seuls 5 commerces et services relèvent d’un niveau de centralité (médecin omnipraticien, masseur-kiné, terrains de grands jeux, terrain de tennis et un plâtrier peintre). Ainsi, Nogent-sur-Aube possède les caractéristiques d’un centre local alors que Saint-Benoît-la-Forêt ne dispose que d’une offre assez partielle d’où son classement en commune non centre. Par ailleurs, Saint-Benoît-la-Forêt possède quelques services ou équipements de santé très spécialisés au sein du centre de santé du Chinonais, lesquels caractérisent en partie les centralités de niveaux supérieurs, mais cette offre est insuffisante pour permettre à la commune d’atteindre un des niveaux de centralité.

Cet exemple n’est pas isolé. Parmi les 24 067 non-centres, on constate que 2 490 communes ont un niveau d’équipements compris entre 14 et 28 (pour Saint-Benoît-la-Forêt), soit autant ou plus que le niveau d’équipements du centre local le moins bien équipée (Nogent-sur-Aube). Ces communes « équipées » sont non-centres car elles sont insuffisamment dotées en équipements « locaux ». Néanmoins, comme Saint-Benoît-la-Forêt, elles disposent de certains services et équipements spécialisés ou spécifiques. Par exemple, beaucoup de communes de banlieue ou de proche périphérie des grandes villes accueillent des établissements de santé ou des établissements scolaires ou des services administratifs, voire parfois des équipements touristiques spécifiques. Malgré les équipements présents, ces communes classées non-centres n’exercent pas de fonction de centralité pour la majorité des habitants. En outre, 20 163 communes non centres ont un niveau d’équipements s’échelonnant de 1 à 13. Ce niveau d’équipements est dans tous les cas insuffisant, voire très insuffisant, pour leur permettre d’exercer une fonction de centralité, à la fois pour leur population et celle des communes alentour. Enfin, 1 414 communes non centres, très peu peuplées, ne disposent d’aucun équipement sur leur territoire.

Il faut bien retenir ici que la diversité d’équipements (ou niveau d’équipements) n’explique pas seule le niveau de centralité. Les exemples précédents montrent que le niveau d’équipements n’est pas ce qui compte le plus. En revanche, la méthodologie mise en œuvre détecte, de façon endogène, différents paniers d’équipements, associant des commerces et services en certains lieux. C’est cette coprésence d’équipements qui fait centralité.

Auteurs et contributeurs de l'étude :

L’ensemble de l’étude a été coordonné par Mohamed Hilal (INRAE), Emmanuelle Le Bris (ANCT), Gilles Toutin (ANCT) et Max Barbier (ANCT).


Les traitements et la rédaction de ce volume ont été assurés par Mohamed Hilal (INRAE), Davy Moret
(INRAE), Virginie Piguet (INRAE), avec la collaboration d’Hélène Bouscasse (INRAE), Jean Cavailhès (INRAE), Abdoul Diallo (AgroSup Dijon), Marion Drut (Agrosup Dijon), Julie Le Gallo (Agrosup Dijon), Sophie Legras (INRAE).

Les documents graphiques créés par les auteurs ont été repris pour la synthèse par Mélodie Martin et Bertrand Miroux (ANCT).

 

Retrouvez tous les articles de la synthèse et téléchargez l'étude dans la partie "Avant-propos", sur la page d'accueil de la synthèse de l'étude.


Les membres du comité d’orientation de l’étude :

  • Agence nationale de la cohésion des territoires (ANCT) : Brigitte Baccaïni, Max Barbier, Annabelle Boutet, Marion Mauvoisin, Emmanuelle Le Bris, Sylvie Cabassot, Gilles Toutin.
  • Direction départementale des territoires (DDT) de l’Eure-et-Loir : Nadia Bourraud, Sylvain Reverchon, Clément Point.
  • Fédération Nationale des Agences d'Urbanisme / Agence de développement des territoires Nancy Sud Lorraine (Scalen) : Francis Hess.
  • Ministère de la culture : Vincent Lacaille, Isabelle Michard.
  • Ministère de la transition écologique et solidaire (MTES) : Charline Nennig, Céline Guichard.
  • Observatoire des finances et de la gestion publique locales (OFGL) : Nicolas Laroche, Thomas Rougier, Raphaël Menelon.
  • Institut national de la statistique et des études économiques (INSEE) : David Levy.
  • Caisse des Dépôts et Consignation (CDC) : Florence Mas, Frank Chaigneau.
  • Centre d'études et d'expertise sur les risques, l'environnement, la mobilité et l'aménagement (CEREMA) : Nicolas Nuyttens, Raphaèle Ratto.
  • Établissement public national d'aménagement et de restructuration des espaces commerciaux et artisanaux (EPARECA) : Alain Deschamps, Christelle Breem.

 

Travaux analysés dans le cadre de l’étude :

  •  Laborie J.P. (1979 ), « Les petites villes ».
  • Agence d’urbanisme Grand-est, Sraddet (2018), « L’armature urbaine régionale ».  
  • Jousseaume V. et Talandier M. (2016), « Bourgs-centres et petites villes en France ».
  • Dreal Nouvelle-Aquitaine (2017), « Identification d’une armature urbaine en Nouvelle-Aquitaine ».
  • DDT Eure-et-Loir (2017), « Diagnostic territorial et identification des centres-bourgs à enjeux ».
  • Préfecture de Région Auvergne-Rhône-Alpes (2017), « Etude exploratoire des centralités dans l’aire métropolitaine de Lyon-Saint-Etienne ».
  • Insee (2018), « Déclin marqué ou affirmation de leur rôle central, les destins contrastés des petites villes de Bourgogne-Franche-Comté » / « Petites villes de Bourgogne-Franche-Comté : un passé démographique et industriel qui contribue au déficit de croissance ».
  • Réseau des agences d’urbanisme de Bretagne (2012), « L’armature urbaine bretonne : un modèle territorial d’avenir ? ».
  • Chardonnel, Talandier, Tabaka et André-Poyaud (2017), « Centralité des espaces périphériques et complémentarités territoriales : un enjeu de durabilité pour la Région urbaine de Grenoble ».
  • Insee (2019), « Du rural éloigné au rural proche des villes : cinq types de ruralités ».

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