L’identification des centralités3 s’appuie sur le tableau complet des commerces et services présents dans les communes métropolitaines. Chaque commune est caractérisée par 185 équipements présents dans la base permanente des équipements (INSEE, 2017). La comparaison de la dotation en commerces et services des communes françaises permet de distinguer celles possédant peu ou pas du tout d’équipements et celles qui sont très bien dotées avec des équipements nombreux et variés. Cette différence dans l’offre d’équipements autorise l’identification de 5 grands ensembles communaux qui correspondent pour le premier d’entre eux aux 24 067 communes non centres et pour les suivants à 10 774 centres hiérarchisés en quatre niveaux sur le territoire.

Les centres locaux d’équipements et de services

Ce premier niveau concerne 7 010 centres (20 % des communes françaises) où résident 11,5 millions d’habitants (18 %). Les centres se caractérisent par la présence simultanée de services et équipements du quotidien ou de « proximité ». En additionnant la population environnante, les centres locaux sont , en termes d’équipements, le premier relais de 17 millions d’habitants.

Une douzaine de commerces et services, présents dans 75 à 100 % des centres locaux, constituent le cœur du panier d’équipements. Il s’agit principalement de services aux particuliers (salon de coiffure, restaurant, artisans du bâtiment) complétés par un établissement d’enseignement (école élémentaire), un commerce (boulangerie) et un professionnel de santé (infirmier). A ces équipements s’ajoutent parfois d’autres services présents dans 50 à 75 % des centres. C’est le cas, par exemple, du médecin généraliste (présent dans 73 % des centres), de la pharmacie (62 %) ou du masseur-kinésithérapeute (61 %) mais également du soin de beauté (59 %) ou de l’agence immobilière (56 %). Le bureau de poste et les autres commerces alimentaires (épicerie, boucherie-charcuterie) sont présents dans moins de 50 % des centres.

La majorité des centres locaux (61,5 %) sont attractifs et animent une aire qui contient le centre et au moins une autre commune non centre. Ces centres ont en moyenne 1 369 habitants et sont généralement plus petits que les centres dont l’aire de desserte ne contient aucune autre commune. Ils animent très souvent des territoires peu denses et éloignés des grandes villes. Les centres animant une aire de desserte monocentrique sont les plus nombreux (70 %). Peuplés en moyenne de 1 431 habitants, ils sont plus petits que ceux qui se situent dans une aire polycentrique.

Sur le territoire métropolitain, 22 552 communes (65 %), soit quelques 17 millions d’habitants (26 %), ont un centre local comme centralité la plus proche. Les aires qui rassemblent le plus de communes (49 %) et d’habitants (14 %) sont constituées d’un seul centre local entouré d’une ou plusieurs communes non-centres. La deuxième catégorie la plus fréquente correspond aux aires polycentriques dans lesquelles les centres locaux attirent 11 % des communes et 7 % de la population. Enfin, les centres locaux sans périphérie rassemblent 5 % des communes et 5 % de la population.

Les habitants, dont un centre local est le plus proche, sont situés à moins de 5 minutes en moyenne, avec cependant un maximum de 21 minutes4. Le temps de trajet, calculé pour les seules communes périphériques, est de 7 minutes en moyenne, avec un maximum de 26 minutes. Les temps de trajet sont très légèrement inférieurs (de l’ordre d’une minute) lorsque les centres locaux sont dans une aire polycentrique.

Les centres intermédiaires d’équipements et de services

Le deuxième niveau rassemble 2 880 centres (8 %) et 15 millions de personnes. Les centres intermédiaires offrent une palette d’équipements plus diversifiée que les centres locaux. Ils sont le relais le plus proche pour 31 millions d’habitants.

Outre les commerces et services précédents, dont le taux d’équipement est proche de 100 %, ils proposent 29 équipements supplémentaires offrant ainsi plus de professionnels de santé (médecin généraliste, pharmacie, masseur-kinésithérapeute, chirurgien-dentiste, podologue, hébergement pour personnes âgées, établissement d’accueil du jeune enfant, orthophoniste) mais également plus de services aux particuliers (bureau de poste, soins de beauté, banque, agence immobilière, auto-école, vétérinaire), plus de commerces (fleuriste, boucherie-charcuterie, station-service, supermarché, magasin d’optique), une école maternelle et un collège.

La majorité des centres intermédiaires (82,6 %) ont une aire de desserte qui contient le centre et au moins une autre commune non-centre. Ces centres ont en moyenne 4 512 habitants et sont généralement plus petits que les centres dont l’aire de desserte ne contient aucune autre commune. Ils animent très souvent des territoires peu denses et éloignés des grandes villes. Les centres intermédiaires plus peuplés, et dont l’aire de desserte ne dépasse pas la frontière communale, sont soit des communes rurales touristiques (îles du Ponant, stations de ski, etc.) ou bien alors des communes intégrées à des unités urbaines plus grandes ou situées à proximité. Plus de la moitié des centres intermédiaires (56,3 %) animent une aire de desserte monocentrique. Peuplés en moyenne de 3 743 habitants, ces centres sont plus petits que les centres intermédiaires qui font partie d’une unité urbaine possédant plusieurs centralités.

Les centres intermédiaires desservent 27 902 communes, avec une population de près de 31 millions d’habitants. Ce sont donc ainsi 80 % des communes métropolitaines et 48 % de la population qui ont un centre intermédiaire comme centralité la plus proche. Les autres habitants (52 %) trouvent les équipements et services de cette catégorie dans des centres de niveau supérieur dont ils sont plus proches. Les aires de desserte des centres intermédiaires, constituées d’un ou plusieurs centres, sans communes périphériques rassemblent 0,3 % des communes et 1 % de la population. Les aires qui rassemblent le plus de communes (65 %) et d’habitants (27 %) sont constituées d’un seul centre intermédiaire entouré d’une ou plusieurs communes non-centres. La deuxième catégorie la plus fréquente correspond aux centres intermédiaires situées dans une aire polycentrique. Ces derniers attirent quelques 14 % des communes et 20 % de la population qui réside soit dans les centres intermédiaires eux-mêmes soit dans les communes périphériques.

Les habitants, dont un centre intermédiaire est le plus proche, sont situés à 7 minutes en moyenne. Cependant, dans certaines aires, les temps moyens peuvent être beaucoup plus élevés et nécessiter 40 minutes de trajet pour rejoindre le centre intermédiaire le plus proche. Le temps de trajet moyen, calculé pour les seules communes non-centres, est de 9 minutes en moyenne, avec un maximum de 42 minutes. Les temps de trajet moyens sont inférieurs pour les aires polycentriques, notamment pour le temps de trajet moyen maximal hors centre qui passe de 42 à 32 minutes.

Les centres structurants d’équipements et de services

Le troisième niveau est composé de 743 centres (2 %) dans lesquelles résident 15 millions de personnes (24 %). Une quarantaine de commerces et services viennent compléter la palette des 29 équipements déjà rencontrés dans les centres intermédiaires. Les deux tiers de la population métropolitaine sont plus proches d’un centre structurant que d’un centre majeur.

L’apport correspond principalement à des équipements spécialisés dans : le commerce (droguerie quincaillerie, parfumerie, horlogerie bijouterie, magasins d’électroménager et matériel audio-vidéo, d’articles de sports et de loisirs, de meubles, d’équipements du foyer, de chaussures, de vêtements, etc.) ; les services liés à la santé et à la médecine de ville (spécialistes en ophtalmologie, en cardiologie, en radiologie, en dermatologie, en gynécologie, en radiodiagnostic et imagerie médicale, psychologue, sage-femme, diététicien, laboratoire d’analyses et de biologie médicale, services d’aide aux personnes âgées). A cette large palette s’ajoutent plusieurs services aux particuliers (agence de travail temporaire, contrôle technique automobile, pompes funèbres, blanchisserie teinturerie, etc.), le lycée et quelques équipements de sports, loisirs et culture (cinéma, piscine, salle de remise en forme, hôtel).

La majorité des centres structurants (83,3 %) sont attractifs et animent une aire qui contient le centre et au moins une autre commune non centre. Ces centres ont en moyenne 16 733 habitants et sont généralement plus petits que les centres structurant sans périphérie. Un peu moins de la moitié des centres structurants (46,1 %) animent une aire monocentrique. Peuplés en moyenne de 11 939 habitants, ces centres structurants sont plus petits que les centres structurants qui appartiennent à une aire polycentrique.

Les aires de desserte des centres structurants rassemblent 27 921 communes, avec une population de 42,6 millions d’habitants. A l’échelle du territoire métropolitain, 80 % des communes et 66 % des habitants sont plus proches d’un centre structurant que d’un centre majeur. Les aires qui rassemblent le plus de communes (66 %) sont constituées d’un seul centre entouré d’une ou plusieurs communes non-centre. Les aires polycentriques qui regroupent moins de communes (14 %) ont approximativement un million d’habitants en plus que les aires monocentriques.

Les temps de trajet moyens, constatés dans les aires de dessertes des centres structurants, sont de l’ordre de 13 minutes en moyenne, avec cependant un temps de trajet moyen maximum de 60 minutes. Les valeurs calculées hors centres sont respectivement de 17 et 61 minutes. Les temps de trajet moyens sont supérieurs au sein des aires polycentriques, notamment pour la distance maximale qui passe de 53 à 60 minutes pour l’ensemble des communes des aires et de 54 à 61 minutes pour l'ensemble de communes périphériques.

Les centres majeurs d’équipements et de services

Le quatrième niveau identifie 142 centres (0,4 %) où résident 14,2 millions d’habitants. Ils offrent le panier d’équipements le plus étoffé et la population métropolitaine parcourt en moyenne 35 minutes pour rejoindre le centre majeur le plus proche.

Outre les commerces et services précédents, les centres majeurs offrent la quasi-totalité des services de santé, des commerces de la grande distribution (hypermarché, grande surface de bricolage) ou alimentaires spécialisés (poissonnerie, produits surgelés), plusieurs services aux particuliers supplémentaires, notamment des services de l’administration judiciaire (tribunal de commerce, tribunal d’instance ou de grande instance, conseil départemental d’accès au droit, conseil de prud’hommes, etc.). Les centres majeurs se caractérisent également par des services et équipements généralement présents dans les plus grandes villes comme des services de police, de l’administration fiscale (direction départementale des finances publiques), des établissements scolaires et universitaires (lycée professionnel, centre de formation d’apprentis hors agriculture, institut universitaire, formation de santé, UFR), des équipements de sports, loisirs et culture (théâtre, conservatoire, musée, plateau de roller-skate ou de vélo bicross , etc.).

La totalité des centres majeurs (100 %) ont une aire de desserte qui contient le centre et au moins une autre commune non centre. Ces centres ont en moyenne 100 270 habitants. Plus des quatre cinquièmes (83,1 %) animent une aire de desserte monocentrique. Ces centres sont plus petits que les centres qui animent les aires polycentriques, avec respectivement une population moyenne de 73 308 contre 232 834 habitants. La très grande majorité des aires de desserte ne possède qu’un seul centre majeur. Au nombre de 118, elles regroupent 93 % des communes métropolitaines pour une population de 44,9 millions d’habitants. Les aires polycentriques, bien que moins nombreuses (24 centres majeurs présents en binôme, voire en polynôme comme dans l’agglomération parisienne), sont beaucoup plus peuplées. Elles rassemblent 19,6 millions d’habitants (30,4 %) pour 2 513 communes (7,2 %). La population métropolitaine parcourt en moyenne 35 minutes pour rejoindre le centre majeur le plus proche, avec cependant pour les plus grandes aires un temps de trajet moyen pouvant atteindre 74 minutes. Les valeurs calculées pour les communes périphériques restent quasiment identiques.

3. Cf la méthodologie de l'article 9
4. Les temps de trajets présentés dans cette étude sont des temps de trajets routiers de commune à commune aux heures creuses. Ils sont calculés avec le logiciel Odomatrix, Inrae 2020.

Auteurs et contributeurs de l'étude :

L’ensemble de l’étude a été coordonné par Mohamed Hilal (INRAE), Emmanuelle Le Bris (ANCT), Gilles Toutin (ANCT) et Max Barbier (ANCT).


Les traitements et la rédaction de ce volume ont été assurés par Mohamed Hilal (INRAE), Davy Moret
(INRAE), Virginie Piguet (INRAE), avec la collaboration d’Hélène Bouscasse (INRAE), Jean Cavailhès (INRAE), Abdoul Diallo (AgroSup Dijon), Marion Drut (Agrosup Dijon), Julie Le Gallo (Agrosup Dijon), Sophie Legras (INRAE).

Les documents graphiques créés par les auteurs ont été repris pour la synthèse par Mélodie Martin et Bertrand Miroux (ANCT).

 

Retrouvez tous les articles de la synthèse et téléchargez l'étude dans la partie "Avant-propos", sur la page d'accueil de la synthèse de l'étude.


Les membres du comité d’orientation de l’étude :

  • Agence nationale de la cohésion des territoires (ANCT) : Brigitte Baccaïni, Max Barbier, Annabelle Boutet, Marion Mauvoisin, Emmanuelle Le Bris, Sylvie Cabassot, Gilles Toutin.
  • Direction départementale des territoires (DDT) de l’Eure-et-Loir : Nadia Bourraud, Sylvain Reverchon, Clément Point.
  • Fédération Nationale des Agences d'Urbanisme / Agence de développement des territoires Nancy Sud Lorraine (Scalen) : Francis Hess.
  • Ministère de la culture : Vincent Lacaille, Isabelle Michard.
  • Ministère de la transition écologique et solidaire (MTES) : Charline Nennig, Céline Guichard.
  • Observatoire des finances et de la gestion publique locales (OFGL) : Nicolas Laroche, Thomas Rougier, Raphaël Menelon.
  • Institut national de la statistique et des études économiques (INSEE) : David Levy.
  • Caisse des Dépôts et Consignation (CDC) : Florence Mas, Frank Chaigneau.
  • Centre d'études et d'expertise sur les risques, l'environnement, la mobilité et l'aménagement (CEREMA) : Nicolas Nuyttens, Raphaèle Ratto.
  • Établissement public national d'aménagement et de restructuration des espaces commerciaux et artisanaux (EPARECA) : Alain Deschamps, Christelle Breem.

 

Travaux analysés dans le cadre de l’étude :

  •  Laborie J.P. (1979 ), « Les petites villes ».
  • Agence d’urbanisme Grand-est, Sraddet (2018), « L’armature urbaine régionale ».  
  • Jousseaume V. et Talandier M. (2016), « Bourgs-centres et petites villes en France ».
  • Dreal Nouvelle-Aquitaine (2017), « Identification d’une armature urbaine en Nouvelle-Aquitaine ».
  • DDT Eure-et-Loir (2017), « Diagnostic territorial et identification des centres-bourgs à enjeux ».
  • Préfecture de Région Auvergne-Rhône-Alpes (2017), « Etude exploratoire des centralités dans l’aire métropolitaine de Lyon-Saint-Etienne ».
  • Insee (2018), « Déclin marqué ou affirmation de leur rôle central, les destins contrastés des petites villes de Bourgogne-Franche-Comté » / « Petites villes de Bourgogne-Franche-Comté : un passé démographique et industriel qui contribue au déficit de croissance ».
  • Réseau des agences d’urbanisme de Bretagne (2012), « L’armature urbaine bretonne : un modèle territorial d’avenir ? ».
  • Chardonnel, Talandier, Tabaka et André-Poyaud (2017), « Centralité des espaces périphériques et complémentarités territoriales : un enjeu de durabilité pour la Région urbaine de Grenoble ».
  • Insee (2019), « Du rural éloigné au rural proche des villes : cinq types de ruralités ».

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