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Les petites aires urbaines attirent moins leur population au cours de la journée

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À l’intérieur des aires urbaines, l’observation des mouvements de population au cours des heures de la journée permet de mettre en évidence les interdépendances entre centre, banlieue et couronne périurbaine mais également la dépendance de certaines aires urbaines dans leur ensemble vis-à-vis d’autres espaces.

Les mouvements de population observés à l’échelle des aires urbaines au cours des heures de la journée témoignent de différents degrés de polarisation exercée par les communes centre sur le reste de leur aire urbaine. Ainsi plus l’aire urbaine est grosse, plus les résidents des couronnes investissent la ville centre au cours de la journée et moins les couronnes en perdent. L’aire urbaine de Paris présente comme souvent un cas extrême, avec une augmentation de la population présente de plus de 22 % dans la commune de Paris entre 4h et 15h, uniquement liée aux mouvements de la population du reste de l’aire urbaine56. Inversement, plus l’aire urbaine est petite et moins sa ville centre gagne en population (jusqu’à en perdre pour les aires urbaines moyennes et petites) et plus ses couronnes en perdent au cours de la journée. La logique des vases communicants s’applique donc plutôt pour les plus grosses aires urbaines, tandis que les résidents des aires urbaines de plus petite taille – y compris des communes centre – quittent plus souvent leur aire urbaine dans la journée pour se rendre dans d’autres espaces.

Les communes de Rouen, Bordeaux, Clermont- Ferrand, Lyon, Toulouse et Nantes gagnent plus de 10 % de population présente entre 4h et 15h. Certaines communes centre d’aires urbaines de taille moyenne drainent également beaucoup de résidents de leur aire urbaine et voient leur population fortement augmenter dans la journée : c’est le cas de Bourg-en- Bresse (+ 32 %), Caen (+ 29 %), Valenciennes (+ 21 %), Roanne (+ 20 %) ou encore Bayonne (+ 18 %). A contrario, certaines communes centre de très grosses aires urbaines connaissent des gains de population moindres (Strasbourg, Grenoble, Montpellier, Saint-Etienne ou encore Lille), quand d’autres perdent des résidents au cours de la journée : c’est le cas de Marseille et de Nice sur la Côte d’Azur (entre 1 et 2 % de population résidente en moins entre 4h et 15h).

 

À l’instar de Marseille et de Nice, certaines aires urbaines connaissent une baisse de population au cours de la journée, aussi bien au centre que dans les couronnes. C’est le cas de 31 % des aires urbaines étudiées qui sont constituées d’un centre, d’une banlieue et d’une couronne périurbaine. Ce cas de figure peut traduire différentes situations :

  • une attractivité forte d’aires urbaines situées à proximité : autour de Lyon et de Saint-Étienne en Auvergne - Rhône-Alpes (Vienne, Vichy, Romans- sur-Isère, Montceau-les-Mines) par exemple et dans la plupart des petites et moyennes aires urbaines dont le manque d’attractivité durant la journée pour les populations de l’aire urbaine entre en résonnance avec les débats sur la revitalisation des centres des villes moyennes57 ;
     
  • une attractivité forte de l’étranger : dans beaucoup d’aires urbaines transfrontalières, en particulier celles situées à la frontière suisse (Annemasse, Annecy, Saint-Louis, Cluses, Thonon-les-Bains) ou luxembourgeoise (Thionville, Longwy) ;
     
  • une situation d’échanges intenses de population entre aires urbaines proches : c’est le cas des aires urbaines du littoral méditerranéen dont presque toutes les communes centre – y compris les plus grosses – comptent moins de résidents de l’aire urbaine dans la journée que durant la nuit. La Martinique et la Réunion présentent le même cas de figure58.

 

56. L’application « Mobiliscope » développée au sein de l’UMR Géographie-Cités et cofinancée par le ANCT, permet de visualiser les mouvements de la population francilienne au cours des heures de la journée et d’observer les conséquences de ces mobilités sur la ségrégation sociale.
57. Razemon O., Comment la France a tué ses villes, Rue de l’échiquier, 192 p., 2016
58. Sur les mobilités interurbaines, voir par exemple Gingembre J. et Baude J., « Les mobilités domicile-travail dans les réseaux d’agglomérations », EchoGéo n° 27 [En ligne], 2014

 

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