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La part des déplacements contraints augmente avec l'éloignement au centre des aires urbaines

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L’étude des comportements de mobilité observés en fonction du profil socio-démographique des personnes mais également des caractéristiques de leur lieu de résidence soulève des enjeux à la fois environnementaux et sociaux.
Les retours au domicile constituent 38 % des déplacements quotidiens des Français. Les 62 % restants correspondent à des déplacements que l’on peut considérer comme contraints (travail et études – 19 %, achats – 14 %, accompagnement – 11 % et démarches – 4 %) ou choisis (loisirs – 14 %)43. L’importance relative des déplacements contraints n’est pas la même pour tous.
L’âge apparaît comme le principal facteur explicatif du poids plus ou moins important des déplacements contraints. Les 65 ans et plus, et dans une moindre mesure, les 16-24 ans sont ainsi ceux pour lesquels la part des déplacements contraints est la plus faible (respectivement 66 % et 71 %). Au cœur de la vie active, plus de 8 déplacements des 25-64 ans sur 10 sont des déplacements contraints.

Le sexe est un autre facteur explicatif important des déplacements contraints : 79 % des déplacements des femmes sont contraints contre 77 % pour les hommes. Cette différence en apparence faible atteint 8 points si on exclut les déplacements vers le travail ou les études (72 % pour les femmes contre 64 % pour les hommes)44. Ce constat s’explique en partie par l’inégale répartition du travail domestique, dont 70 % du « noyau dur » (cuisine, vaisselle, ménage, rangement, linge, etc.) et 74 % du soin aux enfants échoit aux femmes45. Hors Île-de-France, deux tiers des déplacements d’accompagnement sont ainsi réalisés par des femmes (et jusqu’à 68 % dans l’espace périurbain) et 58 % des déplacements pour achats ou pour réaliser des démarches. Ces écarts sont légèrement moins marqués en Île-de-France.
Pour les femmes, l’importance de ces mobilités contraintes et la rigidité horaire qu’elles impliquent peuvent se traduire par un accès à l’emploi plus difficile, notamment à temps complet.

Par ailleurs, la place des déplacements contraints varie selon le type de territoires : elle est minimale pour les résidents  de  communes  centre  (77  %) et maximale pour les résidents des communes périurbaines (80 %)46. Pour certaines catégories socio-professionnelles,   cette   différence    est   plus marquée : c’est le cas des professions intermédiaires et des employés hors Île-de-France pour qui le fait de résider dans une commune périurbaine se traduit par une augmentation du poids des déplacements contraints de plus de 3 points. En Île-de-France, vivre en dehors de Paris implique une augmentation bien plus importante des déplacements contraints, en particulier pour les artisans, commerçants (+ 9,3 points entre Paris et l’espace périurbain) et les ouvriers (+ 7,8 points entre Paris et l’espace périurbain). Dans la région capitale, les cadres sont la seule catégorie socio- professionnelle pour laquelle le fait de résider dans une commune périurbaine plutôt qu’en banlieue implique une baisse du poids des déplacements contraints (-1,4 point).

43. Dans cette publication, les achats sont considérés comme un déplacement contraint ce qui n’est pas le cas dans toutes les publications portant sur les mobilités quotidiennes. Les bases de données utilisées ne permettent en effet pas de distinguer les déplacements pour achats « récréatifs » des achats « indispensables ». Néanmoins, seules les mobilités quotidiennes un jour de semaine (hors week-end) étant étudiées ici, on estime que la majorité des déplacements pour achats sont de ce fait plutôt contraints.
44. Parmi les actifs occupés, les hommes effectuent plus fréquemment des déplacements vers le travail que les femmes (1,7 par jour contre 1,5 pour les femmes, hors Îlede- France), ce qui peut en partie s’expliquer par la plus forte proportion de femmes à temps partiel (26,7 % des femmes sont à temps partiel contre seulement 7,7 % pour les hommes. Source : Insee, RP 2016).
45. Source : Insee, Enquête Emploi du temps 2009-2010.
46. Valeurs hors Île-de-France.

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