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Les cadres parcourent chaque année près de 3000 km de plus que les employés pour se rendre au travail

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La catégorie socio-professionnelle est un déterminant fort de la manière dont les individus se déplacent pour se rendre au travail : temps de transport, distances, vitesses et modes de déplacement traduisent des pratiques différenciées dont l’interprétation doit tenir compte des lieux de résidence et d’emploi majoritaires des différentes catégories d’actifs.

Les cadres font les plus longues navettes domicile-travail, aussi bien en termes de distance que de temps33. Hors Île-de-France, les cadres résident en moyenne à 19 km de leur travail (21 km en Île-de-France) et consacrent 28 minutes à s’y rendre (41 minutes en Île-de-France). Chaque année, on peut estimer qu’un cadre parcourt ainsi

8 930 km pour aller et revenir du travail contre 6 110 km pour un employé, soit près de 3 000 km de plus34. Les cadres se déplacent également plus rapidement que les autres catégories socio-professionnelles (à l’instar des  artisans, commerçants et chefs d’entreprise) avec une vitesse moyenne de 40 km/h35 hors Île-de-France et de 30 km/h en Île-de-France où la différence avec les autres catégories socio-professionnelles est particulièrement marquée (+ 5 km/h par rapport aux ouvriers et professions intermédiaires et + 8 km/h par rapport aux employés). Cette capacité à se déplacer rapidement ne traduit cependant pas une utilisation plus massive de la voiture : les cadres ne se rendent en effet pas plus souvent au travail en voiture ou deux-roues motorisés que la moyenne des actifs et même moins souvent en Île-de-France. Les cadres travaillent en revanche plus souvent au cœur des aires urbaines36, en particulier les plus grandes37, mieux reliées aux réseaux de transport.

Hormis les agriculteurs qui sont les actifs qui résident le plus à proximité de leur lieu de travail (10 km en moyenne et 14 minutes de trajet), les employés sont la catégorie socio-professionnelle qui fait les plus courtes navettes domicile-travail :
13 km et 23 minutes pour un trajet domicile- travail moyen. Plus courts, ces déplacements sont également plus lents pour les employés38 qui ont moins souvent recours à la voiture pour se rendre au travail et privilégient la marche et les transports en commun. Les employés sont néanmoins la catégorie socio-professionnelle qui travaille le plus en dehors de son type d’espace de résidence : si 48 % d’entre eux travaillent dans une commune centre hors Île-de-France, ils sont seulement 32 % à y résider (16 points d’écart). Cette situation ne se traduit cependant pas par des navettes domicile- travail plus longues, principalement parce que les emplois d’employés sont concentrés au centre des aires urbaines de taille inférieure, au contraire des emplois de cadres.
Les ouvriers font des navettes domicile-travail comparables à la moyenne des actifs en termes de temps, de distances et de vitesse. Ils ont cependant bien plus souvent recours à la voiture pour se rendre au travail39, en particulier en Île-de-France où c’est le cas de 56 % d’entre eux contre 44 % pour l’ensemble des actifs (12 points d’écart). À l’inverse des employés, les ouvriers sont la catégorie socio- professionnelle qui travaille le plus dans son type d’espace de résidence. En effet, la majorité d’entre eux résident en banlieue (43 % hors Île-de- France et 71 % en Île-de-France) et c’est également en banlieue que sont situés la majorité de leurs emplois (39 % hors Île-de-France et 76 % en Île-de- France soit respectivement 4 et 5 points d’écart). L’importance des déplacements « de banlieue à banlieue » pour les ouvriers explique en grande partie la place de la voiture dans les déplacements domicile-travail de cette catégorie d’actifs.

Moins nombreux, les artisans, commerçants et chefs d’entreprise ont des navettes domicile-travail très marquées par l’utilisation de la voiture et un très faible recours aux transports en commun. La plus forte implantation de cette catégorie d’actifs dans les espaces périurbains à la fois concernant le lieu de résidence (pour presque un quart hors Île- de-France et un cinquième en Île-de-France) et le lieu d’emploi (un emploi sur cinq hors Île-de-France et un emploi sur sept en Île-de-France) contribue à expliquer la place prépondérante de la voiture dans leurs navettes domicile-travail.

De façon générale en France, si les navettes domicile-travail des actifs rendent compte d’une polarisation persistante des communes centre d’aires urbaines40, ce sont les mobilités au sein d’un même type d’espace (de commune centre à commune centre, de banlieue à banlieue ou d’une commune périurbaine à une autre) qui constituent la norme, quel que soit le type d’espace observé. Ainsi, 38 % des résidents de communes périurbaines travaillent également dans une commune périurbaine. En Île-de- France où la majorité de l’emploi est concentrée dans les communes de banlieue, trois actifs sur quatre résidant en banlieue travaillent également en banlieue. C’est également le cas de 44 % des périurbains et de 38 % des Parisiens.

Ces constats soulèvent la question des déplacements domicile-travail « de banlieue à banlieue » et de « périurbain à périurbain » dont l’importance n’est pas à négliger, en particulier pour certaines parties de la population (ouvriers et artisans, commerçants et chefs d’entreprise en particulier). En l’absence d’alternatives concrètes (transports en commun, covoiturage, plateformes multimodales,…), ces déplacements peuvent difficilement être réalisés autrement qu’en voiture. Enfin, ils impliquent d’avoir une réflexion sur la biactivité des ménages, en particulier des ménages populaires constitués d’un ouvrier – majoritairement des hommes – et d’un employé – majoritairement des femmes41. La structure des déplacements domicile-travail pour ces deux catégories de la population (déplacements de banlieue à banlieue pour les uns et de banlieue vers les centres urbains pour les autres) peut entraîner des arbitrages en matière de choix résidentiels potentiellement défavorables à l’emploi des femmes. 

33. Sauf en Île-de-France où les artisans, commerçants et chefs d’entreprise sont ceux qui résident le plus loin de leur lieu de travail (25 km en moyenne).
34. Ce chiffre est obtenu en partant de l’hypothèse d’actifs se rendant 5 fois par semaine sur leur lieu de travail et prenant 5 semaines de congés par an.
35. Cette vitesse est calculée en rapportant la distance
moyenne d’un trajet domicile-travail à sa durée moyenne.
36. Hors Île-de-France, 88 % des cadres travaillent dans un pôle urbain (commune centre ou banlieue) et 96 % en Île-de-France.
37. 75 % des emplois de cadres se trouvent dans une aire urbaine de plus de 500 000 habitants contre 65 % pour l’ensemble des emplois.
38. Les employés se rendent au travail en moyenne à 34 km/h hors Île-de-France et 22 km/h en Île-de-France.
39. Hors Île-de-France, 82 % d’entre eux se rendent au travail en voiture contre 78 % pour l’ensemble des actifs.
40. Un actif sur trois travaille dans une commune centre d’aire urbaine hors Île-de-France et le double en Île-de-France.
41. Dans le champ des enquêtes mobilisées, 50 % des ouvriers ont un conjoint employé.
42. Sur les freins territoriaux à l’accès à l’emploi des femmes, voir l’application SOFIE disponible sur le site de l’Observatoire des territoires.

 

 

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