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Vivre en couple avec enfant(s), le modèle dominant des couronnes périurbaines

Année de publication2020
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2019
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Les couronnes des grandes aires urbaines et des aires urbaines de taille moyenne dans lesquelles ont eu lieu les principales opérations d’aménagement des dernières décennies (notamment les villes nouvelles, dont la vocation était d’attirer les familles), sont aujourd’hui les espaces qui accueillent le plus de familles avec enfant(s). Ces dernières y représentent plus du tiers des ménages (34,1 %). De manière générale, plus on s’éloigne des espaces périurbains (en allant vers le centre des agglomérations ou vers les espaces plus ruraux), plus la part des ménages avec enfant(s) diminue (cf. zoom « La disponibilité et les prix des logements expliquent en grande partie la répartition spatiale des ménages entre ville-centre, banlieue et périurbain »).

Depuis des décennies, les familles monoparentales forment une structure familiale qui s’est développée en France. Ces dernières existent depuis longtemps mais étaient auparavant principalement liées au décès d’un des conjoints. Elles résultent maintenant principalement de divorces ou de séparations. Aujourd’hui 26 % des familles avec enfant(s) sont monoparentales, contre 16% en 1990 (soit une progression de 10 points en 25 ans)16.

Or, la géographie des familles monoparentales est encore plus contrastée que celle des couples avec enfant(s). Celles-ci sont surreprésentées dans certaines régions et notamment dans les Dom, les Hauts-de-France, l’Île-de-France et le pourtour méditerranéen dont la Corse. Dans les régions d’Outre-mer où elles sont particulièrement nombreuses, les familles monoparentales représentent entre 21 % et 26 % des ménages en 2015 (contre 9,5 % à l’échelle nationale), soit près d’une famille avec enfant(s) sur deux. À la différence de la métropole, aux Antilles et en Guyane (plus qu’à La Réunion), la monoparentalité est une réalité durable et ne constitue pas une simple phase transitoire, précédant ou succédant à la vie en couple. Le parcours scolaire de la mère joue ici un rôle décisif. Aux Antilles, près d’un enfant sur deux dont la mère n’a aucun diplôme vit toute son enfance (0-10 ans) seul avec elle17.

Au-delà de cette approche régionale, ces familles monoparentales sont plus présentes dans les pôles des aires urbaines que dans leur couronne. Plus le pôle est grand, plus leur proportion est importante. Dans les grands pôles urbains, un ménage sur dix est une famille monoparentale (10,5 % en 2015). Par ailleurs, près des deux tiers des familles monoparentales y vivent (66,8 %) - alors qu’ils accueillent 60,3 % de l’ensemble des ménages.

La géographie des familles avec enfant(s) n’est donc pas exactement la même si l’on s’intéresse aux couples avec enfant(s) ou aux familles monoparentales. Tandis que les premières se concentrent dans les espaces périurbains, les secondes se trouvent essentiellement dans les pôles. Quoi qu’il en soit, le fait urbain s’est désormais imposé comme un déterminant de la géographie des ménages avec enfant(s).

ZOOM

Les fratries françaises

La composition des fratries varie de manière importante selon les territoires. Alors que

certains espaces sont marqués par la surreprésentation de familles nombreuses (3 enfants et plus), d’autres le sont davantage par la présence de petites familles (1 enfant seulement).

Avant d’exposer ces différences territoriales, il faut rappeler que plus du tiers des ménages français (35,8 %) vivent avec au moins un enfant de moins de 25 ans. Parmi ces ménages, les fratries demeurent la norme. 57,1 % des ménages avec enfant(s) accueillent au moins deux enfants (deux enfants dans 38,9 % des cas ; trois enfants et plus dans 18,2 % des cas18). Malgré cette prédominance, le schéma de l’enfant unique s’est affirmé et concerne désormais 42,9 % des familles avec enfant(s).

La taille des fratries structure la géographie familiale française. Les familles avec un seul enfant sont très présentes le long du littoral méditerranéen (dont la Corse) et dans le Sud-Ouest mais aussi dans les espaces ruraux du centre de la France (du Limousin au Morvan) et dans certains Dom (Martinique et Guadeloupe). Les familles avec deux enfants ont pour particularité de se concentrer non pas dans certaines régions mais plutôt dans certains types d’espaces, en particulier les espaces périurbains (couronnes des pôles urbains et communes multi-polarisées).

Enfin, les familles nombreuses (trois enfants et plus de moins de 25 ans) se concentrent dans les régions de l’Ouest (Bretagne, Pays de la Loire, Normandie) et du Nord du pays (Hauts-de-France), ainsi que dans le grand périurbain francilien (Seine-et-Marne, Val-d’Oise, Loiret). On les retrouve également dans certains Dom (Guyane, la Réunion) où la natalité est l’une des plus dynamiques du pays.

Ces différences sont le résultat de facteurs démographiques (fécondité qui reste très favorable dans le Nord, le périurbain parisien, lyonnais et dans une grande partie du l’Ouest, âge à la naissance du premier enfant, etc.) qui s’expliquent eux-mêmes par des spécificités locales. Par exemple, dans certains territoires de l’Ouest, le maintien tardif de populations agricoles qui sont souvent plus fécondes et le développement d’une industrie locale a évité un exode rural et « fixé » la population. Cela a perpétué le comportement démographique de la population présente et pu expliquer la continuité de son comportement démographique19.

16. Source : Insee, RP 2015.
17. Marie C.V., Breton D., « Faire famille » dans les Dom. Ce que nous dit l’enquête Migrations, Famille et Vieillissement, Informations sociales 2014/6 (n° 186), pp 16-26.
18. Source : Insee, RP 2015.
19. Bertrand J.-R., Christians C. Approches d’une géographie des ménages et des familles. Les familles nombreuses dans les Pays de la Loire. In: Espace, populations, sociétés, 1988-1. Desplanques G., « Les disparités géographiques de fécondité en France », Espace populations sociétés, 2011/3 | 2011, 459-473.

 

Bertrand J.-R., Christians C., Approches d’une géographie des ménages et des familles. Les familles nombreuses dans les Pays de la Loire, Espace, populations, sociétés, 1988-1

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