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Déménager pour trouver un emploi ou rester dans son territoire : qu’en pensent les français ?

Année de publication2021
Territoire
Année de publication
2018
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Comment permettre l’accès de tous à l’emploi, alors que les activités économiques sont de plus en plus concentrées dans un nombre restreint d’espaces33 ? Faut-il aider les territoires en difficulté à se développer, ou au contraire encourager leurs habitants à s’installer dans des territoires plus dynamiques ? Deux enquêtes commandées par le Commissariat général à l’égalité des territoires et le Conseil d’orientation pour l’emploi permettent d’appréhender les aspirations des Français à ce sujet34.

La moitié des Français enquêtés annonce souhaiter déménager dans les cinq prochaines années, et près d’un quart hors de leur département de résidence. Les plus jeunes et les plus pauvres sont plus enclins à vouloir déménager que les autres (56% des personnes à bas revenus contre 41% des personnes à hauts revenus). La principale motivation à déménager est l’amélioration du cadre de vie (47%), contre seulement 22% pour la possibilité de trouver de meilleures opportunités professionnelles. Interrogés spécifiquement sur leur volonté de déménager pour trouver un emploi correspondant à leur profil, la majorité des Français (56% des salariés et 55% des chômeurs) répondent en effet par la négative. Une bonne partie d’entre eux préfère rester sur place quitte à changer de métier, de secteur ou suivre une formation (voire, pour les chômeurs, accepter un emploi moins bien rémunéré ou à temps partiel). L’attachement au territoire, la proximité à la famille et aux amis, ainsi que le caractère coûteux d’un déménagement expliquent en grande partie le fait que la majorité des personnes enquêtées ne veuillent pas déménager pour des raisons professionnelles.

Souhaiter un déménagement ne signifie pas forcément le réaliser : moins de la moitié des souhaits de mobilité des ménages se concrétise dans les quatre à cinq ans. Pour le Crédoc, cette différence entre aspirations et réalité tient notamment aux différences de capacité des individus à se projeter dans une mobilité, à leur niveau de confiance en l’avenir, ainsi qu’à la probabilité objective que la mobilité offre de réelles opportunités. De plus, les projets de mobilité des moins nantis se heurtent souvent à l’absence d’épargne pour faire face au coût d’un déménagement, mais aussi à d’autres obstacles tels que la difficulté à retrouver un logement social, l’impossibilité de s’appuyer sur un réseau relationnel dans le territoire d’accueil et la grande incertitude sur la capacité à y retrouver un emploi. Aussi, la mobilité comme vecteur d’ascension sociale reste-t-elle le fait d’une minorité socialement privilégiée.

D’ailleurs, ceux qui se disent prêts à déménager pour obtenir de meilleures opportunités professionnelles sont surtout les hommes, les cadres, les plus jeunes, les plus diplômés, ceux qui entrent dans la vie active (recherche un premier emploi), et ceux qui ne sont pas nés dans le territoire où ils habitent. À l’inverse, ceux qui ne sont pas prêts à déménager sont plutôt les femmes, les employés et les ouvriers, les plus âgés, les moins diplômés, et ceux qui sont nés dans le territoire où ils résident.

Interrogés, au regard de leurs aspirations ou non à déménager, les trois quarts des Français répondent qu’ils préfèrent une aide des pouvoirs publics pour réaliser leur projet de vie dans leur territoire plutôt qu’une aide pour s’installer ailleurs. La demande d’intervention publique dans les territoires en difficulté est particulièrement forte chez les populations pauvres, jeunes ou rurales. Les personnes percevant leur territoire comme en crise ou délaissé mettent alors en avant la nécessité de voir s’installer de nouvelles entreprises, d’améliorer l’offre de soins et la présence de services publics.

33. Voir « Emploi et territoires », Rapport 2016 de l’Observatoire des territoires, CGET.
34. Les chiffres présentés dans ce paragraphe sont issus de l’enquête réalisée par le CSA pour le Conseil d’orientation pour l’emploi en 2015, ainsi que de l’enquête du « conditions de vie et aspirations » du Crédoc qui a occasionné la publication de Dupont E., Seillier R., (2017), « Soutenir les territoires en crise ou aider leurs habitants à s’installer ailleurs ? », En bref, no 41, CGET.

 

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