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Mobilité des chômeurs : quel effet sur le retour à l’emploi ?

Année de publication2021
Territoire
Année de publication
2018
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Les effets de la mobilité géographique sur la situation d’emploi des actifs, qu’ils soient jeunes diplômés ou plus âgés, sont tout sauf univoques : ils sont avant tout caractérisés par de fortes segmentations sociales. En irait-il autrement des individus au chômage, pour qui la mobilité pourrait au contraire constituer une stratégie de retour à l’emploi? En effet, la mobilité géographique est souvent présentée comme un outil essentiel de la lutte contre le chômage26, et d’ailleurs les analyses qui suivent montrent que le retour à l’emploi est bel et bien plus fréquent parmi les chômeurs ayant déménagé. Mais les précisions relatives au profil sociodémographique des chômeurs ayant retrouvé du travail, menées ci-après à partir des données de l’échantillon démographique permanent (voir l’encadré Méthodologie ci-avant) et de l’Enquête Logement, incitent à la prudence quant à l’effet propre de la mobilité. Il semble en effet que la plus ou moins grande capacité des individus à retrouver un emploi dépend davantage de leur âge et de leur niveau de formation que du fait qu’ils aient été mobiles ou non. La mobilité, en éloignant l’individu du réseau de connaissances et de soutiens dont il bénéficie dans le territoire dans lequel il vit, pourrait au contraire accentuer les difficultés d’accès à l’emploi des personnes les moins qualifiées27.

Des chômeurs plus mobiles, et une mobilité plutôt associée au retour à l’emploi

Les chômeurs sont globalement plus mobiles que les autres actifs : parmi les actifs de 15 à 54 ans qui étaient au chômage en 2009, 20 % habitent dans un autre territoire en 2014, contre moins de 14 % pour l’ensemble des actifs. Parmi les chômeurs qui ont déménagé, 56% occupent un emploi en 201428 : c’est 5 points de plus que ceux dont le territoire de résidence est resté inchangé.

C’est pour les chômeurs n’ayant jamais travaillé que l’écart d’emploi en fonction de la mobilité est le plus fort (18 points en faveur des mobiles). Il est également marqué pour les ouvriers (12 points) et pour les artisans, commerçants et chefs d’entreprise (6 points). Par contre, les employés au chômage ayant changé de territoire ne se distinguent pas par un retour à l’emploi plus élevé.

Les cadres au chômage font exception : le retour à l’emploi est moindre parmi ceux qui ont changé de territoire que pour ceux qui sont restés dans le même (15 points d’écart). Cette différence en défaveur des cadres mobiles s’explique principalement29 par la situation des individus en provenance des six plus grandes aires urbaines (Paris, Lyon, Marseille-Aix, Toulouse, Lille, Bordeaux), où résident 57 % des cadres au chômage. Dans celles-ci, les retours à l’emploi sont plus fréquents pour les cadres qui n’ont pas bougé (72% contre 36%). Ceux qui déménagent pour une autre de ces six aires urbaines affichent un taux de retour à l’emploi un peu plus élevé (47%), mais qui reste nettement inférieur au taux de retour à l’emploi des non mobiles. Dans ces espaces qui concentrent les offres d’emploi – et particulièrement celles des cadres – le fait de rester semble ainsi plus propice au retour à l’emploi que la mobilité. Par contre, pour les cadres résidant initialement hors de ces aires urbaines, la mobilité s’accompagne bien de retours à l’emploi plus élevés (67% contre 62%).

Toutefois, il importe de préciser que ces éléments ne permettent pas totalement de conclure à un effet positif de la mobilité sur le retour à l’emploi des individus au chômage. En effet, ce qu’aurait été le devenir des individus mobiles en l’absence de mobilité n’est pas assimilable à la trajectoire des individus restés immobiles. En effet, les chômeurs les plus mobiles aussi ceux qui présentent les caractéristiques sociodémographiques (et probablement d’autres caractéristiques plus difficiles à observer) les plus propices au fait de retrouver un emploi.

Déménager influe moins que le niveau de diplôme et l’âge sur le retour à l’emploi

L’Enquête Logement, qui fournit des informations sur les logements et la situation par rapport à l’emploi du référent de chaque ménage à la date de l’enquête30 et quatre ans auparavant, permet justement d’étudier les facteurs qui entrent en ligne de compte dans le retour à l’emploi des chômeurs31. Parmi les actifs qui étaient au chômage quatre ans auparavant, ceux qui ont changé de commune de résidence au cours de la période ont 1,14 fois plus de chances d’avoir retrouvé un emploi au moment de l’enquête, toutes choses observées égales par ailleurs. La mobilité résidentielle exerce donc bien un effet positif, quoique faible, sur le retour à l’emploi des actifs au chômage, même si cet effet est aujourd’hui bien plus faible que dans les années 197032. Toutefois, le fait d’avoir ou non déménagé n’est pas le facteur qui joue le plus dans le fait de retrouver ou non un emploi. Au regard des mobilités actuelles, il est nécessaire de relativiser l’effet de cette variable, dont l’influence sur le retour à l’emploi est moindre que celle du niveau de diplôme, de loin le facteur explicatif le plus important, ou encore de l’âge.

26. Eymeoud J.-B., Wasmer E., (2016), Les jeunes, l’emploi et le logement, Presses de Sciences Po, 96 p.
27. Sur ce point, voir la contribution de Fol S., Miot Y. et Vignal C. « La mobilité, une réponse aux inégalités territoriales d’emploi ? » dans Emploi et territoires, rapport 2016 de l’Observatoire des territoires, CGET, p. 135-136.
28. Pour rappel, le changement de territoire désigne ici un changement d’aire urbaine ou, pour les personnes résidant en dehors des aires urbaines, un changement de département (voir encadré méthodologie).
29. Elle peut également s’expliquer par le fait que le chômage n’affecte qu’une proportion réduite de cadres par rapport aux autres groupes socioprofessionnels (4 %, contre 13 % pour les employés et 15 % pour les ouvriers parmi actifs de 15-54 ans au recensement de 2009) : aussi, les cadres au chômage sont une population potentiellement plus atypique, et ceux qui changent de territoire peuvent l’être encore plus, ce qui pourrait aussi expliquer leur moindre retour à l’emploi.
30. Les données utilisées ici datent de la dernière Enquête Logement, réalisée en 2013. Leur analyse a été réalisée par Christophe Dzikowski (Insee, PSAR AT).
31. Les analyses qui suivent sont fondées sur un modèle logistique construit par l’Insee (Nicolas Cochez et Christophe Dzikowski) pour tester le rôle de chacune des variables suivantes dans le retour à l’emploi d’un référent de ménage au chômage quatre ans avant l’enquête : la mobilité résidentielle dans une autre commune, l’âge, le diplôme, le statut d’occupation du logement et la situation principale du référent à la date d’enquête.
32. Sigaud T, (2015), « La mobilité géographique, ressource ou fragilité pour l’emploi ? », Connaissance de l’emploi, nO 125.

 

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