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La mobilité des actifs est associée à des changements d’activité plus fréquents, mais pas en faveur de l’emploi

Année de publication2021
Territoire
Année de publication
2018
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Parmi les actifs déjà présents sur le marché du travail en 2009, seuls 14% résident dans un autre territoire en 201424 : leur niveau de mobilité est bien inférieur à celui des jeunes. Ceux qui n’ont pas changé de territoire se distinguent des autres par un niveau initial d’emploi plus élevé (89 % contre 83 % pour les mobiles) et par une plus grande stabilité de leur situation d’emploi (81% sont toujours en emploi cinq ans plus tard, 4% toujours au chômage et 10% sont passés de chômage à emploi ou l’inverse). La situation d’emploi de ceux qui ont changé de territoire est moins stable : 19% ont connu des transitions entre chômage et emploi, soit deux fois plus que pour les actifs n’ayant pas changé de territoire.

Pour les mobiles, les pertes d’emploi comme les passages à l’inactivité sont plus fréquents que les entrées en emploi. Ainsi, les personnes changeant de territoire connaissent davantage de transitions professionnelles, mais celles-ci ne sont globalement pas en faveur de l’emploi. Le phénomène est encore plus prononcé pour les femmes actives, pour qui la mobilité est davantage associée à l’entrée en inactivité ou au chômage. Ceci pourrait être lié au fait que nombre d’entre elles quittent leur emploi pour suivre leur conjoint sans avoir nécessairement retrouvé un poste dans le territoire où elles déménagent.

 

Ces résultats sont observés pour toutes les catégories socioprofessionnelles. La part des individus n’étant plus en emploi après un changement de territoire est systématiquement supérieure à celle de la population n’étant plus en emploi en étant restée dans le même territoire entre 2009 et 2014. En parallèle, les pertes d’emploi associées à la mobilité sont plus fréquentes que les entrées en emploi. Ainsi, à l’échelle de l’ensemble de la population active, la mobilité résidentielle est associée à une augmentation du niveau global du chômage à court terme, sans que ces pertes ne soient compensées par les emplois retrouvés par les chômeurs ayant déménagé (voir ci-après).
Et si cela est vrai pour toutes les catégories d’actifs, certaines sont plus affectées que d’autres :

  • parmi les individus ayant changé de territoire, 11% des cadres ne sont plus en emploi, contre 20% des employés et des ouvriers;
  • après une mobilité, 83 % des cadres occupent toujours un emploi, contre 63 % des ouvriers et employés (20 points d’écart).

Ainsi, la mobilité serait donc plutôt associée à une déstabilisation des trajectoires professionnelles à court terme, plus prononcée pour les ouvriers et les employés que pour les cadres.

En somme, la comparaison des trajectoires d’emploi des actifs selon qu’ils ont été mobiles ou non met en évidence des situations contrastées. Pour les jeunes hommes qui viennent d’être diplômés, la mobilité est fréquente et va de pair avec une meilleure insertion professionnelle. Mais la situation est inverse pour ceux qui sortent du système scolaire sans diplôme, ce qui semble attester l’importance du réseau de relations locales et familiales pour accéder à l’emploi quand on est dépourvu de qualification25.

Quant aux individus qui étaient déjà sur le marché du travail au début de la période d’étude, on constate, d’une part, qu’ils sont moins mobiles et, d’autre part, que la mobilité géographique est plus souvent associée à une perte d’emploi qu’à un accès à l’emploi. Par ailleurs, il existe d’importantes différences entre les groupes socioprofessionnels quant à leur capacité à se maintenir en emploi en changeant de territoire. Les moins qualifiés, les ouvriers et les employés, évoluent sur des marchés du travail localisés. La mobilité ne représente donc pas pour eux le même atout que pour les plus qualifiés, notamment les cadres, qui bénéficient d’un plus grand nombre d’opportunités dans d’autres territoires.

24. Pour rappel, le changement de territoire désigne dans cette partie un changement d’aire urbaine ou, pour les personnes résidant en dehors des aires urbaines, un changement de département (voir encadré Méthodologie).
25. Voir Fols S., (2010), « Mobilité et ancrage spatial dans les quartiers pauvres : les ressources de la proximité », Regards sociologiques, no40 et Vignal C., (2014), « L’ancrage local : ressource pour les classes populaires dans les territoires désindustrialisés », in Fol S., Miot Y., Vignal C., (dir), Mobilités résidentielles, territoires et politiques publiques, Presses universitaires du Septentrion.

 

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