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Une meilleure insertion professionnelle des jeunes ayant déménagé… surtout pour les hommes et les plus diplômés

Année de publication2021
Territoire
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2018
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Parmi les jeunes de 15 à 24 ans qui étaient étudiants en  2009, un tiers réside en  2014 dans un autre territoire que celui où ils habitaient en 2009. Par rapport aux autres, ceux qui ont déménagé sont plus souvent en emploi (53% occupent un emploi en 2014 contre 48% pour les non mobiles), et moins souvent au chômage (12 % contre 18 %). Dans une moindre mesure, les jeunes mobiles poursuivent plus fréquemment leurs études (32% contre 30%) et sont moins concernés par les autres cas d’inactivité (3% contre 4% pour les non mobiles). Ainsi, pour les jeunes, la mobilité géographique irait de pair avec des trajectoires plus favorables (accès à l’emploi, poursuite d’études), tandis que le fait de rester sur place serait associé à des niveaux de chômage et d’inactivité hors études plus élevés.

L’avantage lié à la mobilité semble toutefois moins marqué pour les jeunes femmes. La différence de situation entre celles qui ont déménagé et celles qui sont restées dans le même territoire est de 3 points maximum (52 % des femmes qui étaient étudiantes en 2009 et qui ont changé de territoire entre 2009 et 2014 sont en emploi, contre 49% de celles qui n’ont pas déménagé). Pour les jeunes hommes, la différence est bien plus accusée : 10,5 points séparent le taux de chômage des jeunes ayant déménagé (11%) de celui des autres (21,5%). En revanche pour les jeunes femmes en couple, la mobilité s’avère plus fréquemment associée au chômage que le fait de rester sur place (voir le zoom sur la mobilité des jeunes femmes en couple).

MÉTHODOLOGIE

L’échantillon démographique permanent

L’échantillon démographique permanent (EDP) est un panel de grande taille mis en place par l’Insee en France métropolitaine depuis 1967 et étendu aux Dom à partir de 200418. Il est constitué d’individus sélectionnés à partir de leur date de naissance, pour lesquels les différents bulletins de recensement et d’état civil sont appariés. Il a été enrichi récemment par l’ajout d’informations issues des déclarations annuelles de données sociales (DADS) et des données socio-fiscales. Les trajectoires individuelles permettent notamment d’étudier la mobilité résidentielle au sein du territoire national, la mobilité sociale et la mobilité professionnelle ainsi que les interactions possibles entre elles.

« Changement de territoire»

La relation entre mobilité résidentielle et mobilité professionnelle est ici étudiée à partir des changements d’aire urbaine de résidence et de situation sur le marché du travail survenus entre les recensements19 de 2009 et de 2014, parmi les personnes observées à cinq ans d’intervalle dans ces deux recensements. Les personnes qui sont décédées, qui ont quitté le pays ou au contraire sont arrivées en France au cours de la période sont de ce fait exclues de l’analyse20. La maille des aires urbaines a été retenue parce que leur définition les assimile à un marché local d’emploi21. On considère donc que quitter son aire urbaine de résidence implique le plus souvent un changement d’emploi. Pour les individus qui vivent en dehors des aires urbaines aux deux dates22, la notion de changement de territoire correspond à un changement de département.

Précautions et limites

L’étude qui suit ne permet que de comparer la situation des individus dans deux enquêtes annuelles de recensement séparées de cinq ans. Les mobilités résidentielles et professionnelles ayant eu lieu dans cet intervalle ne sont donc pas considérées. Par ailleurs, il existe quelques différences entre la population observée via l’EDP et celle issue du recensement de 2009. Les immigrés, notamment, sont sous-représentés, en raison du cadre d’analyse (exclusion de ceux qui entrent et ceux qui sortent du territoire au cours de la période). Enfin, il importe de préciser que la comparaison entre les trajectoires professionnelles des mobiles et des non-mobiles ne permet pas de préjuger de ce qu’aurait été la situation professionnelle des individus s’ils n’avaient pas déménagé. En effet, les individus mobiles se distinguent des autres par des caractéristiques objectivables mais aussi par tout un ensemble de paramètres que l’on ne peut contrôler, et qui peuvent influer sur leur plus ou moins grande capacité à accéder à un emploi. Ce travail, réalisé par Matthieu Solignac (Comptrasec – Univ. Bordeaux, CNRS – et Ined), a bénéficié d’une aide de l’État gérée par l’Agence nationale de la recherche au titre du programme Investissements d’Avenir portant la référence ANR-10-EQPX-17 CCASD).

Ces résultats varient aussi fortement selon le niveau de diplôme23, ce qui illustre l’intérêt de recourir aux données de l’échantillon démographique permanent en complément de celles des enquêtes Génération (qui ne portent que sur les diplômés du supérieur). En effet, le changement de territoire est d’autant plus fréquent que le niveau de diplôme atteint est élevé (moins de 20% des jeunes sortis du système scolaire sans diplôme ou avec le diplôme national du brevet ont changé de territoire, contre 29% des jeunes de niveau bac et plus de la moitié des jeunes ayant dépassé le premier cycle d’université). D’autre part, au-delà des différences de niveau de mobilité, c’est même la relation entre mobilité et accès à l’emploi qui s’inverse selon le niveau de diplôme. Ainsi, parmi les jeunes qui ont achevé leurs études avec au moins le baccalauréat, les individus qui ont changé de territoire ont des trajectoires d’insertion professionnelle plus favorables que ceux qui n’en ont pas changé (jusqu’à 8 points de différence de niveau d’emploi pour les diplômés du 1er cycle de l’université). À l’inverse, parmi les individus sortis sans diplôme, les mobiles sont moins souvent en emploi (7  points de différence) et plus souvent inactifs (13 points de différence) que ceux qui sont restés dans le même territoire. Quant aux titulaires du diplôme national du brevet (DNB) ou d’un CAP/BEP, les niveaux d’emploi sont équivalents qu’ils aient été mobiles ou non. Ainsi, les moins diplômés sont nettement moins mobiles que les autres, et ceux qui le sont se distinguent par une insertion professionnelle qui n’est pas forcément plus favorable. Ce constat semble illustrer l’importance des relations locales pour des jeunes qui ne peuvent pas compter sur le réseau professionnel que d’autres se construisent au fil leurs études.
Ainsi, si globalement la mobilité résidentielle des jeunes semble associée à des trajectoires favorables (poursuite d’études, emploi), ce constat masque en réalité de fortes segmentations sexuées et sociales (la mobilité s’accompagne d’une meilleure insertion seulement pour les plus diplômés, quand elle semble au contraire pénaliser les peu ou pas diplômés).

17. Le changement de territoire désigne dans cette partie un changement d’aire urbaine ou, pour les personnes résidant en dehors des aires urbaines, un changement de département (voir encadré Méthodologie).
18. Jugnot S., (2014), « La constitution de l’échantillon démographique permanent de 1968 à 2012 », Document de travail de l’Insee, n. F1406
19. Le recensement de 2009 est constitué des enquêtes annuelles de recensement de 2007 à 2011, et celui de 2014 des enquêtes annuelles de recensement de 2011 à 2016. L’analyse est conduite sur les individus observés dans ces enquêtes à la fois les années N et N + 5, soit en 2007 et 2011, en 2008 et 2012…, en 2012 et 2016.
20. Sur les conséquences d’une telle restriction, voir notamment Solignac M., 2016, « L’émigration des immigrés, une dimension oubliée de la mobilité géographique », Working Paper halshs-01422323, à paraître dans Population
21. Selon l’Insee, une aire urbaine est un « ensemble de communes, d’un seul tenant et sans enclave, constitué par un pôle urbain (unité urbaine) de plus de 10 000 emplois, et par des communes rurales ou unités urbaines (couronne périurbaine) dont au moins 40 % de la population résidente ayant un emploi travaille dans le pôle ou dans des communes attirées par celui-ci ».
22. Ils représentent 15 % des actifs de l’échantillon en 2009.
23. Sont ici considérés les étudiants de 15-24 ans au recensement en 2009 qui ne sont plus en études au recensement de 2014. Leur niveau de diplôme considéré est celui atteint au recensement de 2014.

 

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