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L’insertion professionnelle des jeunes ultramarins : dans les Dom ou en métropole ?

Année de publication2021
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2018
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Une forte aspiration à la mobilité… et au retour13

Le solde migratoire des jeunes vivant dans les Dom est fortement négatif vers la métropole14. Il existe en effet une tradition durable et forte de migration entre les Dom et la métropole, soutenue depuis plus d’un demi-siècle par des politiques publiques spécifiques encourageant l’émigration et nourrie par les contraintes que font peser sur les populations une offre éducative insuffisante, des marchés de l’emploi sous tension et des taux de chômage très élevés15.

Ainsi, une part importante des natifs des Dom inscrivent leurs perspectives d’avenir et leurs trajectoires de vie sur un double espace économique et social : leur département et la métropole. La moitié des natifs des Dom âgés de 18 à 34 ans déclarent être prêts à partir (ou à repartir), s’il leur était proposé un emploi ailleurs. Cette part varie toutefois très sensiblement selon le département d’enquête : elle atteint 67% en Martinique, 58% en Guadeloupe, 56% en Guyane, et seulement 41% à La Réunion. Ce sont les plus jeunes (18-24 ans) qui sont les plus déterminés : les deux tiers se disent prêts au départ, les hommes plus que les femmes. Parmi cette classe d’âge, étudiants et élèves sont davantage enclins à la mobilité que ceux qui sont entrés sur le marché du travail : les trois quarts des premiers se déclarent disposés au départ. Il faut cependant souligner que la majorité de ceux qui se déclarent prêts à partir conditionnent ce départ à la possibilité de revenir (57%). Enfin, plus des trois quarts (77%) souhaitent s’installer en métropole : seule une petite minorité envisage de s’installer à l’étranger (12%).

Des mobilités très sélectives selon le niveau de diplôme et l’origine sociale

Le passage des intentions déclarées à la mobilité effective semble être principalement conditionnée par le niveau de diplôme : plus celui-ci est élevé, plus grande est la probabilité d’une installation durable en métropole et de l’accès à un emploi qualifié. Ainsi, une forte sélection des populations s’opère à l’occasion de ces mobilités. En réalité, il s’agit d’une double sélection – au départ et au retour – qui, pour l’essentiel, s’opère au détriment des Dom : ne partent et ne s’installent durablement dans l’Hexagone que les mieux armés pour s’insérer sur le marché du travail, tandis que les autres (moins qualifiés ou moins directement employables) partent moins et se replient plus rapidement dans leur Dom d’origine.

C’est cette double sélection qui donne sa structure particulière à la population des jeunes des Dom installés en France métropolitaine : en 2007, l’Hexagone rassemblait 42% des diplômés du supérieur de 18 à 34 ans nés dans les Dom, contre 14% des peu ou pas diplômés. Plus significatif encore, à cet âge, les diplômés du supérieur guadeloupéens, martiniquais et guyanais sont aussi nombreux en métropole que dans leur département de naissance. L’élévation générale du niveau d’instruction dans les Dom a eu pour effet positif l’augmentation continue de la part de jeunes Domiens poursuivant des études supérieures, dans leur Dom ou en métropole. Mais si, localement, l’offre universitaire s’est considérablement développée, elle reste limitée le plus souvent aux premiers cycles, conduisant nombre d’étudiants désireux de suivre un second ou un troisième cycle à s’inscrire dans une université de métropole.

Outre le niveau de diplôme, l’origine sociale et familiale prend aussi toute sa part dans les parcours de mobilité des jeunes provenant des Dom. Avoir au moins un parent cadre ou exerçant une profession supérieure et/ou bénéficier de l’expérience migratoire (actuelle ou passée) des membres de sa famille proche multiplient les chances d’être soi-même mobile. Du reste, ce capital familial joue plus positivement encore pour les jeunes aujourd’hui que pour leurs aînés, signe d’un renforcement des mécanismes de sélection et non d’une démocratisation de la mobilité.

D’ailleurs, les natifs des Dom n’ayant jamais quitté leur département affichent un profil socio-économique marqué par une forte précarité et se distinguent très nettement de tous les autres : peu ou pas diplômés, souvent au chômage, vivant au-dessous du seuil de pauvreté, etc. Tout semble indiquer que leurs graves difficultés économiques et sociales rendent difficile tout projet professionnel et a fortiori toute perspective de mobilité, même de courte durée. Le diplôme et le milieu social d’origine apparaissent donc être des critères déterminants du rapport à la mobilité vers la métropole des jeunes natifs des Dom.

La mobilité : une sélection pour quel bénéfice ?

La mobilité en métropole semble bien exercer un effet positif sur l’accès à l’emploi des habitants des Dom : une fois pris en compte le sexe, l’âge, la situation familiale et le niveau de diplôme, les natifs des Dom résidant en métropole ont bien plus de chances d’occuper un emploi que ceux restés ou revenus dans leur département. En effet, parmi ceux qui reviennent au pays, tous ne tirent pas bénéfice de leur mobilité, loin de là. Les natifs «de retour » sont loin de former un groupe homogène et leur expérience migratoire ne constitue pas, en soi, un avantage. Ce sont les caractéristiques sociales (individuelles et familiales) et les trajectoires qui font la différence : les jeunes qui ont réussi à augmenter leur niveau de formation, acquérir des diplômes ou capitaliser des expériences professionnelles peuvent valoriser cet investissement à leur retour; ceux auxquels le séjour hors du département n’a rien apporté se retrouvent à leur retour dans une position équivalente à celle des natifs non mobiles pour l’accès à un emploi16.

13. Cet encadré est un résumé tiré de l’étude du même nom : TemporaL F., Marie C.-V. (2011), « Insertion professionnelle des jeunes ultramarins : Dom ou métropole ? », Population, no 66-3, p. 555-599.
14. Voir l’encadré sur les échanges Dom/métropole dans le chapitre 3.
15. Voir Emploi et territoires, rapport 2016 de l’Observatoire des territoires (où un chapitre est consacré à la situation de l’emploi dans les Dom), ainsi que « L’accès des jeunes à la formation et à l’emploi dans les Départements d’outre-mer », En bref no8, CGET, novembre 2015.

16. À peine plus de la moitié des 25-34 ans natifs des Dom qui y sont revenus entre 2013 et 2014 occupent un emploi aujourd’hui (56 %). Leur taux de chômage est quasiment identique à celui des individus de la même classe d’âge qui habitaient déjà dans les Dom en 2013 (37,6 % contre 38,8 %) – voir le chapitre 2.

 

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