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Dans les métropoles, une attractivité résidentielle essentiellement portée par les étudiants et, dans certains cas, par les jeunes actif

Année de publication2021
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2018
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L’attractivité résidentielle des métropoles repose presque exclusivement sur deux catégories spécifiques de population : les étudiants et, pour les plus grosses d’entre elles, les jeunes actifs. Pour le reste, les EPCI des métropoles perdent globalement plus d’actifs qu’elles n’en gagnent pour tous les profils, qu’ils soient cadres ou ouvriers, et sont déficitaires pour toutes les tranches d’âge à partir de 30 ans, voire pour certaines dès la tranche des 20-29 ans.

Les soldes migratoires selon les différentes catégories de population illustrent le lien entre la mobilité résidentielle et le cycle de vie11 :

– les jeunes sont plus mobiles et parcourent de plus longues distances pour accéder à une formation et/ou à un premier emploi, autant d’opportunités souvent concentrées dans les métropoles12. Ainsi, ces dernières gagnent beaucoup plus d’étudiants qu’elles n’en perdent par le jeu des mobilités, particulièrement des métropoles comme Nancy, Dijon et Rennes;

– certaines métropoles permettent ensuite aux étudiants d’entrer sur le marché du travail : ils alimentent alors le contingent des jeunes actifs13. Toutefois, seul un tiers des métropoles gagnent plus de 20-29 ans qu’elles n’en perdent : Paris et Nantes au premier chef, et dans une moindre mesure Toulouse, Lyon, Montpellier, Strasbourg et Bordeaux. Les autres métropoles (Tours, Dijon, Brest, Metz, Saint-Étienne, Rouen, etc.), souvent attractives pour les études, ne permettent pas à tous une égale insertion sur le marché du travail. Beaucoup de jeunes diplômés les quittent alors pour des métropoles plus grosses où les opportunités d’emploi sont plus nombreuses;

– à partir de 30 ans, les soldes migratoires sont déficitaires dans l’ensemble des métropoles. Cet âge, qui correspond souvent à l’arrivée des enfants, est souvent synonyme d’un déménagement en périphérie des grandes agglomérations (logement plus grand, accès à la propriété, etc.). Ce mouvement est le plus souvent sans retour : les métropoles sont toutes déficitaires pour l’ensemble des tranches d’âge après 30 ans. Quelques rares cas font cependant exception : Nantes en premier lieu, qui reste légèrement excédentaire pour les 30-39 et les 40-49 ans (souvent cadres ou professions intermédiaires), Tours et Bordeaux pour les 40-49 ans, ainsi que Toulon pour les plus de 65 ans.

Un autre regard : les mobilités vers les très grandes aires urbaines

Dans le cadre de ce rapport, l’Insee14 a réalisé une étude du profil des entrants dans les dix-sept très grandes aires urbaines françaises (plus de 500000 habitants), à partir d’une source fiscale (Fidéli). Si le périmètre retenu ne recoupe pas celui des métropoles, la source utilisée permet de connaître davantage d’informations sur le profil des arrivants (les revenus, par exemple) mais aussi sur les changements associés à la mobilité résidentielle (dans la taille ou le statut d’occupation du logement, par exemple). Il ne s’agit toutefois pas, comme dans le paragraphe précédent, d’une étude des soldes migratoires par catégorie de population, mais bien de l’identification de la surreprésentation de certaines catégories de population parmi les entrants dans une aire urbaine15.

L’aire urbaine de Paris se révèle attractive pour les jeunes (plus du tiers des entrants a entre 25 et 35 ans, contre 18% en moyenne dans les très grandes aires urbaines), les hauts revenus (8e, 9e et surtout 10e décile des revenus), mais aussi pour des populations plus modestes (7,5% des ménages entrants accèdent au parc social, contre 5% en moyenne dans les autres aires urbaines).

Celle de Lille apparaît très complémentaire avec l’aire de Douai-Lens. La première est attractive pour les jeunes, qui quittent Douai-Lens pour suivre leurs études et obtenir leur premier emploi à Lille. La seconde est attractive pour les familles nombreuses venant de Lille, qui y trouvent des logements plus grands, pour une part dans le parc social : 11 % des entrants à Douai-Lens accèdent au logement social, soit le ratio le plus élevé des très grandes aires urbaines. Ce taux fait aussi écho à la précarité plus grande des entrants dans l’AU de Douai-Lens : 38 % des ménages se situent dans les trois premiers déciles de revenus, contre 34 % en moyenne.

L’aire urbaine de Marseille-Aix-en-Provence est caractérisée par un léger déficit d’attractivité sur à peu près tous les types de population (étudiants, familles, jeunes actifs et personnes âgées). Les aires urbaines de Bordeaux, Nantes et Lyon sont attractives pour les étudiants mais aussi pour de jeunes couples d’actifs, avec une légère surreprésentation des hauts revenus (9e et 10e déciles).

Quant à celles de Grenoble, Rouen, Saint-Étienne et Avignon, elles apparaissent surtout attractives pour une population plutôt jeune et, partant, aux revenus plutôt faibles (18% des entrants dans ces quatre aires urbaines sont dans le premier décile de revenus, contre 14% dans l’ensemble des très grandes aires urbaines).

Enfin, les aires urbaines de Toulon et Nice se distinguent par leur attractivité pour une population âgée (environ 25% des entrants ont plus de 50 ans, contre 11% en moyenne pour les très grandes aires urbaines), et aisée (13% des entrants se situent dans le dernier décile des revenus, soit les parts les plus élevées des très grandes aires urbaines après Paris).

L’accès à la propriété et/ou à un logement plus grand est un des moteurs principaux des mobilités résidentielles. Toutefois, toutes les très grandes aires urbaines n’offrent pas les mêmes perspectives en la matière. Ce sont les aires urbaines de Rouen, Toulouse, Rennes et Nantes, et dans une moindre mesure Lyon, qui permettent le plus ce type de trajectoire résidentielle. À l’inverse, celles de Marseille-Aix, Douai-Lens, Toulon et Avignon se distinguent par des mobilités associées à une faible progression de la taille du logement et à un faible accès à la propriété.

 

11. Voir le chapitre 1.
12. Voir le chapitre 5.
13. Ce processus explique en partie pourquoi le solde migratoire est si excédentaire pour les étudiants dans les métropoles : ils y arrivent avec le statut d’étudiants, mais ils en repartent souvent avec le statut de jeune actif. Le nombre d’étudiants sortants est donc faible par rapport au nombre d’arrivants.
14. Pascal Eusebio et David Levy (PSAR Analyse territoriale)
15. Ainsi, une aire urbaine donnée peut être particulièrement attractive pour les jeunes actifs, mais avoir un solde migratoire déficitaire pour cette catégorie (s’ils sont encore plus nombreux à en partir).

 

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