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Les mobilités résidentielles entre dom et métropole

Année de publication2021
Thématique
Territoire
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2018
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Si l’essentiel des mobilités résidentielles sont régies par une logique de proximité, les départements d’outre-mer (Dom), de par leur localisation, font exception. C’est en effet avec la métropole bien plus qu’avec leur environnement régional qu’ils échangent : en 2014, 90% des mobilités interdépartementales observées dans les Dom provenaient de la métropole. La situation ultramarine est très spécifique par rapport aux régions métropolitaines : les Dom combinent un éloignement à la métropole, qui rend les mobilités plus difficiles, avec une situation sociale et économique locale fortement dégradée qui, au contraire, pousse une partie de la population – les jeunes au premier chef – à partir vers la métropole pour suivre des études et accéder à un emploi. Or, la forte sélectivité de ces mobilités a pour effet de modifier la structure de la population.

Une faible mobilité résidentielle, mais un fort déficit dans les échanges avec la métropole

Les habitants des Dom sont moins mobiles que les autres Français. En 2014, 9% de la population des Dom (hors Mayotte) a changé de logement, contre 11% en métropole (hors arrivées de l’étranger). Cette différence de propension à la mobilité est particulièrement marquée chez les jeunes : dans les Dom, 17% des 20-29 ans ont changé de logement en 2014, contre 27% en métropole, soit 10 points d’écart. Par ailleurs, parmi les individus qui déménagent, les mobilités sont de plus courte distance. L’insularité et l’éloignement de la métropole notamment rendent plus difficiles les mobilités de longue distance. Malgré leur faible mobilité extra-départementale, les Dom sont déficitaires dans leurs échanges avec la métropole : en moyenne, chaque année, 28100 individus quittent les Dom pour la métropole alors que 24300 font le chemin inverse, soit un solde négatif de 3800 personnes. Or, le profil de ceux qui quittent les Dom et de ceux qui y arrivent est très différent.

Les jeunes déménagent massivement vers la métropole… et reviennent peu

C’est au moment des études que les départs sont les plus nombreux : un tiers des individus ayant déménagé des Dom vers la métropole entre 2013 et 2014 ont entre 15 et 24 ans, alors que peu font le chemin inverse à cet âge de la vie. Ainsi chaque année, 3% des 15-19 ans résidant dans les Dom déménagent en métropole et 5% des 20-24 ans. Deux tiers d’entre eux sont natifs des Dom. En Martinique, environ un tiers des jeunes bacheliers partent étudier en dehors de leur département (majoritairement en métropole); seule une minorité revient ensuite pour y travailler : la fuite de la main-d’œuvre qualifiée constitue un défi majeur pour le développement de l’outre-mer. Car si c’est entre 25 et 34 ans que les arrivées dans les Dom sont les plus massives, il ne s’agit que rarement d’un retour post-études : seuls 30% des individus arrivant dans les Dom à ces âges en sont originaires (18% en Guyane, 30% à La Réunion et 33% aux Antilles). Ainsi, le pic de mobilité résidentielle des jeunes actifs vers les Dom est majoritairement le fait de natifs de métropole; c’est d’ailleurs le cas pour l’ensemble des mobilités résidentielles de la métropole vers les Dom, sauf à l’approche de la retraite. Les départements d’outre-mer sont donc globalement plus attractifs pour les non-natifs que pour ceux qui en sont originaires. Toutefois, une grande partie des natifs de métropole emménageant dans un Dom proviennent d’une famille originaire de ce même département. En 2011, tous âges confondus, 42% des natifs de métropole arrivant en Martinique provenaient d’une famille originaire de ce département, 32% en Guadeloupe, 25% à La Réunion et seulement 10% en Guyane11.

Le faible taux de retour des jeunes partis faire leurs études en métropole s’explique en grande partie par l’état dégradé du marché du travail dans les Dom12, qui affecte davantage les arrivants originaires des Dom que les arrivants natifs de métropole, plus diplômés13. En effet, parmi les 25-34 ans natifs des Dom qui y sont revenus entre 2013 et 2014, à peine plus de la moitié (56%) occupe un emploi aujourd’hui, alors que cette proportion est de deux tiers pour les natifs de métropole récemment emménagés. Le passage par la métropole ne semble pas être une opportunité pour ceux qui reviennent : leur taux de chômage est quasiment identique à celui des individus de la même classe d’âge qui habitaient déjà dans les Dom en 2013 (37,6% contre 38,8%).

La Réunion et 33% aux Antilles). Ainsi, le pic de mobilité résidentielle des jeunes actifs vers les Dom est majoritairement le fait de natifs de métropole; c’est d’ailleurs le cas pour l’ensemble des mobilités résidentielles de la métropole vers les Dom, sauf à l’approche de la retraite. Les départements d’outre-mer sont donc globalement plus attractifs pour les non-natifs que pour ceux qui en sont originaires. Toutefois, une grande partie des natifs de métropole emménageant dans un Dom proviennent d’une famille originaire de ce même département. En 2011, tous âges confondus, 42% des natifs de métropole arrivant en Martinique provenaient d’une famille originaire de ce département, 32% en Guadeloupe, 25% à La Réunion et seulement 10% en Guyane.

Le faible taux de retour des jeunes partis faire leurs études en métropole s’explique en grande partie par l’état dégradé du marché du travail dans les Dom, qui affecte davantage les arrivants originaires des Dom que les arrivants natifs de métropole, plus diplômés. En effet, parmi les 25-34 ans natifs des Dom qui y sont revenus entre 2013 et 2014, à peine plus de la moitié (56%) occupe un emploi aujourd’hui, alors que cette proportion est de deux tiers pour les natifs de métropole récemment emménagés. Le passage par la métropole ne semble pas être une opportunité pour ceux qui reviennent : leur taux de chômage est quasiment identique à celui des individus de la même classe d’âge qui habitaient déjà dans les Dom en 2013 (37,6% contre 38,8%)14.

Le « retour au pays» à l’âge de la retraite

Outre les 25-34 ans, c’est pour les cinquantenaires que les Dom sont les plus attractifs. Ceux-ci ont un profil différent des individus arrivant dans les Dom aux âges antérieurs. À l’approche de la retraite en effet, le solde migratoire des échanges avec la métropole redevient favorable aux Dom, un basculement notamment porté par les natifs des Dom qui « reviennent au pays». Cet effet est particulièrement prononcé aux Antilles : seuls 32% des 50-54 ans arrivés en Martinique en 2014 en sont originaires, contre 55% pour les 55-59 ans et jusqu’à 72% pour les 60-64 ans. Ce processus est moins net à La Réunion et inexistant en Guyane.

Mobilités résidentielles et vieillissement

La différenciation des mobilités résidentielles Dom/métropole selon les tranches d’âge a d’importantes répercussions sur la structure de la population ultramarine : celle-ci est en effet affectée par un vieillissement important, particulièrement aux Antilles. Le départ des jeunes diminue la population en âge d’avoir des enfants (entraînant une baisse future de la population) et décale la pyramide des âges vers le haut15. En moyenne entre 2009 et 2014, le nombre de personnes âgées de 25 à 44 ans a baissé de 3,4% par an en Martinique, de 2,5% en Guadeloupe et de 1,4% à La Réunion. En Guyane, département qui, à l’instar de Mayotte, conserve un fort dynamisme démographique16, la part des 25-44 ans a augmenté au cours de cette période (+2,1%), mais moins vivement que par le passé.
Aussi, la population des Dom – particulièrement aux Antilles – vieillit rapidement et se rapproche d’un profil métropolitain : en Martinique, la part des 65 ans et plus est passée de 14,7% en 2009 à 17,6% en 2014 (+ 2,9 points de pourcentage), alors qu’elle n’a gagné qu’1,5 point en métropole, pour atteindre 18,3%. Ces mutations en cours, accentuées par les mobilités résidentielles, appellent une adaptation rapide de l’ensemble de la société au vieillissement et à la prise en charge des personnes âgées.

11. Marie C.-V., Temporal F., (2011), « Les Dom : terres de migrations », Espace populations et sociétés, 2011/3. La Guyane constitue un cas à part : les mobilités résidentielles vers ce département sont surtout le fait de métropolitains ou d’étrangers. Les trois quarts de sa population ont au moins un grand parent étranger, contre moins de 20 % aux Antilles et à La Réunion.
12. Voir la partie consacrée aux Dom dans le rapport 2016 de l’Observatoire des territoires, Emploi et territoires, CGET.
13. Parmi les individus arrivant de métropole et occupant un emploi, les natifs de métropole sont plus souvent diplômés du supérieur (62 % contre 41 % pour les natifs des Dom) ou cadres (22 % contre 15 %), et moins souvent employés (26 % contre 40 %).
14. On ne peut pas, à partir du recensement, calculer le taux de chômage des natifs des Dom n’étant jamais partis (ce qui rendrait la comparaison mobiles/non mobiles plus rigoureuse) ; les individus présents en 2013 et 2014 ont en effet très bien pu déménager en métropole auparavant (et revenir).
15. Voir le « le vieillissement et ses enjeux » dans Regards sur les territoires, rapport 2017 de l’Observatoire des territoires, CGET.
16. Le maintien d’une croissance démographique forte en Guyane et surtout à Mayotte est notamment lié aux apports de l’immigration. À Mayotte en 2016 (maternité qui enregistre le plus grand nombre de naissance avec celle de Saint-Laurent-du-Maroni), plus d’une naissance sur deux a été le fait de femmes étrangères, provenant majoritairement des Comores.

 

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