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Des flux aux réseaux : quand les mobilités dessinent des systèmes régionaux

Année de publication
2018
Thématique
Territoire
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L’analyse qui suit, réalisée à l’échelle des grandes aires urbaines4, trace les contours de ces réseaux de territoires tissés par les mobilités résidentielles5. Leur constitution est en grande partie régie par une logique de proximité géographique (parmi les individus qui ont changé de grande aire urbaine en 2014, 85 % se sont installés dans un rayon de 200 kilomètres6), à laquelle s’ajoute une logique «historique» d’interrelations privilégiées qui explique que des aires urbaines voisines puissent appartenir à deux réseaux différents. Au final, les réseaux de territoires reliés par les flux résidentiels présentent certaines similitudes avec la nouvelle carte administrative régionale :

  • Hauts-de-France, réseau constitué à partir des grandes aires urbaines situées entre Dunkerque, Amiens, Saint-Quentin, Maubeuge et Lille;
  • Normandie, avec les grandes aires urbaines du Cotentin à Dieppe, ainsi qu’Évreux ;
  • Grand Est, incluant les grandes aires urbaines de l’Est du pays, de Reims et Châlons-en-Champagne à Strasbourg et de Charleville-Mézières à Lons-le-Saunier (un réseau à cheval sur les régions Grand Est et Bourgogne-Franche-Comté);

Auvergne-Rhône-Alpes, réseau structuré autour des métropoles lyonnaise et grenobloise, qui regroupe les grandes aires urbaines de la région, de Nevers7, Montluçon et Aurillac à l’Ouest et jusqu’aux espaces frontaliers de la Suisse vers l’Est;

  • Grand Ouest, comprenant les grandes aires urbaines de la pointe bretonne à l’estuaire de la Gironde et jusqu’au Mans, Châtellerault et Angoulême à l’Est (un réseau à cheval sur les régions Bretagne, Pays de la Loire et Nouvelle-Aquitaine);
  • le dernier réseau, qui relie l’aire urbaine de Paris, le centre et les grandes aires urbaines du Sud de la France, est beaucoup moins compact que les autres, et dépasse l’échelle régionale. Ce vaste ensemble fait état des liens migratoires très forts entre la capitale et les grandes aires urbaines du Sud, Bordeaux au premier chef. Si l’on enlève de l’analyse les mobilités depuis et vers l’aire urbaine parisienne, la partition régionale évolue quelque peu. Un grand réseau d’aires urbaines, polarisé par Bordeaux et Toulouse, émerge au Sud-Ouest et englobe celles du nord de la Nouvelle-Aquitaine; le Centre apparaît davantage en synergie avec l’Ouest; et les grandes aires urbaines méditerranéennes et sud-alpines forment un réseau à part.

 

4. Ce travail a été proposé et réalisé par Pascal Eusebio et David Lévy (PSAR Analyse territoriale, Insee) dans le cadre de ce rapport.
5. Les interdépendances entre aires urbaines sont ici approchées avec les seules mobilités résidentielles. Dans l’étude de référence sur les systèmes urbains réalisée par l’UMR Géographie-Cités sur commande de la Datar, six autres variables étaient prises en compte (telles que les mobilités quotidiennes et les relations sièges/ établissements), aboutissant à une géographie affinée par rapport à celle qui est ici présentée. Par exemple, la région Hauts-de-France est bien divisée en deux systèmes distincts, quand un seul apparaît avec la méthode ici employée. Voir Berroir S., Cattan N., Dobruskes F., Guerois M., Paulus F., Vacchiani-Marcuzzo C., 2017, « Les systèmes urbains français : une approche relationnelle », op. cit.
6. En 2014, les trois quarts des changements de logement se sont faits au sein des grandes aires urbaines : 60 % au sein de la même (parfois en franchissant une frontière départementale, en passant du pôle à la couronne d’une même aire, par exemple), et 15 % d’une grande aire urbaine à une autre.
7. Nevers et Chalon sur Saône, bien qu’appartenant à la région administrative Bourgogne-Franche-Comté, sont, du point de vue des échanges migratoires, davantage reliés au réseau de la région Auvergne-Rhône-Alpes.

 

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