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Les mobilités comme révélateur du degré de connexion entre les territoires

Année de publication2021
Thématique
Territoire
Année de publication
2018
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L’observation des flux interdépartementaux permet de donner un bon aperçu de la géographie des mobilités résidentielles, mais elle fait avant tout ressortir des effets liés à la taille (les mobilités résidentielles sont les plus nombreuses là où la population est concentrée) et à la distance (les mobilités résidentielles de proximité sont plus fréquentes que les autres). Plutôt que d’analyser l’ensemble des flux résidentiels, la méthode du modèle gravitaire consiste à filtrer les échanges entre départements en contrôlant les effets liés à la proximité géographique et/ou au nombre d’individus qui y vivent (voir encadré Méthodologie). Elle permet alors de faire ressortir des destinations préférentielles, ou au contraire des espaces entre lesquels les échanges migratoires sont particulièrement faibles.

L’analyse des mobilités préférentielles confirme le caractère très intense des échanges entre les départements des métropoles et leurs voisins : ceux-ci sont en effet, dans les deux sens, bien supérieurs à ce que l’on devrait observer compte tenu de la population et de la proximité des territoires en question. Ce constat atteste l’existence de liens privilégiés et très structurants entre les pôles métropolitains et leur région, mais aussi le caractère « orienté » de l’aire d’influence des pôles urbains en fonction de leur appartenance à une région historique : le Rhône est très connecté à l’Ain et à l’Isère vers l’Est, et beaucoup moins à la Loire vers l’Ouest; le Nord et le Pas-de-Calais échangent de manière préférentielle entre eux mais moins avec les départements de l’ancienne région Picardie; l’Ille-Et-Vilaine est davantage reliée aux départements bretons qu’à la Mayenne ou à la Manche, etc. Le caractère structurant des flux résidentiels au sein de régions historiques s’observe également entre des départements sans métropole (Manche et Calvados, Ardèche et Drôme, Pyrénées-Atlantiques et Landes). Seuls quatre flux préférentiels échappent à cette logique de proximité : ils traduisent l’importance des déménagements de Parisiens vers la Gironde (en particulier Bordeaux) et les Bouches-du-Rhône (en particulier Marseille), ainsi que la force des relations, réciproques cette fois, entre le département-capitale et le Rhône.

MÉTHODOLOGIE

Le modèle gravitaire

Le modèle gravitaire est établi à partir du constat que l’importance des flux entre deux territoires est proportionnelle à la population qui y réside et inversement proportionnelle à la distance qui les sépare. Il est utilisé en tant que filtre permettant de repérer des flux préférentiels entre certains territoires, ou au contraire des échanges plus faibles entre d’autres. Pour cela, on compare le flux observé avec le flux estimé à partir du modèle. Si le flux observé est plus important (« résidus positifs»), cela signifie qu’il y a eu plus d’échanges que le modèle n’en attendait compte tenu de la population de chacun des territoires et de la distance qui les sépare : on parle alors de flux préférentiels. À l’inverse, quand les mobilités observées sont inférieures à l’estimation du modèle (« résidus négatifs»), on parle d’effets de barrière sur les mobilités.
Ce modèle gravitaire a été construit en collaboration avec Nicolas Cochez (Insee, PSAR Analyse territoriale) à partir des mobilités interdépartementales de l’ensemble de la population en 2014. La métrique utilisée est la distance euclidienne entre centroïdes de départements et le modèle d’estimation est basé sur le processus de Poisson.


À l’échelle régionale, la cartographie des flux préférentiels montre l’importance des mobilités résidentielles de l’Île-de-France vers le Centre-Val de Loire et les régions de l’Ouest et du Sud (Bretagne, Pays de la Loire, Nouvelle-Aquitaine, Occitanie et Provence-Alpes Côte d’Azur), et entre ces dernières. Ce sont en grande partie les déménagements des Franciliens qui entretiennent le dynamisme migratoire des espaces littoraux et méridionaux. Il n’existe en revanche pas de flux massifs vers ces régions en provenance des Hauts-de-France, de Grand Est et de Normandie. Ainsi, en dehors de l’Île-de-France, le déficit migratoire des régions du Nord est causé par un faible nombre d’arrivées bien plus que par des départs nombreux vers les régions attractives.

À côté des flux migratoires préférentiels, qui dénotent des relations particulièrement intenses entre certains départements, d’autres sont au contraire caractérisés par des échanges résidentiels plutôt faibles entre eux. C’est le cas dans le Nord et dans une moindre mesure dans l’Est, du fait d’une plus faible propension de leurs habitants à quitter leur département (voir ci-après). C’est aussi le cas des mobilités résidentielles :

  • entre les départements du centre de l’Ile-de-France. Si les Franciliens déménagent de manière préférentielle des départements de la petite couronne vers ceux de la grande, selon un mouvement d’étalement urbain, en revanche les mobilités vers Paris et entre les départements de la petite couronne sont quant à elles très faibles. Au cœur de l’Île-de-France, la mobilité résidentielle est en effet fortement freinée par la tension sur le marché du logement2. Elle y est en partie compensée par des déplacements quotidiens plus importants et plus longs. L’emploi du modèle gravitaire révèle dans ce cas précis toute son utilité : si les flux résidentiels franciliens peuvent sembler nombreux au premier abord en raison des masses de population concernées, ils s’avèrent en réalité bien plus faibles que ce qu’ils pourraient être, à l’exception de quelques mobilités préférentielles de la petite vers la grande couronne.
  • entre des départements situés de part et d’autre de systèmes régionaux distincts, dont l’existence dépasse largement le cadre des mobilités résidentielles (les habitants du Bas-Rhin déménagent davantage vers le Haut-Rhin que vers la Moselle, les habitants du Rhône déménagent peu vers la Loire ou le Puy-de-Dôme, de même que l’Isère et les départements du littoral méditerranéen échangent bien moins que ce que leur population et leur distance pourraient permettre, etc.). Ces polarisations fortes rappellent qu’il existe des réseaux de territoires historiquement connectés qui échangent préférentiellement entre eux et moins avec d’autres, aussi proches soient-ils3.

2. Louchart P., Beaufils S., (2018), « Les tensions sur l’immobilier freinent les déménagements en Île-de-France », Note rapide Société-Habitat, no 767, IAU.
3. Voir Berroir S., Cattan N., Dobruskes F., Guerois M., Paulus F., Vacchiani-Marcuzzo C., 2017, « Les systèmes urbains français : une approche relationnelle », Cybergeo : European Journal of Geography (disponible en ligne).

 

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