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Quels moteurs de croissance démographique pour les territoires ?

Année de publication2021
Thématique
Territoire
Année de publication
2018
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Au fil des dernières décennies, les mobilités résidentielles ont structuré de puissants contrastes territoriaux. Toutefois, il faut rappeler qu’il ne s’agit là que d’une composante de l’évolution de la population : le solde naturel (les naissances, les décès) peut en effet compenser un déficit ou un excédent migratoire, ou au contraire le renforcer. C’est bien la combinaison de ces deux dynamiques qui conduit à la croissance ou à la décroissance de la population selon les territoires (voir cartes page suivante). Or, toutes deux ne jouent pas toujours dans le même sens23.

La géographie du solde naturel est remarquablement stable dans le temps : alors que la carte des gains et pertes migratoires a fortement évolué au cours des cinquante dernières années, celle des soldes naturels est restée presque identique. Elle est aussi moins contrastée que celle du solde migratoire : ses variations d’un espace à l’autre sont d’une ampleur moindre. Le niveau du solde naturel varie principalement selon un gradient urbain/rural : il est positif dans la quasi-totalité des grandes et moyennes aires urbaines, qui concentrent la majorité de la population (et la majorité des jeunes adultes), et négatif dans la plupart des petites aires et des espaces ruraux, où les décès sont plus nombreux que les naissances. À ce gradient urbain/rural s’ajoutent des différences régionales : les petites villes et espaces ruraux affichent un solde naturel excédentaire au Nord et à l’Est du pays (Paca exclue), dans la région de Nantes et Poitiers et dans les Dom, zones où la population est dans l’ensemble plus jeune.

Néanmoins, dans l’ensemble, le solde naturel est bien moins différenciant d’un territoire à l’autre que le solde migratoire. C’est d’ailleurs surtout ce dernier qui donne ses contrastes structurants à la carte de l’évolution globale de la population24 : un arc atlantique, méditerranéen et rhodanien en forte croissance, particulièrement dans les couronnes des grandes aires urbaines, et de vastes zones affichant une démographie atone, voire une baisse de la population, au Nord-Est et au centre.

Si c’est bien la dynamique migratoire qui, globalement, détermine la géographie de la croissance de la population en France, le solde naturel n’en joue pas moins un rôle très fort à l’échelle locale :

  • soit parce qu’il renforce l’évolution liée au solde migratoire, par exemple dans les aires urbaines de toutes tailles de l’Ouest et du Sud (qui cumulent excédents migratoire et naturel, et affichent donc une croissance très rapide de leur population), ou à l’inverse dans les zones en décroissance de l’est du Bassin parisien (qui cumulent déficits migratoire et naturel);
  • soit, au contraire, parce qu’il contrebalance ou atténue l’excédent ou le déficit migratoire. Ainsi, certains pôles urbains de grande taille (Paris, Nice, Marseille, Lille, Strasbourg) sont en déficit migratoire et ne doivent leur croissance globale qu’à leur excédent naturel. C’est aussi le cas de plusieurs aires urbaines du Nord-Est. À l’inverse, dans les espaces vieillissants du Sud-Ouest où le solde naturel est très déficitaire, la croissance démographique ne tient que par l’attractivité résidentielle. Dans le centre de la France, le déficit des naissances sur les décès est tel que les petites aires urbaines et les espaces ruraux perdent de la population alors même qu’ils sont attractifs sur le plan migratoire.

Le rôle de contrepoids joué par le solde naturel, aux côtés du solde migratoire, est particulièrement tangible à l’échelle des catégories du zonage en aires urbaines25. Ainsi, les petits pôles urbains et les communes «isolées» situées en dehors de l’influence des pôles, pourtant en excédent migratoire, voient au total leur population légèrement diminuer sous l’effet d’un déficit naturel prononcé. Il y a en moyenne chaque année 33000 décès de plus que de naissances dans les petits pôles urbains, et 67000 dans les communes dites isolées. À l’inverse, les grands pôles urbains, très déficitaires quant aux échanges migratoires, maintiennent globalement une croissance forte grâce à des apports naturels nombreux : dans ces types d’espaces où la population est en moyenne plus jeune, et donc davantage en âge d’avoir des enfants, l’excédent des naissances sur les décès est très marqué (supérieur à 1,1 million par an, soit + 0,57%). Les espaces périurbains cumulent, quant à eux, un fort excédent migratoire et un solde naturel très dynamique : ce sont de fait les catégories d’espaces qui connaissent la croissance la plus soutenue.

23. Valles V., (2017) « Du nord au sud, les mouvements naturels et migratoires opposent les départements », Insee Focus, no107
24. En effet, à l’échelle des départements comme à celle des intercommunalités, les variations territoriales du niveau de croissance démographique sont plus corrélées aux variations du solde migratoire qu’à celles du solde naturel.
25. Le détail des catégories du zonage en aires urbaines figure en annexe à la fin du rapport.

 

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