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Évolutions récentes : les contrastes territoriaux se renforcent

Année de publication2021
Thématique
Territoire
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2018
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Cinquante ans de mobilités résidentielles ont abouti à un clivage assez net entre un Nord-Est et des Dom en déficit migratoire, et des espaces littoraux – à l’Ouest surtout – très attractifs. Après une décennie 2000 où des apports migratoires plus nombreux (notamment en provenance de l’étranger) ont profité à davantage de territoires, la période qui a succédé à la crise est caractérisée par un renforcement des disparités de dynamisme migratoire entre les territoires, dans un contexte de baisse générale de la mobilité résidentielle20.

Le déficit migratoire s’est légèrement accentué dans le Nord-Est et dans les Dom et touche de nouvelles zones à proximité

Entre 2009 et 2014, trente-sept départements21 ont perdu de la population au jeu des mobilités résidentielles (voir carte page suivante). Six d’entre eux (Martinique, Paris, Guadeloupe, Yvelines, Seine-Saint-Denis et La Réunion) présentent un taux d’évolution de la population due au solde migratoire apparent particulièrement négatif (inférieur à - 0,6% par an). Parmi l’ensemble de ces départements, près des deux tiers (vingt-quatre) connaissaient déjà un déficit migratoire pendant la décennie précédente. Ces derniers sont tous situés au nord de la ligne Saint-Malo-Genève et dans les Dom.

Dans l’ensemble, les départements en déficit migratoire au cours des années 2000 ont vu ce déficit légèrement s’accentuer depuis la crise, même s’il existe des trajectoires diverses au sein de ce groupe : la Martinique, Paris, les Hauts-de-Seine, la Meuse, la Seine-Saint-Denis et les Vosges ont vu leur déficit migratoire se creuser, quand il a au contraire plutôt diminué dans le Nord et dans la Marne. D’autres départements, qui étaient en léger excédent migratoire avant la crise, ont depuis rejoint le groupe des départements en déficit. Au nombre de douze, ils sont souvent situés à proximité des départements au déficit plus ancien, sur un arc au sud du Bassin parisien (Mayenne, Sarthe et Eure-Et-Loir, Indre, Yonne et Nièvre), à l’Est (Bas-Rhin, Haut-Rhin, Haute-Saône et Jura) et dans les Dom (La Réunion). Ainsi, les tendances récentes confirment le caractère extrêmement structurant du clivage Nord-Est/Sud-Ouest. L’évolution de la géographie migratoire semble obéir à une logique de contiguïté et d’extension : les départements à proximité de ceux qui perdent des habitants se sont mis à en perdre eux aussi au cours de la période post-crise. Le Sud-Est fait toutefois exception : deux départements (Bouches-du-Rhône et Alpes-Maritimes22) y sont désormais en déficit migratoire dans une région pourtant historiquement attractive, mais où la balance migratoire est devenue nettement moins positive (voir le zoom sur les dynamiques migratoires au sein de la région Paca).

La croissance migratoire ralentit dans les départements traditionnellement attractifs

Les départements qui connaissaient une croissance migratoire soutenue pendant la décennie 2000 ont eux aussi été affectés par la baisse de la mobilité résidentielle. Seuls dix-sept départements sont aujourd’hui en net excédent migratoire (croissance supérieure à 0,6% par an), alors qu’ils étaient beaucoup plus nombreux (trente-sept) au cours de la décennie précédente. Tous les départements aujourd’hui en forte croissance migratoire l’étaient déjà au cours des années 2000. Ils sont situés sur les littoraux atlantique, languedocien et corse, dans le Sud-Ouest (Gers, Tarn-et-Garonne et Haute-Garonne) et à la frontière suisse (Haute-Savoie, Ain). Dans tous ces départements hormis la Loire-Atlantique, la Haute-Savoie et la Gironde, l’excédent migratoire a cependant eu tendance à faiblir depuis la crise. En somme, la baisse de la mobilité résidentielle, accentuée par la crise, a eu deux effets : les départements qui bénéficient d’une forte croissance migratoire sont moins nombreux qu’au cours de la décennie passée et parmi ceux qui sont restés très attractifs, le niveau de la croissance migratoire a baissé.

Vers un déterminisme renforcé ?

Cette concentration de la croissance migratoire dans un nombre plus restreint de départements s’accompagne d’une inertie croissante des trajectoires territoriales : la hiérarchie des départements selon le niveau de leur solde migratoire n’a jamais été aussi figée. Entre les années 2000 et les années 2010 en effet, les zones en excédent migratoire sont globalement restées identiques, de même que les zones en déficit. La tendance était différente lors des recensements précédents : d’une période intercensitaire à l’autre, la composition du groupe des départements excédentaires et des départements en déficit variait davantage. Autrement dit, avant les années 2010 les cartes étaient davantage rebattues d’une période à l’autre et les trajectoires croisées (passer du déficit à l’excédent migratoire, ou l’inverse) plus fréquentes. Elles sont plus souvent parallèles aujourd’hui.

20. Voir le chapitre 1.
21. Hors Mayotte (données manquantes).
22. Les Alpes-Maritimes constituent un cas unique en France : le département était en fort excédent migratoire durant les années 2000, il est désormais déficitaire.

 

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