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Décomposer le solde migratoire pour comprendre les dynamiques

Année de publication2021
Territoire
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2018
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Quels sont les facteurs qui expliquent la divergence des dynamiques migratoires régionales? L’étude du solde migratoire ne renseigne que sur le résultat des mouvements migratoires, et non sur l’ampleur de ces derniers (le nombre d’arrivées et le nombre de départs). Pourtant, c’est bien la variation de ces deux composantes qui explique les disparités de croissance migratoire et leur évolution.

MÉTHODOLOGIE
 

Mesurer les arrivées et les départs

Le solde migratoire apparent, principal indicateur utilisé dans ce chapitre, ne permet pas de différencier les composantes des mobilités, à savoir les arrivées et les départs : il renseigne seulement sur le résultat de ces échanges. Pour comptabiliser le nombre de nouveaux arrivants et le nombre d’individus qui ont quitté un territoire donné au cours d’une année, on utilise le fichier des migrations résidentielles internes au territoire français. Celles-ci ne prennent donc pas en compte les échanges avec l’étranger.


De manière générale, la comparaison du nombre d’arrivées et du nombre de départs dans la population de chaque région montre que ce sont les premières plus que les seconds qui influencent le niveau du solde migratoire. Ainsi, par exemple, les régions Hauts-de-France et Nouvelle-Aquitaine ont enregistré, proportionnellement à leur population, presque autant de départs en 2014, en revanche, elles se distinguent nettement par le nombre de nouveaux arrivants, faible dans la première et important dans la deuxième. Ce type d’analyse permet aussi d’affiner la lecture des dynamiques migratoires en distinguant :

  • les espaces en déficit migratoire mais néanmoins attractifs

La région capitale présente le solde migratoire le plus négatif, mais reste néanmoins attractive. Elle enregistre en effet un nombre important de nouveaux arrivants (Paris et les Hauts-de-Seine sont les deux départements français qui ont la part la plus élevée de nouveaux arrivants dans leur population), mais les départs y sont également très nombreux (les deux départements mentionnés sont également ceux qui comptent le plus de départs chaque année proportionnellement à leur population). Les partants – familles et retraités – sont toutefois plus nombreux que les arrivants – jeunes adultes. À l’inverse des autres régions, c’est surtout le nombre de départs qui explique le déficit migratoire de l’Île-de-France. D’ailleurs, la baisse du solde migratoire francilien au cours des cinquante dernières années est avant tout due à une augmentation du niveau des départs, celui des arrivées étant quant à lui resté stable. C’est donc principalement la capacité de la région parisienne à retenir ses habitants qui joue sur son solde migratoire, et non sa capacité à attirer les populations provinciales16. L’augmentation des départs depuis l’Île-De-France au cours des dernières décennies a principalement profité aux régions de l’Ouest et du Sud ;

  • les espaces en déficit migratoire car peu attractifs

Hauts-de-France et Grand Est (et dans une moindre mesure les Dom, hors Guyane) sont les régions qui enregistrent le moins de départs dans leur population. Ce sont aussi celles qui affichent la plus faible part de nouveaux arrivants. En somme, leurs habitants «bougent peu», que ce soit pour y emménager ou pour en partir. Par rapport aux autres régions, leur déficit migratoire s’explique surtout par le faible nombre d’arrivées, notamment en provenance d’Île-de-France. Parmi les neuf départements français qui ont un solde migratoire négatif dans leurs échanges avec la région capitale, sept (Nord, Meuse, Meurthe-et-Moselle, Moselle, Bas-Rhin, Martinique et Guadeloupe17) sont situés dans ces régions. Ainsi, le déficit migratoire du Nord-Est n’est pas lié à un «grand déménagement » vers les régions du Sud-Ouest18, mais plutôt à un déficit d’attractivité, notamment auprès des Franciliens ;

  • les espaces en excédent migratoire et attractifs

En Bretagne, en Occitanie et en Nouvelle Aquitaine plus particulièrement, la rapide croissance du solde migratoire au cours des dernières décennies s’explique surtout par l’augmentation du nombre de nouveaux arrivants, notamment en provenance d’Île-De-France pour l’Ouest (les régions du Sud ayant une attractivité plus globale). Le niveau des départs est quant à lui resté stable19.

 

16. Baccaïni B., (2007), « Les flux migratoires interrégionaux en France depuis cinquante ans », Population, no62, INED, p. 143-160.
17. Les deux autres sont la Côte-d’Or et les Hautes-Pyrénées.
18. Voir le chapitre 3.
19. Baccaïni B., (2007), « Les flux migratoires interrégionaux en France depuis cinquante ans », op. cit.

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