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Les différences de croissance migratoire entre les régions augmentent

Année de publication2021
Territoire
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2018
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Les disparités de croissance migratoire d’une région à l’autre se sont creusées depuis les années 1970, à mesure qu’augmentait l’attractivité résidentielle des espaces littoraux et des grandes agglomérations de l’Ouest et du Sud et que se multipliaient les départs en provenance d’Île-de-France.

Le retournement du solde migratoire francilien

L’Île-de-France est un cas édifiant : au jeu des mobilités résidentielles, la région gagnait en moyenne plus de 15000 habitants par an au début des années 1970. Elle en perd désormais près de 51000. Dès le milieu des années 1970 en effet, la région capitale a attiré moins d’habitants qu’elle n’en perdait par les mobilités sortantes. Ce déficit a atteint un pic dans les années 1990 (- 0,5% par an) qui ne s’est pas vraiment réduit depuis. Au total, elle a perdu plus d’1 million d’habitants par les mobilités depuis les années 1990. Cela ne signifie pas que la région capitale n’est plus attractive (voir ci-après) mais traduit des départs nombreux. Par ailleurs, une partie de ce déficit migratoire peut s’expliquer par la petite taille de la région, dont l’attractivité «déborde» à l’extérieur du périmètre francilien. Enfin, si, en valeur absolue, c’est l’Île-de-France qui perd le plus de population du fait des mobilités résidentielles, rapporté à la population régionale, c’est la Martinique et, dans une moindre mesure, la Guadeloupe et La Réunion, qui sont proportionnellement les plus affectées par leur déficit migratoire.

Les Dom et le Nord-Est en déficit migratoire depuis des décennies

La plupart des régions en déficit migratoire aujourd’hui l’étaient déjà il y a plusieurs décennies. Parallèlement, aucune des régions qui perdaient des habitants il y a cinquante ans n’affiche à présent un bilan migratoire positif. C’est dans les Dom (hors Guyane) que ce déficit est le plus accusé (entre - 0,6% par an à La Réunion et - 1,1% en Martinique sur la période récente). Il s’est quelque peu résorbé dans les années 1980 et 1990, quand la politique volontariste visant à permettre aux jeunes habitant les Dom de suivre des études en métropole ou d’y chercher un premier emploi a été révisée. Mais depuis, il se creuse de nouveau. De même en Guyane et à Mayotte, qui jusqu’à il y a peu gagnaient des habitants au jeu des mobilités résidentielles, notamment grâce aux arrivées de l’étranger : la première affiche un solde migratoire nul entre 2009 et 2014, la seconde est en déficit depuis le début des années 200013.

En France métropolitaine, ce sont les régions industrielles du pourtour du Bassin parisien qui ont la balance migratoire la plus négative après l’Île-deFrance. Le déficit est très prononcé pour les régions Hauts-de-France et Grand Est (respectivement - 15000 et - 10000 habitants par an entre 2009 et 2014, mais avec des trajectoires différenciées : le déficit migratoire des Hauts-de-France a fortement diminué depuis la crise quand celui de Grand Est s’est au contraire accentué, du fait d’une dégradation plus forte de la situation économique dans cette dernière région14). Le déficit est plus modéré pour les régions Normandie et Bourgogne-Franche-Comté. Au total, avec l’Île-de-France, la moitié des régions françaises est en déficit migratoire entre 2009 et 2014.

Des trajectoires de croissance migratoire plus ou moins continues dans huit régions

À l’inverse, huit régions sont en excédent migratoire depuis le début des années 1970 au moins. La croissance migratoire est restée relativement stable en Auvergne-Rhône-Alpes et en Corse au cours des dernières décennies, alors qu’elle a fortement augmenté dans les régions de l’Ouest. Ainsi, au jeu des mobilités résidentielles, la Nouvelle-Aquitaine gagne aujourd’hui quatre fois plus d’habitants par an qu’il y a cinquante ans15, les Pays de la Loire et la Bretagne trois fois plus et l’Occitanie deux fois plus. À l’inverse, Paca gagne huit fois moins d’habitants et la région Centre-Val de Loire cinq fois moins. La région Paca, cas atypique, semble suivre la même trajectoire que la région capitale : très attractive dans les années 1970, son solde migratoire ne cesse de se réduire… jusqu’à devenir négatif ?

Les nouveaux périmètres régionaux regroupent des ensembles aux dynamiques convergentes

Les tendances ici décrites en matière d’évolution migratoire ne sont pas vraiment affectées par l’agrandissement des périmètres régionaux en 2016 : les trajectoires des «anciennes» régions sont en effet globalement convergentes au sein de chaque «nouvelle» région et traduisent également le renforcement du contraste Nord-Est/Sud-Ouest. On note toutefois quelques différences : au sein de la région Grand-Est, l’ancienne région Alsace a un déficit migratoire plus faible et plus récent que Champagne-Ardenne et Lorraine; la Bourgogne perd moins d’habitants que la Franche-Comté au jeu des migrations, de même que la Basse-Normandie par rapport à la Haute. En Nouvelle-Aquitaine, c’est surtout l’ancienne région Aquitaine qui est en fort excédent migratoire, mais ce dernier est également positif et progresse en Poitou-Charentes et Limousin. Les dynamiques d’Auvergne et Rhône-Alpes convergent également, à la faveur d’un « rattrapage» récent de la première.

13. Le déficit migratoire de Mayotte s’explique par les nombreux départs de jeunes mahorais vers la métropole pour suivre leurs études. En parallèle, le solde migratoire est positif pour les natifs de métropole, et positif pour les étrangers (venant des Comores principalement), mais ces arrivées ne parviennent pas à compenser le départ des jeunes.
14. Voir les trajectoires économiques des régions après la crise dans Emploi et territoires, rapport 2016 de l’Observatoire des territoires, CGET, p. 58-59.
15. On compare ici les soldes migratoires annuels des périodes 1968-1975 et 2009-2014.

 

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