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L’extension du mouvement de périurbanisation lisse les différences de croissance migratoire à l’échelle locale

Année de publication2021
Territoire
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2018
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Sous l’effet de la démocratisation de l’automobile et de l’attrait du logement individuel, le processus de périurbanisation (c’est-à-dire l’extension des agglomérations urbaines dans leur périphérie) a pris son essor dans la seconde moitié du XXe siècle. À l’échelle locale, il a eu pour effet d’homogénéiser les dynamiques migratoires de territoires situés de plus en plus loin des grandes agglomérations.

Croissance des périphéries au détriment des pôles urbains

Dès la fin des années 1960, les couronnes autour des plus grands pôles urbains4 (Paris en tête, mais aussi Lyon, Bordeaux et Toulouse) ont commencé à gagner beaucoup d’habitants, alors que la balance migratoire de ces derniers devenait déficitaire. Pourtant, dans leur ensemble, les pôles urbains figuraient encore à Note4 Pour connaître le détail des catégories du zonage en aires urbaines de l’Insee voir l’annexe méthodologique en fin de rapport. cette période au deuxième rang des catégories qui gagnaient le plus au jeu des mobilités résidentielles, après les couronnes des grands pôles urbains.

La croissance migratoire des couronnes périurbaines s’est renforcée à la fin des années 1970, quand celle des pôles urbains a franchement décliné. Par la suite, les apports migratoires se sont réduits dans les couronnes des pôles mais n’ont cessé de croître dans des espaces situés toujours plus loin en périphérie des pôles urbains. Ainsi, les communes multipolarisées des grandes aires urbaines, les autres communes multipolarisées et même les communes dites «hors influence des pôles», soit les espaces les moins denses, qui étaient en déficit migratoire il y a cinquante ans, étaient dans les années 2000 dans leur ensemble en passe de connaître la plus forte croissance migratoire. Pour autant, toutes les communes qui appartiennent à ces catégories ne suivent pas cette dynamique. Par ailleurs, cette dernière ralentit depuis le milieu des années 2000 sous l’effet de la baisse globale de la mobilité résidentielle.

Les différentes catégories de pôles urbains ont quant à elles suivi des dynamiques migratoires divergentes depuis les années 1990.

Les grands pôles sont restés durablement déficitaires. C’est la seule catégorie de communes dans cette situation. Par le jeu des mobilités résidentielles, ils ont perdu près de 60000 personnes en moyenne chaque année entre 2009 et 2014 (soit 0,16% de leur population), et 1,4 million d’habitants au total depuis les années 1990. Au sein de ces grands pôles, ce sont surtout les villes-centres qui sont en déficit migratoire (voir le zoom sur les dynamiques migratoires des métropoles). Toutefois, il s’agit là d’une moyenne qui masque de fortes disparités géographiques : la plupart des pôles des grandes aires urbaines de l’Ouest et du Sud connaissent une forte croissance migratoire, quand ceux du Nord et de l’Est affichent pour beaucoup un déficit. De surcroît, on observe pour l’ensemble des grands pôles une légère diminution du déficit migratoire au cours des dernières années, à mesure que s’infléchit la croissance dans les autres catégories d’espaces.

Les pôles urbains de taille moyenne ont vu leur niveau de croissance migratoire progresser jusqu’à la moitié des années 2000, période à partir de laquelle il s’est dégradé. Pris dans leur ensemble, les pôles urbains de taille moyenne sont aujourd’hui tout juste à l’équilibre migratoire; et leur bilan migratoire depuis 1990 n’est positif que de 46000 habitants, soit le gain le plus faible de toutes les catégories d’espaces après les grands pôles urbains. Mais là encore, on observe de grandes différences selon la localisation géographique : certains pôles de taille moyenne, notamment dans l’Ouest, affichent une croissance migratoire positive et forte, quand d’autres perdent de la population.

Les petits pôles urbains, pris dans leur ensemble, gagnent quant à eux 6200 personnes par an au jeu des mobilités résidentielles (soit 0,25% de leur population). Depuis 1990, ils ont gagné 139000 habitants en tout grâce à ces dernières. Dans leur ensemble, ils ont été moins affectés que les pôles de plus grande taille par la récente baisse de la mobilité résidentielle : ils semblent davantage se rapprocher des dynamiques propres aux espaces périurbains et ruraux, à la faveur de l’extension du processus de périurbanisation autour des grandes aires urbaines.

L’analyse des dynamiques migratoires donne une image peu habituelle des contrastes qui traversent le territoire français : au jeu des mobilités résidentielles, les grands pôles urbains sont globalement perdants, quand les pôles de plus petite taille et, plus encore, les espaces périurbains et ruraux, y gagnent. Ces constats sont toutefois à remettre en perspective. D’une part, l’attractivité d’un territoire ne peut se lire au seul prisme de son solde migratoire : quoique finalement déficitaires, les grands pôles urbains restent la catégorie de territoires qui accueille le plus de nouveaux habitants chaque année. D’autre part, à mesure que progresse la périurbanisation, l’aire d’influence des grandes aires urbaines s’étend et les pôles perdent des habitants au profit de leur périphérie. Moins qu’une perte d’attractivité des grands pôles urbains, on assiste en fait à une extension de l’espace qui bénéficie de leur attractivité.

Une tendance à l’homogénéisation des dynamiques migratoires locales

Cette extension a pour effet d’amenuiser les différences de dynamisme migratoire entre les couronnes des agglomérations et l’espace périurbain plus lointain. Ainsi, sur la période récente, la population des couronnes des grands pôles a augmenté chaque année de 0,54% par le jeu des migrations, celle des communes multi polarisées de 0,46 % et celle des communes isolées de 0,40 %. Au total, les zones urbaines, périurbaines et rurales sont aujourd’hui bien moins différenciées, en termes de bilan migratoire, que dans les années 1970 et 1980 : les courbes se sont « resserrées». Cette tendance à la convergence a été accentuée par la baisse de la mobilité résidentielle au cours de la période récente. Toutefois, ce processus ne s’observe pas partout. En effet, le mouvement de périurbanisation est plus marqué dans les régions où le solde migratoire est élevé : au cours des décennies  1970 à 1990, ce sont ainsi les villes de l’Ouest et du Sud qui ont eu tendance à s’étendre le plus5. Ceci explique la formation, à partir des années 2000, d’une sorte de continuum d’espaces au sud-ouest d’une ligne Saint-Malo-Genève6 où la balance migratoire est légèrement positive, sans que les polarités urbaines ne se distinguent nettement. Cette ligne, qui sépare un Nord-Est déficitaire d’un Sud-Ouest attractif, est aujourd’hui bien plus structurante, en matière de mobilités résidentielles, que le contraste entre les grandes agglomérations et les espaces peu denses.

4. Pour connaître le détail des catégories du zonage en aires urbaines de l’Insee voir l’annexe méthodologique en fin de rapport.
5. Baccaïni B., Semecurbe F., (2009), « La croissance périurbaine depuis 45 ans. Extension et densification », Insee Première, no 1240.
6. La structuration de cette ligne, récente en matière migratoire, rappelle toutefois les contrastes anciens du territoire français mais pour en inverser le sens. Quand, en 1826, le baron Dupin trace cette ligne dans sa Carte figurative de l’Instruction populaire de France, c’est pour distinguer la France « éclairée », au Nord, de la France « obscure », au Sud. De Baecque A., « Nord premier, Sud primaire », Libération, 22 août 2006

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