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Une majorité de mobilités de proximité mais de fortes différences selon le profil des individus

Année de publication2021
Territoire
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2018
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Si en moyenne 11 % de la population déménage chaque année, dont près du tiers change alors de département, il existe de très fortes différences de niveau de mobilité selon le profil des individus : les mobilités résidentielles sont avant tout caractérisées par une forte segmentation sociodémographique. Ainsi, par exemple en  2014, 32 % des  20-29 ans diplômés du supérieur ont changé de logement (et de département pour presque la moitié d’entre eux) contre 4% des 50-64 ans pas ou peu diplômés (seul le quart de ces individus ayant changé de département à cette occasion). L’âge, le niveau de diplôme ou encore le groupe socioprofessionnel des individus conditionnent fortement leur propension à la mobilité.

 

L’influence du cycle de vie : la mobilité résidentielle diminue avec l’âge

C’est entre 20 et 25 ans que les individus bougent le plus : 28% des individus de cette tranche d’âge ont déménagé au cours de l’année passée. C’est également à ces âges que les mobilités sont les plus lointaines (38% des personnes mobiles ont changé de département). En effet, les nombreuses transitions qui ont lieu à cette période de la vie occasionnent des mobilités résidentielles locales (décohabitation, mise en couple, etc.) ou plus lointaines (poursuite d’études, entrée dans la vie active, etc.) plus fréquentes qu’aux autres âges de la vie. Par ailleurs, les mobilités lointaines sont également facilitées par un célibat plus fréquent dans cette tranche d’âge13. Car si la mise en ménage d’un couple est un facteur déclencheur de la mobilité résidentielle, plutôt à l’échelle locale (adaptation de la taille du logement), par la suite le fait d’être en couple constitue plutôt un frein à la mobilité.

En vieillissant, les individus deviennent moins mobiles, et leurs mobilités résidentielles sont de plus courte distance : la constitution d’une famille, l’avancement dans sa carrière14, ou encore l’ancrage territorial (notamment l’accès à la propriété), qui interviennent au fil des ans, sont autant de freins à la mobilité de Notes 11 Selon l’Insee, 16% des hommes et 31% des femmes âgés de 20-24 ans sont en couple (RP 2006), contre respectivement 61% et 56% en moyenne dans la population âgée de plus de 15 ans.14 Le fait d’occuper un même emploi depuis longtemps réduit la propension à la mobilité. Voir Gobillon L., (2001), «Emploi, logement et mobilité résidentielle», Économie et Statistique, no329-350, p. 77-98. longue distance15. Dès la tranche d’âge des 25-30 ans, les mobilités résidentielles changent : la part des individus qui déménagent diminue d’un point par rapport aux 20-25 ans, mais les mobilités locales (à l’intérieur d’un département), elles, augmentent de plus d’un point. Pour beaucoup, cette période correspond à l’arrivée des premiers enfants, qui rend souvent nécessaire le déménagement vers un logement plus grand, à proximité du précédent. Ainsi, les ménages qui ont eu un enfant entre 2009 et 2013 ont été deux fois plus mobiles que les ménages sans enfant; et les ménages qui ont eu deux enfants, presque trois fois plus16. Par la suite, la présence d’enfants exerce l’effet inverse : plus un ménage est grand, moins il est mobile. La scolarisation des enfants et les relations nouées dans ce cadre ajoutent une facette de plus à l’ancrage territorial du ménage et deviennent un facteur de stabilité supplémentaire17. D’ailleurs, c’est entre 40 et 55 ans que le niveau de la mobilité résidentielle lointaine atteint son niveau le plus faible18 : dans cette tranche d’âge, seul le quart des individus qui déménagent franchit une frontière départementale.

La tendance à la diminution de la mobilité résidentielle se poursuit graduellement jusqu’à l’âge du départ à la retraite : seuls 4 à 5% des 60-70 ans changent de logement chaque année. En revanche, les mobilités résidentielles de cette tranche d’âge sont de plus longue distance : 35% des individus mobiles changent alors de département, soit un niveau presque comparable à celui des 20-25 ans. Le rapprochement de la famille ou la recherche d’un meilleur cadre de vie guident souvent ces mobilités alors libérées de la contrainte de la proximité au lieu de travail. À partir de 80 ans, le niveau de mobilité résidentielle recommence à augmenter (6% des plus de 85 ans changent de logement chaque année) : beaucoup de personnes âgées sont contraintes de quitter leur domicile pour une maison de retraite ou une institution médicalisée, souvent situées à proximité.

 

Plus on est diplômé, plus on déménage loin

À ces niveaux de mobilité variables selon les étapes du cycle de vie, qui concernent tous les individus, s’ajoutent de fortes différences d’une catégorie à l’autre selon le niveau de diplôme ou le groupe socioprofessionnel d’appartenance. Par exemple, en 2014, 15% des diplômés du cycle supérieur ont changé de logement au cours de l’année précédant l’enquête : c’est deux fois plus que les individus diplômés du brevet ou sans diplôme (7%). En fait, c’est surtout la distance parcourue au cours de ces mobilités qui fait la différence : il y a seulement 2 points d’écarts entre la part des diplômés du supérieur et celle des non diplômés qui ont déménagé au sein de la même commune en 2014, mais 15 points d’écarts si l’on considère ceux qui ont changé de département19. Ainsi, le niveau d’études influe surtout sur la propension à la mobilité géographique de longue distance; la mobilité résidentielle locale est quant à elle moins segmentée.

La plus forte propension à la mobilité lointaine des individus diplômés s’observe également à travers une analyse par groupe socioprofessionnel, celui-ci recoupant dans une certaine mesure le niveau de diplôme, même s’il joue un rôle moins déterminant dans l’explication des différences de mobilité entre les individus. Tous les groupes (hors agriculteurs exploitants et artisans/commerçants/chefs d’entreprise, moins mobiles) ont autant déménagé en 2014. Mais si l’on considère la distance parcourue au cours de ces mobilités résidentielles, les cadres se distinguent très nettement des autres catégories : 41% de leurs déménagements conduisent à un changement de département, contre seulement 20 à 25% pour les employés et les ouvriers. Les cadres sont donc aussi mobiles que les autres catégories d’actifs, mais ils vont souvent plus loin lorsqu’ils changent de logement.

Cette différence de distance de mobilité selon le niveau de diplôme des individus peut s’expliquer par plusieurs facteurs20, parmi lesquels :

  • le niveau de revenu : la mobilité résidentielle de longue distance, en raison des coûts qu’elle implique, est fortement dépendante du niveau de revenu. Les plus diplômés, parce qu’ils accèdent à des postes en moyenne mieux rémunérés que les personnes sans diplôme, sont mieux armés pour faire face aux coûts d’un changement de territoire;
  • le degré d’information : un niveau de formation élevé va de pair avec une plus grande capacité à obtenir et à analyser des informations sur des marchés du travail éloignés, notamment sur l’existence de perspectives d’emploi plus favorables (rémunération, carrière, etc.) que celles du lieu d’origine;
  • le marché du travail : plus le niveau de formation requis par certains emplois est élevé, plus leur aire de recrutement est étendue21. À l’inverse, les personnes peu ou pas diplômées ont tendance à anticiper de plus grandes difficultés à trouver un emploi en changeant de territoire, ce qui constitue un frein à la mobilité de longue distance.

Plus largement, au-delà d’une approche strictement économique, la variation de la mobilité selon le niveau de diplôme des individus traduit l’importance des déterminants sociaux dans le processus de mobilité géographique. Outre les facteurs ici présentés, la propension à la mobilité résidentielle de longue distance est en effet influencée par d’autres dimensions nécessitant d’être appréhendées par une approche plus qualitative, telles que l’histoire migratoire des proches (connaître des personnes qui ont changé de territoire rend la mobilité plus envisageable qu’être entouré d’individus qui ne sont jamais partis), ou encore l’existence d’un réseau (la mobilité de longue distance implique de s’éloigner du réseau social de son lieu d’origine, à l’inverse avoir des connaissances dans le territoire d’arrivée facilite la mobilité).

MÉTHODOLOGIE

Observer la mobilité résidentielle avec le recensement de la population


Le recensement de la population (RP) de l’Insee permet de connaître, pour les personnes résidant en France, leur lieu de résidence au 1er janvier de l’année précédant l’enquête. Par rapport aux autres sources de données, le RP se prête bien à l’étude de la mobilité résidentielle des individus à des niveaux géographiques fins, c’est pourquoi c’est la principale source employée dans ce rapport. Les données utilisées ici sont celles du fichier «migrations résidentielles des individus» du recensement de 2014, qui porte sur les enquêtes annuelles de 2012 à 2016.

 

Précautions

Le RP ne permet pas de mesurer les départs à l’étranger (les individus n’y étant pas recensés; en revanche les arrivées en France sont, elles bien prises en compte), ni de connaître les mobilités des populations spécifiques suivantes : – les enfants nés au cours de l’année précédant l’enquête (donc âgés de moins d’un an); – les détenus, les personnes vivant en habitation mobile, les sans-abri et les mariniers; – les personnes vivant à Mayotte (le RP n’y est pas encore aussi complet que dans les autres Dom). Enfin, les données du RP ne permettent pas de comparaison temporelle sur une période longue, en raison de deux modifications de la question posée au cours du temps : – jusqu’en 1999, les individus étaient interrogés sur leur lieu de résidence au 1er janvier de l’année du précédent recensement, ce qui correspondait à des périodes de durée variable en fonction des millésimes (1968-1975, 1975-1982, 1982-1990, 1990-1999); – à partir de 200422 , dans le cadre du recensement rénové les individus ont été interrogés sur leur lieu de résidence cinq ans auparavant puis en 201123 cette durée a été réduite à un an. Ainsi, les données de mobilités résidentielles sur un an, disponibles depuis le recensement millésimé 2013, ne sont pas comparables avec les données des recensements précédents. C’est l’Enquête Logement qui est employée à des fins de comparaison temporelle (voir ci-avant).

Conclusion

Au cours des dernières années, et surtout depuis la crise de 2008, la mobilité résidentielle des Français a diminué : ils déménagent aujourd’hui moins, et moins loin, que dans les années 1990, même s’ils restent dans leur ensemble plutôt plus mobiles que leurs voisins européens. Ces évolutions récentes ont affecté toutes les classes d’âge et tous les groupes socioprofessionnels dans la même ampleur. Aussi, les fortes différences de propension à la mobilité résidentielle selon le profil des individus se sont maintenues : les plus jeunes et les plus diplômés déménagent toujours davantage et plus loin que leurs aînés ou ceux qui sont moins diplômés.

 

13. Selon l’Insee, 16 % des hommes et 31 % des femmes âgés de 20-24 ans sont en couple (RP 2006), contre respectivement 61 % et 56 % en moyenne dans la population âgée de plus de 15 ans.
14. Le fait d’occuper un même emploi depuis longtemps réduit la propension à la mobilité. Voir Gobillon L., (2001), « Emploi, logement et mobilité résidentielle », Économie et Statistique, no 329-350, p. 77-98.
13. Delance P., Vignolles B., (2017), « Ça déménage ? La mobilité résidentielle et ses déterminants » dans le dossier « La mobilité résidentielle » in Les conditions de logement en France, coll. « Insee Références », édition 2017.
14. Données Enquête logement 2013, mobilités sur quatre ans. Voir Delance P., VIgnolles B., (2017), « Ça déménage ? La mobilité résidentielle et ses déterminants » op. cit.
15. Gobillon L., (2001), « Emploi, logement et mobilité résidentielle », op. cit.
16. La part des déménagements de longue distance est également faible chez les enfants, un chiffre qui ne fait que refléter les tendances qui caractérisent la tranche d’âge de leurs parents.
17. Gobillon L., (2001), « Emploi, logement et mobilité résidentielle », op. cit.
18. La part des déménagements de longue distance est également faible chez les enfants, un chiffre qui ne fait que refléter les tendances qui caractérisent la tranche d’âge de leurs parents.
19. Parmi les individus ayant changé de logement en 2014, 38 % de ceux qui sont diplômés du supérieur ont changé de département contre 23,5 % de ceux qui n’ont aucun diplôme.
20. Voir Debrand T., Taffin C., (2005), « Les facteurs structurels ou conjoncturels de la mobilité résidentielle depuis 20 ans », op. cit. ; Delance P., Vignolles B., (2017), « Ça déménage ? La mobilité résidentielle et ses déterminants » op. cit. et Gobillon L., (2001), « Emploi, logement et mobilité résidentielle », op. cit.
21. Voir Emploi et territoires, rapport 2016 de l’Observatoire des territoires, CGET, p.129 et autres.
22. Voir Fol S., Miot Y. et Vignal C. (dir.) (2014), Mobilités résidentielles, territoires et politiques publiques, Presses universitaires du Septentrion ; voir aussi les travaux de Cécile Vignal, par exemple Vignal C., (2012), « Partir ou rester : arbitrages résidentiels en milieu ouvrier », in Morel-Brochet A., Ortar N., La fabrique des modes d’habiter. Homme, lieux et milieux de vie, Paris, L’Harmattan.
23. Premier millésime disponible : 2006.
24. Premier millésime disponible : 2013.

 

 

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