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La mobilité résidentielle baisse depuis le début des années 2000

Année de publication2021
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2018
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Entre 2009 et 2013, 27 % des ménages vivant en France (voir encadré Méthodologie) ont changé de logement, contre 33% entre 1997 et 2001 : le niveau de la mobilité résidentielle a diminué de 6 points en douze ans4. Après un «pic» survenu à la fin des années 1990 (qui succédait lui-même à deux décennies de baisse5), le taux de mobilité résidentielle n’a en effet cessé de décroître. Le niveau global de la mobilité résidentielle s’avère particulièrement fluctuant selon les décennies. Sa baisse récente concerne tous les types de mobilités, qu’elles soient de lointaine ou de plus courte portée. Les déménagements internes aux communes ont décru d’un quart, les mobilités de portée plus lointaine de 27%. En moyenne, les mobilités résidentielles d’aujourd’hui se font sur une moins longue distance qu’avant : 31 % des déménagements sur la période récente ont occasionné un changement de département, contre 33% il y a dix ans et 34% il y a vingt ans. En somme, les Français déménagent aujourd’hui moins, et moins loin, que dans les années 1990.

Les évolutions du taux de mobilité sur la période récente soulignent la forte dépendance du phénomène migratoire à la conjoncture économique : la baisse de la mobilité résidentielle, légère au début des années 2000, s’est particulièrement accentuée après la crise de 2008. La part des ménages ayant changé de logement a en effet chuté de plus de 4 points entre les périodes 2002-2006 et 2009-2013.

Contrairement à ce qui pouvait être observé jusque dans les années 1970, à savoir que les périodes de crise se traduisaient par une mobilité plus importante d’individus cherchant de nouvelles opportunités d’emploi (comme après le choc de 1973 par exemple), la période récente est plutôt marquée par une immobilité accrue6. Ceci s’explique en grande partie par un niveau de chômage bien plus élevé qu’il y a quarante ans7. L’instabilité généralisée du marché du travail8 a pour effet de « fixer » les individus, sous l’effet d’une diminution de leurs revenus ou de l’incertitude quant à la pérennité de ceux-ci. Par exemple, la dernière crise a coïncidé avec un recul prononcé de la décohabitation des jeunes : 54 % des 15-29 ans vivaient chez leurs parents en 2014, contre 41 % en 2007, soit 13 points de plus9.

La tendance récente à la baisse de la mobilité résidentielle est également, quoique dans une moindre mesure, liée à un effet de structure : le vieillissement de la population. En effet, les personnes âgées étant moins mobiles (voir ci-après), l’augmentation de leur poids relatif dans la population française10 contribue à faire baisser le taux de mobilité global. Toutefois, il importe de préciser que la baisse de la mobilité résidentielle, qu’elle soit d’échelle locale ou de plus longue portée, touche toutes les classes d’âge. Elle concerne aussi toutes les catégories sociales : la diminution de la mobilité résidentielle au cours des dernières années n’a donc pas affecté un groupe en particulier, et n’a pas modifié la forte segmentation sociodémographique qui existe en matière de propension à la mobilité.

 

MÉTHODOLOGIE
 

L’Enquête Logement11

L’Enquête Logement est une des principales enquêtes de l’Insee par la taille de son échantillon. Réalisée tous les quatre à sept ans, c’est la source statistique majeure pour décrire le parc de logements et les conditions d’occupation par les ménages de leur résidence principale. Le champ de l’enquête est constitué des résidences principales, à l’exclusion des communautés12 et des habitations mobiles (qui représentent 2% de la population). Celle-ci couvre l’ensemble de la métropole et a été étendue aux départements d’outre-mer en 2006, puis à Mayotte en 2013. Toutefois, les données relatives à la commune de résidence antérieure n’étant pas disponibles dans les Dom, ceux-ci ont été exclus de l’analyse. Les enquêtes utilisées ont été réalisées en 1992, 1996, 2001, 2006 et 2013. Dans ce rapport, les données de l’Enquête Logement sont uniquement employées pour comparer l’évolution du niveau de mobilité globale de la population. Elles diffèrent quelque peu de celles du recensement de la population, qui ne permettent pas de comparaison temporelle de longue durée mais sont utilisées pour les analyses territoriales. Par exemple, le taux de mobilité calculé à l’aide de l’Enquête Logement (27% des ménages) diffère de celui issu du recensement (11% des individus), cette différence tenant à la durée d’observation. Dans les deux cas, l’indicateur est calculé à partir d’une question posée aux enquêtés et portant sur le lieu de résidence x années plus tôt. Mais alors que dans le recensement il s’agit du lieu de résidence un an avant, dans le cas de l’Enquête Logement cette durée est de quatre ans. Or, plus la durée d’observation est longue, plus la probabilité d’avoir changé de logement est élevée. Mais il ne suffit pas de diviser le taux de mobilité de l’Enquête Logement par quatre pour obtenir un taux annuel, car le nombre d’individus mobiles n’est pas une fonction linéaire de la durée sur laquelle ils ont été comptabilisés, du fait des déménagements multiples et des retours dans le territoire d’origine.

 

4. Il s’agit du niveau de mobilité résidentielle calculé sur quatre ans (et non sur un an).
5. Baccaini B., (2007), « Les flux migratoires interrégionaux en France depuis cinquante ans », Population, vol 62, Ined p. 143-160.
6. Sigaud T., (2015), « La mobilité géographique, ressource ou fragilité pour l’emploi ? », Connaissance de l’emploi, no125, novembre 2015.
7. Selon le recensement de l’Insee, 4 % de la population de 15 ans et plus était au chômage en 1975, contre 14 % en 2015. Sur les liens entre taux de chômage global et mobilité, voir Debrand T., Taffin C., (2005), « Les facteurs structurels ou conjoncturels de la mobilité résidentielle depuis 20 ans », Économie et statistique, no381-382.
8. Laferrere A., Pouliquen E., Rougerie C., (2017), « Le logement en France depuis trente ans », in Les conditions de logement en France, Insee Références 2017.
9. Voir « Le parc de logement » dans Regards sur les territoires, rapport 2017 de l’Observatoire des territoires, CGET.
10. Voir « Le vieillissement et ses enjeux » dans Regards sur les territoires, rapport 2017 de l’Observatoire des territoires, CGET.
11.Travail ayant bénéficié d’une aide de l’Etat (Programme Investissement d’avenir : Réf. ANR-10-EQPX-17, CASD)
12. Maisons de retraite, résidences sociales, communautés religieuses, casernes militaires, établissements pénitentiaires, etc.

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