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Des Français un peu plus mobiles que leurs voisins européens

Année de publication2021
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2018
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En Europe, le taux de mobilité résidentielle moyen est de 9% par an1. En France, c’est chaque année 11% de la population qui changent de logement : le pays se positionne au huitième rang, après la plupart des pays d’Europe du Nord (Islande, Finlande, Danemark, Norvège et Suède, où entre 12 et 14% de la population changent de logement chaque année) et juste derrière le Royaume-Uni et le Portugal. Elle se distingue en cela de ses autres voisins (Allemagne, Italie, Espagne) où la mobilité résidentielle est beaucoup plus faible : chaque année, entre 2 et 4% de la population y changent de logement. C’est dans les pays d’Europe de l’Est que le taux de mobilité résidentielle est le plus faible.

L’explication de ces différences de propension à la mobilité résidentielle d’un pays à l’autre est complexe : elles peuvent être liées au fonctionnement du marché du logement (offre de logements, niveau des coûts de transaction, etc.), au rôle de politiques publiques plus ou moins incitatives3, mais aussi à un ensemble de déterminants d’ordre historique ou culturel, plus difficiles encore à saisir. Enfin, il faut préciser que les données Eurostat, agrégeant des comptabilités nationales qui ne sont pas toujours strictement comparables, sont à considérer avec prudence.

Avec ces précautions nécessaires, la comparaison des taux de mobilité à l’échelle européenne a le mérite de démentir l’idée selon laquelle les Français seraient moins mobiles que les autres, une faible mobilité qui serait, pour certains, à l’origine d’un chômage lié aux difficultés d’appariement sur le marché de l’emploi3. D’ailleurs, l’étude de l’évolution du niveau de la mobilité résidentielle en France au cours des dernières années pourrait conduire à formuler l’hypothèse inverse : serait-ce parce que le chômage est élevé que les Français déménagent moins (et surtout, moins loin) qu’auparavant?

 

POUR ALLER PLUS LOIN…

Les Français sont légèrement plus mobiles que leurs voisins européens, mais ont-ils tendance à déménager plus ou moins loin que ces derniers? Les données actuellement disponibles sur Eurostat ne permettent pas de comparer les distances de mobilité résidentielle d’un pays à l’autre. Elles sont bien disponibles à l’échelle des NUTS 3 (départements français), mais l’hétérogénéité de cette maille d’un pays à l’autre rend impossibles les comparaisons. Par exemple, les NUTS 3 correspondent à un découpage bien plus fin en Allemagne qu’en France : il y a 429 arrondissements en Allemagne contre 101 départements en France, ce qui gonfle artificiellement la part des mobilités de longue distance dans le premier pays. D’autre part, certains pays comme l’Islande, le Luxembourg, Chypre et le Liechtenstein ne sont composés que d’un seul NUTS 3 : il est alors impossible d’étudier les changements de territoire en leur sein. Pour comparer les distances de mobilité d’un pays à l’autre, une piste d’étude serait de mesurer la distance moyenne des déménagements, ou bien de recourir à un carroyage similaire des pays européens.

 

1. Données Eurostat 2011. Les données portent sur la zone Europe dite « élargie », soit UE à vingt-huit pays + Islande, Norvège, Suisse et Liechtenstein. Les données relatives à la République Tchèque, à la Slovaquie et à la Roumanie n’étant pas suffisamment robustes, ces pays ont été exclus de l’analyse.

2. Par exemple, les coûts de transaction sont plus faibles dans les pays nordiques et au Royaume-Uni qu’en France, en Belgique, en Grèce et en Espagne. Voir Sanchez A. C., Andrews D., (2011), « Residential Mobility and Public Policy in OECD Countriess », OECD Journal: Economic Studies, Vol. 2011/1.

3. Voir notamment les analyses économiques d’Etienne Wasmer.

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