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Des activités innovantes très largement concentrées autour des grandes métropoles

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Pour apprécier les capacités de rebond industriel des territoires français, il est intéressant d’identifier les zones d’emploi qui concentrent le plus les hautes technologies. Ces dernières participent à la structuration de filières à forte valeur ajoutée qui peuvent irriguer les tissus économiques locaux.

Selon la nomenclature construite par Eurostat à partir de la NAF rév. 2, on peut assimiler aux hautes technologies la construction aéronautique et spatiale, les industries pharmaceutiques et les industries de produits informatiques, électroniques et optiques. En France, ces dernières représentent 7,4 % des emplois salariés manufacturiers. Quatre ensembles régionaux sont marqués par une surreprésentation de ces hautes technologies dans l’industrie manufacturière.

  • Le premier de ces ensembles se structure autour de l’axe de la vallée de la Seine. Les zones d’emploi franciliennes, à commencer par celle de Paris (construction aéronautique et spatiale, fabrication d’équipements de communication, fabrication d’instruments scientifiques, de produits pharmaceutiques) et Saclay (fabrication de composants électroniques, d’équipements d’aide à la navigation, de communication, de produits pharmaceutiques) qui accueillent respectivement près de 24 000 et 21 000 emplois dans les industries de hautes technologies sont les plus concernées de France. L’Île-de-France semble entraîner dans son sillage les régions limitrophes. En Normandie, la zone d’emploi de Rouen, où l’industrie pharmaceutique est présente, se distingue par des activités largement tournées vers la production de biens à haute valeur ajoutée (près de 7 000 salariés concernés, soit 17 % des emplois industriels de la zone d’emploi). La Centre-Val de Loire n’est pas en reste puisque entre les zones d’emploi de Tours et d’Orléans, ce sont près de 7 500 emplois qui relèvent des mêmes caractéristiques. La présence du cluster PolePharma (l’un des principaux clusters pharmaceutiques d’Europe), à cheval sur ces trois régions, illustre parfaitement cette synergie.
  • Le deuxième pôle de concentration des industries de hautes technologies s’étend le long de la vallée du Rhône. Entre les zones d’emploi de Lyon (12 000 salariés liés à l’industrie des hautes technologies notamment dans les produits pharmaceutiques), de Grenoble (10 000 salariés avec la fabrication de composants électroniques) et Aix-en-Provence (4 000 salariés avec la fabrication de composants électroniques associée à la fabrication de cartes électroniques assemblées), ce sont plus de 25 000 personnes qui travaillent dans les industries de hautes technologies. L’influence de ces activités s’étend jusqu’au bassin méditerranéen puisque les zones d’emploi de Nice et Cannes-Antibes sont également marquées par une surreprésentation des hautes technologies dans l’appareil industriel.
  • Le troisième pôle se structure le long de la vallée de la Garonne. Dans les zones d’emploi de Bordeaux, Libourne, Agen, Toulouse et Saint-Gaudens, près de 12 500 emplois industriels relèvent des hautes technologies, sans compter les industries aéronautiques, qui représentent près de 25 000 emplois salariés dans la seule zone d’emploi de Toulouse et plus de 5 000 à Bordeaux. On trouve dans cette dernière zone d’emploi une implantation importante du secteur de la pharmacie, comme dans les zones d’emploi de Libourne et d’Agen.
  • Enfin, le quatrième espace de concentration des activités industrielles de hautes technologies traverse la région Bourgogne-Franche-Comté (du Morvan à Morteau en passant par Dijon et Besançon – fabrication de produits pharmaceutiques, optiques, haute horlogerie). Cet ensemble, bien que de taille plus modeste, met en avant l’existence de territoires moteurs en matière d’innovation industrielle, y compris en dehors des plus grandes aires urbaines.
  • Pour compléter cette approche régionale, il est intéressant de disposer d’une lecture de la répartition des activités industrielles de hautes technologies par types d’espaces. Malgré quelques exceptions, les grands pôles urbains, qui accueillent de nombreux centres de recherches publics et privés, sont les espaces privilégiés d’installation des industries relevant des hautes technologies. Ils sont en effet les seuls espaces à enregistrer une surreprésentation des activités à haute valeur ajoutée.
  • À l’inverse, et comme le soulignent les travaux de Francis Aubert, les territoires périurbains, mais également les petits et moyens pôles tout comme les territoires ruraux qu’ils structurent, se spécialisent davantage dans les activités de moyennes et basses technologies. Malgré l’homogénéisation de la répartition des activités industrielles sur le territoire national et entre les différents types d’espaces, il existe donc une véritable dichotomie dans la localisation des activités selon leur niveau d’intensité technologique. Les enjeux à venir résideront certainement dans la capacité à tisser des liens entre ces différents types d’espaces afin de permettre aux territoires les plus innovants d’irriguer le reste du territoire national.

 

Aubert F. (2016), « L’industrie rurale entre déterminants urbains et dynamiques territoriales », Insee Première n° 1637

DGE (2017), « La mondialisation a amené l’industrie française à se spécialiser sur ses points forts », Le 4 pages de la DGE, n° 76, octobre 2017

Études économiques, DGE (2017), « L’industrie manufacturière en France en 2016 »

Jennequin H., Miotti L.E., Mouhoud E.M. (2017), « Mesurer et anticiper la vulnérabilité des territoires face aux risques de délocalisation : une analyse sur données sectorielles en France », Économie et statistique / Economics and Statistics n°   497-498

Insee Première (2016), « L’industrie manufacturière de 1970 à 2014 », n° 1592

Insee Première (2018), « L’industrie manufacturière de 2006 à 2015 : l’agroalimentaire et la construction aéronautique et spatiale résistent au repli du secteur », Insee Première, n° 1689

Mrabet H. (2015), «  La spécialisation industrielle de sept grands pays avancés : quelle évolution depuisles années 1990 ?  », Trésor-Éco n° 158

Observatoires des territoires (2016), « Emploi et territoires : rapport 2016 de l’Observatoire des territoires »

Rignols E. (2017), « L’industrie manufacturière en Europe de 1995 à 2015 », Insee Première n° 1637

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