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Nord-Est et Sud-Ouest se distinguent par la structure de leur tissu industriel

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Sans établir de corrélation directe entre la structure d’un tissu industriel et sa capacité à créer de l’activité, il est intéressant de constater que les établissements industriels localisés dans l’ouest et le sud du pays sont globalement de plus petite taille que ceux présents dans les régions du Nord-Est. Ainsi, dans les régions les plus méridionales (Auvergne-Rhône-Alpes, PACA, Occitanie, Nouvelle-Aquitaine), les établissements de moins de 50 salariés sont ceux qui emploient la plus forte proportion de travailleurs de l’industrie (de l’ordre de 40 % des salariés et jusqu’à 46 % en PACA). Dans les régions les plus au nord (Île-de-France, Hauts-de-France, Grand Est, Normandie), la situation est inversée et ce sont les grands établissements qui sont les premiers pourvoyeurs d’emplois dans l’industrie. Les établissements de plus de 200 salariés y offrent des emplois à plus de 43 % des travailleurs de l’industrie manufacturière (et jusqu’à 48 % en Île-de-France, où les grands établissements sont particulièrement surreprésentés) notamment pour des raisons de spécialisation sectorielle.

Ces caractéristiques expliquent pour partie les difficultés liées aux fermetures d’usines intervenues dans les régions Hauts-de-France ou Grand Est (ex. : Arcelor-Mittal à Florange, Goodyear à Amiens). Dans ces régions, le recul d’une activité industrielle est souvent synonyme de baisse importante des effectifs voire de fermeture d‘établissements de taille importante.

Le poids de l’industrie et surtout de ses spécialisations varie également fortement d’un territoire à l’autre. Plusieurs éléments déterminent la localisation des établissements industriels : l’histoire, les facteurs de production (énergie, matière première et travail), la proximité du marché final ou la présence d’infrastructures de transport permettant de distribuer une production ou d’importer des matières premières non disponibles sur le sol national (presque tous les sites de raffinage sont situés près d’un port). Le facteur historique est l’un des plus importants dans la localisation de ces activités (ex. : Michelin à Clermont-Ferrand, Peugeot à Sochaux, Airbus à Toulouse). La disponibilité des facteurs de production est souvent la cause prépondérante : l’eau pour la chimie à Lyon, qui a démarré au XIXe siècle dans la chimie des colorants.

Cette activité, bien plus diversifiée actuellement, y forme un pôle de compétitivité rassemblant écoles et universités de pointe, centres de recherche, grands établissements de production. La sidérurgie est un autre exemple, avec le développement de hauts-fourneaux dans les lieux de production de minerai de fer et de charbon. La nécessité actuelle d’importer ces minéraux et d’exporter une partie de la production explique le maintien des sites portuaires et les difficultés que peuvent rencontrer des sites situés davantage dans l’hinterland.

De manière assez schématique, on peut classer la répartition des activités manufacturières en trois catégories suivant le degré de concentration territoriale de ces secteurs :

  • Celles dont la localisation est très concentrée et spécifique à certains sites ou espaces géographiques très restreints. C’est le cas des industries de cokéfaction et raffinage (10 000 emplois salariés) ou encore des industries chimique (144 000 emplois salariés) et pharmaceutique (77 000 emplois salariés). Ces trois industries sont très largement concentrées autour de Paris et de l’Île-de-France (le long de la vallée de la Seine, dans l’Oise et jusque dans le Loiret), autour de Lyon et le long de la vallée du Rhône en descendant jusqu’à Marseille. À titre d’illustration, 55 % des emplois de l’industrie de la cokéfaction et du raffinage sont concentrés dans les zones d’emploi de Paris, du Havre et de Lyon. Selon le même schéma, 36 % des emplois de l’industrie pharmaceutique sont concentrés dans les zones d’emploi de Paris, Lyon et Rouen et 21 % des emplois de l’industrie chimique dans les zones d’emploi de Paris, Roissy-Sud Picardie et Lyon. Ce type de concentration est également observé dans les industries de matériel de transport (355 000 emplois salariés / 3e secteur manufacturier français) et dans celles liées à la fabrication de produits informatiques, électroniques et optiques (127 000 emplois salariés). Dans ces deux derniers cas cependant, des pôles de production secondaires maillent le territoire et participent à la diffusion de ces activités sur le territoire national. Ainsi, les quinze zones d’emploi françaises qui comptent plus de 5 000 emplois dans l’industrie de matériel de transport et parmi lesquelles on retrouve les grands sites de production automobile (Poissy, Valenciennes), ferroviaire (Belfort - Montbéliard - Héricourt), aéronautique (Toulouse et Saint-Nazaire) et nautique (Saint-Nazaire) accueillent 52 % des effectifs salariés de ce secteur d’activité. Ces zones d’emploi ne sont cependant pas les seules à être fortement dépendantes de cette activité. Les industries de matériel de transport tout comme celles liées à la fabrication de produits informatiques, électroniques et optiques ont pour particularité de peser largement dans l’emploi de territoires de taille plus modeste, en particulier dans l’ouest de la France. Ainsi, la production de matériel de transport représente près de la moitié des emplois manufacturiers de la zone d’emploi de Rochefort (47 %, soit près de 1 400 emplois), d’Issoudun (48 %, soit près de 1 300 emplois) et près du tiers des zones d’emploi de Figeac (33 %, soit près de 1 300 emplois) et d’Oloron-Sainte-Marie (33 %, soit près de 1 100 emplois). Dans l’industrie de la fabrication de produits informatiques, électroniques et optiques, le même type de dépendance est observé au sein de petites zones d’emploi. Il s’agit plus particulièrement des zones d’emploi de Morteau, Saint-Gaudens ou Montluçon, où ce secteur représente près de 20 % des emplois manufacturiers locaux.
  • La deuxième catégorie regroupe des industries spécifiques à certaines régions. C’est en particulier le cas des industries agroalimentaires (566 000 emplois salariés, 1er secteur manufacturier français), du travail du bois, de l’industrie du papier et imprimerie (182 000 emplois salariés) ainsi que de la fabrication de textiles, de l’industrie de l’habillement, du cuir et de la chaussure (102 000 emplois salariés). Ces activités se situent généralement à proximité des zones de production des matières première (élevages, cultures, forêts) ou au sein d’espaces dont l’histoire économique est marquée par des spécialisations industrielles (ex : chaussures à Romans-sur-Isère).

Les industries agroalimentaires sont essentiellement présentes dans les régions de l’Ouest et occupent une place importante en Bretagne (69 000 salariés, soit 45 % des emplois manufacturiers de la région), dans les Pays de la Loire (58 000 salariés, soit 26 % des emplois manufacturiers de la région) et de manière plus diffuse dans le quart sud-ouest de la France (38 000 salariés au total dans les départements des Landes, du Gers, du Lot-et-Garonne, de la Dordogne, de la Corrèze, du Lot, du Cantal, de l’Aveyron, de la Lozère, de l’Aude et des Pyrénées-Orientales, soit 36 % des emplois manufacturiers de cet ensemble de départements). Au-delà de ces deux grands ensembles régionaux, l’agroalimentaire est également très présent en Corse, dans les certains DOM (Martinique, Guadeloupe, Guyane) et dans certains territoires spécifiques comme la Champagne, le Morvan, dans les Hautes-Alpes (zone d’emploi de Gap et Briançon) ou encore dans la Manche (zones d’emploi de Coutances, Granville, Saint-Lô et Bayeux).

 

Le secteur du bois, papier, imprimerie se retrouve dans le quart sud-ouest de la France à proximité des espaces les plus boisés du pays (forêt des Landes). En Nouvelle-Aquitaine, près de 28 000 emplois salariés dépendent de ce secteur (soit 12 % des emplois manufacturiers de la région). Les zones d’emploi de La Teste-de-Buch (2 000 salariés dans le secteur, soit 53 % des emplois manufacturiers locaux) et de Jonzac - Barbezieux-Saint-Hilaire (700 salariés dans le secteur soit 32 % des emplois manufacturiers locaux) sont parmi les plus dépendantes de cette industrie. Le Sud-Ouest n’a cependant pas le monopole de l’industrie du bois. Les Vosges tout comme les espaces situés à proximité du Perche et du Parc naturel régional Normandie-Maine sont également largement liés à ce secteur.

Les industries du textile, de l’habillement et du cuir, dont les effectifs ont beaucoup baissé depuis 1975, restent présentes dans les espaces historiquement très liés à ces activités.C’est particulièrement le cas dans le nord de la France et autour de Paris, où l’industrie textile demeure très présente. C’est aussi le cas de la vallée du Rhône, où l’industrie du cuir et de la chaussure a occupé une place importante (zones d’emploi de Lyon à Valence en passant par Romans-sur-Isère) mais également dans le Limousin et en Vendée. Ces territoires de l’Ouest bénéficient depuis quelques années d’un regain de visibilité grâce au développement du secteur du luxe (Weston et Hermès à Limoges ou à proximité, sous-traitants de l’industrie de la chaussure de luxe à Cholet, Louis Vuitton à proximité de La Roche-sur-Yon, etc.).

  • Enfin, la troisième catégorie regroupe des industries dont la répartition est assez diffuse ou relève plus d’une opposition entre les moitiés est et ouest du pays que de l’identification de sous-ensembles régionaux. C’est notamment le cas des industries lourdes liées à la métallurgie et fabrication de produits métalliques (380 000 emplois salariés, 2e secteur manufacturier français) ou encore à la fabrication de produits en caoutchouc et en plastique (262 000 emplois salariés, 4e secteur manufacturier français). Ainsi les industries liées à la métallurgie sont essentiellement situées à l’est d’une ligne allant de Dunkerque à Clermont-Ferrand et englobant l’ensemble des territoires frontaliers du nord de la France, la région Grand Est, le Jura, les territoires autour de Lyon et le nord du massif des Alpes.

À l’inverse, la fabrication de produits en caoutchouc et en plastique se situe plutôt dans le quart nord-ouest du pays (Hauts-de-France, Normandie, Île-de-France, Pays de la Loire, Centre-Val de Loire) mais également autour de Clermont-Ferrand (Michelin) et le long de la vallée du Rhône, où l’industrie pétrochimique est très présente. Ces industries lourdes ont longtemps été les moteurs de l’activité manufacturière des régions les plus au nord du pays.

À l’inverse, la fabrication de produits en caoutchouc et en plastique se situe plutôt dans le quart nord-ouest du pays (Hauts-de-France, Normandie, Île-de-France, Pays de la Loire, Centre-Val de Loire) mais également autour de Clermont-Ferrand (Michelin) et le long de la vallée du Rhône, où l’industrie pétrochimique est très présente. Ces industries lourdes ont longtemps été les moteurs de l’activité manufacturière des régions les plus au nord du pays.

Aubert F. (2016), « L’industrie rurale entre déterminants urbains et dynamiques territoriales », Insee Première n° 1637

DGE (2017), « La mondialisation a amené l’industrie française à se spécialiser sur ses points forts », Le 4 pages de la DGE, n° 76, octobre 2017

Études économiques, DGE (2017), « L’industrie manufacturière en France en 2016 »

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