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En quarante ans, une baisse spectaculaire des emplois industriels

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Le recul de l’emploi industriel en France est la combinaison de plusieurs facteurs. Ses répercussions ont cependant été plus marquées sur certains territoires.

Les régions Hauts-de-France et Grand Est ont été les plus affectées. En 1975, les entreprises industrielles employaient plus du tiers des 25-54 ans de ces régions (39,0 % dans les Hauts-de-France et 37,4 % dans la région Grand Est). Quarante ans plus tard, en 2014, le poids de l’industrie dans l’emploi régional n’était plus que de 14,9 % dans les Hauts-de-France (soit - 24,1 points, correspondant à une baisse de 280 000 emplois entre 1975 et 2014) et de 17,1 % dans la région Grand Est (soit - 20,3 points, correspondant à une baisse de 225 000 emplois entre 1975 et 2014).

Deux autres régions, moins souvent associées aux activités industrielles, ont également connu un recul très important de ce secteur : l’Île-de-France et Auvergne-Rhône-Alpes. En Île-de-France, première région économique du pays, les quarante dernières années ont été marquées par une chute vertigineuse du nombre d’emplois industriels. En 1975, ce secteur d’activité employait près d’un million de personnes dans la région capitale (970 000 actifs de 25-54 ans, soit 28,8 % des emplois de cette tranche d’âge). En 2014, les effectifs de l’industrie étaient quasiment trois fois moins élevés (345 000 actifs de 25-54 ans, soit 7,9 % des emplois de cette tranche d’âge). Par exemple, plus de 100 000 personnes travaillaient dans le secteur de la construction automobile en 1975 alors qu’ils ne sont plus que 30 000 en 2014, La construction électrique et électronique est passée de plus de 150 000 emplois à moins de 50 000. C’est dans les Hauts-de-Seine (43,5 % des emplois des 25-54 ans en 1975, 9,0 % en 2014, soit - 170 000 emplois), en Seine-Saint-Denis (36,0 % en 1975, 7,7 % en 2014, soit - 90 000) mais également à Paris (19,8 % en 1975, 4,2 % en 2014, soit - 210 000) que cette érosion des emplois industriels a été la plus importante. Dans la capitale par exemple, l’imprimerie occupait encore près de 20 000 emplois en 1975 contre moins de 1 000 à présent, l’industrie du textile et de la confection (vêtement et chaussure) représentait près de 70 000 emplois en 1975 contre dix fois moins en 2014.

Le cas de ces trois départements illustre parfaitement les impacts de la tertiarisation de l’économie sur la structure du marché de l’emploi et de l’urbanisation de la région parisienne.

Le cas de la région Auvergne-Rhône-Alpes est légèrement différent. Les pertes d’emplois industriels se sont essentiellement concentrées dans trois départements de l’ancienne région Rhône-Alpes : le Rhône (35,8 % des emplois des 25-54 ans en 1975, 13,3 % en 2014, soit - 75 000 emplois) – zone d’emploi de Lyon –, la Loire (44,1 % en 1975, 18,4 % en 2014, soit - 50 000) – zones d’emploi de Saint-Étienne et Roanne – et l’Isère (38,7 % en 1975, 16,9 % en 2014, soit - 30 000) – zone d’emploi de Grenoble. Près des trois quarts (73 %) des destructions d’emplois industriels intervenues dans la région entre 1975 et 2014 ont eu lieu dans ces trois départements (alors que leur poids relatif au sein de l’emploi régional est d’à peine 50 %).

L’ancienne région Auvergne, la Bourgogne-Franche-Comté et la Normandie, perçues comme des régions industrielles, ont également connu des baisses d’emplois industriels significatives bien que plus proches des tendances nationales. Les zones d’emploi de Clermont-Ferrand (Puy-de-Dôme), de Montluçon (Allier) ainsi que celle du Creusot-Montceau, d’Autun et du Charolais (Saône-et-Loire), de Nevers (Nièvre), de Belfort - Montbéliard – Héricourt (Doubs, Haute-Saône et Territoire de Belfort) et de Rouen, Vernon-Gisors et Évreux (Seine-Maritime et Eure) ont été les plus affectées.

Le sud de la France se démarque des autres régions françaises par la faible part des emplois industriels même dans les années 1970. En PACA (mis à part la zone d’emploi Istres-Martigues), dans l’ancienne région Languedoc-Roussillon et en Corse, ces derniers représentent généralement moins de 10 % des emplois. L’arrière-pays languedocien, encore orienté vers le textile en 1975 avec le travail des peaux à Castres-Mazamet, des gants à Millau, de la bonneterie à Ganges et des chaussures à Alès, a perdu une grande partie de cette industrie.

L’érosion de l’emploi industriel a donc affecté la quasi- totalité des territoires bien qu’elle ait été particulièrement forte dans certaines régions. Ces baisses ont eu pour conséquence de lisser les disparités régionales. L’industrie est aujourd’hui répartie de manière plus homogène en France qu’elle ne l’était dans les années 1970.

En dépit de ces évolutions, la hiérarchie entre les régions n’a pas été fondamentalement modifiée. Le nord et l’est de la France (Hauts-de-France, Grand Est, Île-de-France, Auvergne-Rhône-Alpes, Bourgogne-Franche-Comté et Normandie) demeurent les espaces qui accueillent ou concentrent le plus les emplois industriels. Leur prédominance au sein du tissu industriel français s’est cependant largement amoindrie. En 1975, ces six régions concentraient 73 % des emplois industriels français (occupés par des 25-54 ans) contre 61 % en 201413.

13. Source : Insee RP – données harmonisées 1975 à 2014

Aubert F. (2016), « L’industrie rurale entre déterminants urbains et dynamiques territoriales », Insee Première n° 1637

DGE (2017), « La mondialisation a amené l’industrie française à se spécialiser sur ses points forts », Le 4 pages de la DGE, n° 76, octobre 2017

Études économiques, DGE (2017), « L’industrie manufacturière en France en 2016 »

Jennequin H., Miotti L.E., Mouhoud E.M. (2017), « Mesurer et anticiper la vulnérabilité des territoires face aux risques de délocalisation : une analyse sur données sectorielles en France », Économie et statistique / Economics and Statistics n°   497-498

Insee Première (2016), « L’industrie manufacturière de 1970 à 2014 », n° 1592

Insee Première (2018), « L’industrie manufacturière de 2006 à 2015 : l’agroalimentaire et la construction aéronautique et spatiale résistent au repli du secteur », Insee Première, n° 1689

Mrabet H. (2015), «  La spécialisation industrielle de sept grands pays avancés : quelle évolution depuisles années 1990 ?  », Trésor-Éco n° 158

Observatoires des territoires (2016), « Emploi et territoires : rapport 2016 de l’Observatoire des territoires »

Rignols E. (2017), « L’industrie manufacturière en Europe de 1995 à 2015 », Insee Première n° 1637

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