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En France, une industrie manufacturière assez généraliste

Année de publication2021
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2018
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Pour produire des statistiques sur les activités économiques de hautes technologies, Eurostat utilise un agrégat de l'industrie manufacturière selon l'intensité technologique, basé sur la nomenclature statistique des activités économiques dans la Communauté européenne, révision 2 (NACE rév. 2). Les agrégats produits concernent les hautes technologies, les technologies moyennes à hautes, moyennes à basses, et les basses technologies. Chacune de ces catégories regroupe les activités suivantes :

  • Hautes technologies : Industrie pharmaceutique / Fabrication de produits informatiques, électroniques et optiques

 

  • Technologies moyennes à hautes : Industrie chimique / Fabrication d'équipements électriques / Fabrication de machines et équipements n.c.a. / Industrie automobile / Fabrication d'autres matériels de transport • Technologies moyennes à basses : Cokéfaction et raffinage / Fabrication de produits en caoutchouc et en plastique / Fabrication d'autres produits minéraux non métalliques / Métallurgie / Fabrication de produits métalliques à l’exclusion des machines et des équipements / Réparation et installation de machines et d'équipements

     

  • Technologies moyennes à basses : Cokéfaction et raffinage / Fabrication de produits en caoutchouc et en plastique / Fabrication d'autres produits minéraux non métalliques / Métallurgie / Fabrication de produits métalliques à l’exclusion des machines et des équipements / Réparation et installation de machines et d'équipements

     

  • Basses technologies : Industries alimentaires / Fabrication de boissons / Fabrication de produits à base de tabac / Fabrication de textiles / Industrie de l'habillement / Industrie du cuir et de la chaussure / Travail du bois et fabrication d'articles en bois et en liège, à l’exception des meubles ; fabrication d’articles en vannerie et sparterie / Industrie du papier et du carton / Imprimerie et reproduction d'enregistrements / Fabrication de meubles / Autres industries manufacturières

     

Cette nomenclature permet de catégoriser facilement les secteurs d’activité mais tend à gommer des différences parfois fortes d'intensité technologique entre entreprises d'un même secteur et ne capture qu'une partie des activités d'innovation (innovations technologiques donnant lieu à dépenses de R&D).

Le développement des secteurs innovants est l’un des principaux leviers du renouveau de l’industrie européenne. Il s’agit par ailleurs d’une des priorités d’intervention de l’UE, mais cette politique risque d’avoir des répercussions très différentes selon les États membres. L’industrie européenne est en effet loin d’être uniforme. Selon les pays et les régions, des spécialisations ressortent. De manière très schématique, les industries d’Europe de l’Ouest sont davantage tournées vers les hautes technologies quand celles d’Europe de l’Est et du Sud sont plutôt orientées vers les basses technologies. À l’intérieur des États, des différences notables apparaissent également. Les régions capitales concentrent une part d’emplois dépendant des hautes technologies plus importante que le reste de leur territoire.

Industries globalement orientées vers les hautes et moyennes technologies

L’Allemagne mais également le Danemark et la Hongrie se distinguent par une industrie manufacturière globalement orientée vers les hautes et moyennes technologies. En Allemagne, cette surreprésentation est liée au secteur automobile (Volkswagen, Daimler), à la chimie/pharmaceutique (BASF, Bayer) ou encore à la présence d’entreprises comme Siemens, positionnées sur des marchés à forte valeur ajoutée. Les régions du sud de l’Allemagne et la région de Berlin sont celles qui accueillent la plus forte proportion d’emplois manufacturiers de haut niveau technologique.

Profils industriels mixtes alliant hautes technologies et industries moins valorisées

La France, le Royaume-Uni, l’Autriche, la Slovénie et la Finlande ont des profils industriels plus mixtes (hautes et « moyennes-basses » technologies s’y côtoient). La France se caractérise par un profil assez généraliste (chimie/pharmaceutique [Sanofi], agroalimentaire [Danone], automobile [PSA, Renault], etc.). Cette orientation technologique s’explique en partie par les évolutions des vingt-cinq dernières années : « En raison du recul de l'automobile, et dans une moindre mesure, des produits électriques et optiques, la production industrielle française s'est concentrée d'une part sur des secteurs de faibles ou moyennement faibles technologies, tels que l'agroalimentaire et les produits métallurgiques, et d'autre part sur des secteurs de hautes ou moyennement hautes technologies (aéronautique et machines-outils par exemple) »8. Cette double orientation est visible territorialement. Si l’on exclut la région parisienne, on observe un gradient est-ouest assez marqué. Dans les régions de l’Est (de l’ancienne région Alsace à PACA), les emplois manufacturiers de hautes technologies sont nettement surreprésentés. À l’inverse, dans les régions de l’Ouest (de l’ancienne région Basse-Normandie à la Nouvelle-Aquitaine), les emplois dits de basses technologies représentent près de la moitié de l’activité manufacturière malgré la présence de sites aéronautiques à Saint-Nazaire, Bordeaux et Toulouse.

L’Irlande, la Belgique et Malte ont également des profils assez mixtes mais avec des différences de niveaux technologiques entre industries encore plus marquées. Au sein de ces pays, l’Irlande a un profil atypique. Il s’agit en effet du pays européen où les hautes technologies sont les plus surreprésentées (26,4 % des emplois manufacturiers en 2016 contre 6,9 % en moyenne à l’échelle de l’UE28). Cette situation est liée au développement de l’industrie pharmaceutique et à l’installation d’usines de production de médicaments. Les basses technologies sont toutefois également très présentes en Irlande.

 

Profil industriel « moyen »

Certains pays d’Europe centrale comme la République tchèque et la Slovaquie, situées dans l’orbite de l’économie allemande, ont une industrie dynamique et davantage tournée vers la production de biens manufacturés au profil technologique « moyen ». En République tchèque, c’est par exemple le secteur automobile qui domine l’industrie (Skoda)9. Cette région d’Europe bénéficie également de la sous-traitance de grands groupes installés en Allemagne ou en France.

 

Industries globalement orientées vers les basses technologies

Dans le reste de l’Europe, notamment dans les pays les plus au sud (Italie, Espagne, Portugal), ce sont les industries de faible niveau technologique qui dominent la production. Ces caractéristiques se sont affirmées au cours des années 2000. L’Espagne s’est ainsi spécialisée dans les activités liées à l’agroalimentaire, à la production de produits plastiques et d’ouvrages en métaux. De son côté, l’Italie a également renforcé son industrie lourde (ouvrages en métaux) mais également l’industrie du cuir et de la chaussure, l’industrie textile ainsi que la fabrication de meubles8.

En France, le secteur industriel emploie en 2014 3,3 millions de personnes et concentre près de 12,5 % des emplois français10. Il est le 4e pourvoyeur d’emplois du pays11 (après l’emploi public, le tertiaire « résidentiel » et le tertiaire « productif »). Sa place dans l’économie française a cependant beaucoup évolué au cours des quarante dernières années. En 1975, l’industrie employait quelque 6 millions de personnes (soit près de 2 fois plus qu’aujourd’hui) et était le premier pourvoyeur d’emplois du pays. L’industrie a connu une baisse importante et constante de ses effectifs depuis 1975. Pour comprendre ce phénomène, il est nécessaire de l’analyser en tenant compte des grandes transformations de l’économie française. Les pertes d’emplois industriels sont souvent associées aux délocalisations vers des pays à plus faible coût de main-d’œuvre. Mais cette dynamique est loin d’expliquer à elle seule la chute des emplois industriels. Celle-ci est également largement liée à l’augmentation de la productivité. Pour produire un même bien, moins de personnes qu’en 1975 sont aujourd’hui nécessaires. À ces gains de productivité s’ajoute un autre phénomène : celui de la tertiarisation de l’économie. Alors qu’en 1975, la majeure partie des fonctions supports de l’activité industrielle étaient internalisées (ex. : R&D, logistique, etc.), celles-ci sont aujourd’hui souvent externalisées et relèvent de la catégorie des services dits « productifs ». Selon les travaux réalisés dans le cadre du rapport 2016 de l’Observatoire des territoires12, le recul des emplois dans l’industrie s’est accompagné d’une augmentation des emplois tertiaires et notamment du tertiaire « productif ». La diminution des emplois industriels ne correspond donc pas à une perte sèche. Une partie de ces emplois ont été transférés vers un autre secteur d’activité.

8. Mrabet H. (2015), « La spécialisation industrielle de sept grands pays avancés : quelle évolution depuis les années 1990 ? », Trésor-Éco n° 158
9. Chambre de commerce franco-tchèque, consulté le 23 mai 2018 http://www.news.ccft-fcok.cz/lindustrie-tchequeune-exception-en-europe, http://www.news.ccft-fcok.cz/industrie-automobile-republique-tcheque, http://www.news.ccft-fcok.cz/nouvelle-production-automobile-record-en-tchequie
10. Source : Insee, RP 2014 – industrie y compris extraction, industrie manufacturière, production et distribution d'électricité, de gaz, d’eau ou encore gestion des déchets.
11. Source : Insee, RP 1975-2012, traitements de V. Hecquet (INSEE) et Bureau de l’Observation des territoires (CGET), travaux réalisés dans le cadre de la publication « Emploi et territoires : rapport 2016 de l’Observatoire des territoires ». Le tertiaire « résidentiel » est constitué des activités de commerce et de service principalement à destination des ménages, le tertiaire « productif » étant lui principalement à destination des entreprises.
12. Observatoire des territoires (2016), « Emploi et territoires : rapport 2016 de l’Observatoire des territoires »

Aubert F. (2016), « L’industrie rurale entre déterminants urbains et dynamiques territoriales », Insee Première n° 1637

DGE (2017), « La mondialisation a amené l’industrie française à se spécialiser sur ses points forts », Le 4 pages de la DGE, n° 76, octobre 2017

Études économiques, DGE (2017), « L’industrie manufacturière en France en 2016 »

Jennequin H., Miotti L.E., Mouhoud E.M. (2017), « Mesurer et anticiper la vulnérabilité des territoires face aux risques de délocalisation : une analyse sur données sectorielles en France », Économie et statistique / Economics and Statistics n°   497-498

Insee Première (2016), « L’industrie manufacturière de 1970 à 2014 », n° 1592

Insee Première (2018), « L’industrie manufacturière de 2006 à 2015 : l’agroalimentaire et la construction aéronautique et spatiale résistent au repli du secteur », Insee Première, n° 1689

Mrabet H. (2015), «  La spécialisation industrielle de sept grands pays avancés : quelle évolution depuisles années 1990 ?  », Trésor-Éco n° 158

Observatoires des territoires (2016), « Emploi et territoires : rapport 2016 de l’Observatoire des territoires »

Rignols E. (2017), « L’industrie manufacturière en Europe de 1995 à 2015 », Insee Première n° 1637

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