Une population proportionnellement plus âgée dans les espaces ruraux et sur les littoraux

Comme les autres pays d’Europe, la France est, depuis longtemps déjà, confrontée à un phénomène de vieillissement, malgré une fécondité plutôt élevée. La part des personnes de 65 ans ou plus dans l’ensemble de la population a augmenté de 4 points de pourcentage depuis 1990, passant de 13,9 % à 17,9 % en 20133. En effet, le nombre de personnes de 65 ans et plus a progressé de 1,9 % par an entre 2008 et 2013, quand la population totale augmentait de 0,5 % par an. Ce rythme de croissance de la population âgée est un peu supérieur à celui du début de la décennie 2000 (+ 1,2 % par an), du fait des classes creuses de la Seconde Guerre mondiale, et équivalent à celui des années 1990 (+ 1,8 % par an entre 1990 et 1999).

Toutefois, ce vieillissement ne revêt pas la même forme selon les territoires. S’il est particulièrement prononcé dans les espaces peu denses et sur certains littoraux, les causes en sont différentes : les premiers sont plutôt confrontés à un vieillissement de la population résidente associé à un exode des jeunes quand les derniers sont attractifs pour la population retraitée. Les migrations internes à la France jouent en effet un rôle clef dans le processus de vieillissement de certains territoires.

MÉTHODOLOGIE

Vieillissement et gérontocroissance, deux mesures complémentaires


Le vieillissement est une notion relative liée à des effets démographiques affectant l’ensemble des classes d’âge : il met en évidence l’évolution du poids relatif des personnes âgées par rapport aux autres groupes. Un espace peut ainsi être vieillissant même sans augmentation du nombre de personnes âgées si les jeunes en partent. Il importe donc de bien différencier la notion de vieillissement de l’évolution du nombre de personnes âgées (appelée gérontocroissance), qui est une mesure absolue, utile pour pouvoir apprécier l’augmentation des besoins de cette population sur un territoire.



C’est dans les espaces ruraux, ici définis comme l’ensemble des communes isolées situées en dehors de l’influence des pôles urbains (catégorie du zonage en aires urbaines4), que la part des personnes de 65 ans et plus est la plus élevée (26 % en 2013). En évolution, c’est toutefois dans les pôles urbains de taille petite et moyenne5 que la part de personnes âgées
a le plus augmenté au cours des dernières années (de 16,5 % en 1990 à 23,7 % en 2013 dans les pôles moyens). Il en est de même pour les communes littorales6 : la part de personnes âgées y a nettement crû entre 1990 et 2013, notamment en PACA, dans le Languedoc, et sur l’ensemble du littoral atlantique (25 % de 65 ans et plus dans les communes du littoral breton). Ainsi, ce ne sont donc pas toujours les espaces les plus « vieux » qui vieillissent le plus.

Une population qui reste jeune dans le Nord, un vieillissement qui s'accélère sur les littoraux

Pour comprendre les différentes situations territoriales, il importe de compléter la lecture de la part de personnes âgées selon les différents espaces par des indicateurs d’évolution, c’est-à-dire par la croissance du nombre de personnes âgées. La combinaison de ces deux indicateurs permet en effet de voir si le phénomène de vieillissement se renforce dans certains espaces, ou bien si les dynamiques actuelles contribuent à une homogénéisation de la part de personnes âgées dans les territoires.

Parmi les espaces plutôt jeunes, c’est-à-dire affichant une part assez réduite de personnes de 65 ans et plus dans leur population, on distingue deux situations différentes.

 

Dans le Nord, la jeunesse de la population se maintient grâce à un double effet démographique

Dans certains espaces, la faible part de personnes de 65 ans et plus se combine avec une faible augmentation de leur nombre : la relative jeunesse de la population a donc tendance à se maintenir. Ces intercommunalités se situent en grande majorité dans les Hauts-de-France (autour de Lens, de Cambrai et dans l’Artois). Quelques EPCI situés dans d’autres régions, de façon éparse, appartiennent également à cette catégorie : au nord de la Beauce, à l’est de Dijon, autour de Toul et de Nancy, etc. Ces espaces sont marqués par deux caractéristiques démographiques :

  • une part élevée de jeunes : 26,6 % de la population a moins de 20 ans, contre 24,6 % en moyenne nationale. Dans ces intercommunalités, le taux de natalité est aussi plus élevé (13,7 ‰ contre 12,7 ‰ en moyenne entre 2008 et 2013) ;
  • un solde migratoire négatif (surtout dans les intercommunalités des Hauts-de-France) : le taux annuel de migration nette interne7 y est de - 2,8 ‰. S’il est très fortement négatif pour les jeunes étudiants (- 19,9 ‰), il est positif pour les jeunes actifs (3,7 ‰ pour les personnes de 25 à 34 ans), et toujours négatif pour les classes d’âges supérieures : très peu de personnes âgées déménagent vers ces espaces. Ainsi, le nombre de personnes de65 ans et plus n’y a augmenté en moyenne que de 0,9 % par an entre 2008 et 2013, contre 1,9 % sur l’ensemble du territoire français.

 

La population âgée s’accroît fortement dans le périurbain « ancien », dans certaines métropoles et dans les espaces frontaliers de l’Est

D’autres espaces présentent une part également faible de personnes âgées. À la différence des espaces mentionnés ci-avant, la population des 65 ans et plus a tendance à y croître fortement. Parmi les espaces classés dans cette catégorie se trouvent certaines métropoles ou grandes villes (Paris, Nantes, Rennes, Montpellier, Orléans, etc.), et surtout les couronnes
périurbaines des grandes agglomérations du pays (Île-de-France, régions lyonnaise et nantaise, etc.). Les espaces frontaliers d’Alsace, du Jura et du Genevois font aussi partie de cet ensemble. Dans cette catégorie d’espaces, le taux de natalité est souvent élevé (14,4 ‰) et la population relativement jeune (46,4 % de la population a moins de 35 ans en 2013 contre 42,7 % en France), sauf dans les régions Grand-Est et Auvergne-Rhône-Alpes. Le solde migratoire est généralement positif (excepté pour Paris et une grande partie de sa proche banlieue), et cela notamment pour les jeunes : les 20-24 ans sont attirés par les villes universitaires, les jeunes ménages par les communes périurbaines. Toutefois, la population âgée y augmente aussi fortement (2,5 % de croissance annuelle moyenne des habitants de 65 ans et plus entre 2008 et 2013) : les jeunes ménages installés lors de la première vague de périurbanisation arrivent désormais au seuil de la vieillesse. Pourtant, les personnes âgées sont également nombreuses à quitter ces espaces (le taux annuel de migration nette est de - 10,4 ‰ entre 55 et 60 ans) mais ce mouvement migratoire ne parvient pas à contrebalancer l’effet de génération : le nombre de personnes de 65 ans et plus augmente donc fortement.

Les départements d’outre-mer font également partie de cette catégorie, mais s’ils connaissent pour certains une forte augmentation de leur population âgée, leur profil démographique est assez distinct des autres espaces (voir encadré). Ainsi, les espaces caractérisés par la jeunesse de leur population suivent des dynamiques démographiques
qui peuvent être très différentes. Il en va de même pour les espaces où la population âgée
est proportionnellement importante : dans certains cas elle augmente peu, alors que dans d’autres le vieillissement a tendance à s’accentuer.

 

Les territoires les plus ruraux et les massifs montagneux ont une part stable de population âgée

Dans certaines intercommunalités, plus du quart de la population est âgé de 65 ans ou plus mais le nombre de personnes âgées augmente peu. C’est le cas des espaces peu denses situés dans le centre de la France, dans le centre de la Bretagne, en Champagne et dans les zones montagneuses du sud du pays. La plupart de ces territoires sont globalement en déclin démographique (la population y a diminué de 1,8 % entre 2008 et 2013), du fait d’un solde naturel négatif : on y compte en effet en moyenne 140 décès pour 100 naissances, ce nombre montant jusqu’à 222 en Creuse, par exemple. En revanche, les intercommunalités de ces territoires bénéficient d’un solde migratoire excédentaire, essentiellement pour les personnes âgées (55 à 64 ans), à la faveur, en particulier, d’un phénomène de « retour au pays ». En effet, 20 % des personnes de 60 à 64 ans qui changent de département pour emménager dans une de ces intercommunalités reviennent en fait dans leur département de naissance, contre 17 % dans l’ensemble du pays. Ces arrivées compensent tout juste le nombre de décès : aussi, le nombre de personnes âgées est pour l’heure stable.

La tranche d’âge la plus nombreuse dans ces espaces est actuellement celle des 60 à 64 ans (348 000 personnes), alors que les tranches d’âges suivantes ne sont pas aussi fournies (325 000 pour les 55-59 ans). Les générations à passer le cap des 65 ans seront donc de moins en moins nombreuses et les migrations n’arriveront probablement pas à contrebalancer cette diminution. On assistera alors à une décroissance de la population âgée dans ces territoires, dans un contexte de baisse générale de leur population : ce phénomène pourra alors entraîner une baisse de l’indice de vieillissement8, par décrue plus rapide du nombre de personnes âgées que de jeunes de moins de 20 ans, si le taux de migrations de ces derniers ne continue pas de se détériorer.

 

Le vieillissement du littoral et de l’arrière-pays provençal s’accélère

À l’inverse des espaces précédents, où le vieillissement est relativement stabilisé, dans d’autres la part déjà élevée de population âgée (un quart de l’ensemble) se renforce encore fortement. Il s’agit principalement des intercommunalités situées sur les littoraux atlantique, languedocien et de la Côte d’Azur et aussi dans l’arrière-pays provençal. Dans ces espaces, le nombre des personnes de 65 ans et plus a augmenté de 2,7 % par an en moyenne entre 2008 et 2013. Le solde migratoire global est positif, principalement sous l’effet de l’arrivée de personnes à l’approche de la retraite : si le taux de migration nette annuel n’est que de 5,5 ‰ pour l’ensemble de la population, il est de 15 ‰ pour les 55-59 ans et même de 23,8 ‰ pour les 60-64 ans. Ainsi, 24 % des 60-64 ans ont emménagé dans ces territoires depuis moins de cinq ans, contre 14 % en France. Il ne s’agit cette fois que rarement de « retours au pays » (seuls 8 % des 60-64 ans qui s’installent dans ces intercommunalités, en provenance d’un autre département, reviennent dans leur département de naissance). Cet afflux de personnes âgées, couplé à un départ des jeunes (le taux annuel de migration nette des 20-25 ans est de -19,8 ‰ en 2013), dans un contexte de solde naturel équilibré, explique le fort vieillissement de ces territoires.

3. Les données de cette partie proviennent du recensement de la population de l’Insee. Cette source, qui permet une analyse fine, n’était disponible que pour le millésime 2013 à la date de rédaction de cette fiche.
4 et 5. Voir la définition du zonage en aires urbaines à la fin du document.
6. Hormis les communes littorales incluses dans une métropole comme Marseille ou Nice. Ces communes ont alors le profil moyen des métropoles, leur situation en littoral étant secondaire.
7. Le taux annuel de migration nette interne est le rapport entre le solde migratoire (différence entre les entrées et les sorties) et la population moyenne d'une zone considérée. Ne sont pris en compte que les mouvements à l’intérieur de la France. Ici, il s’agit d’un taux annuel « dit 2013 », année médiane de la période 2011-2015 que couvre le RP 2013.
8. L’indice de vieillissement est le rapport du nombre de 65 ans et plus sur les moins de 20 ans.

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