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Dans une Europe de plus en plus âgée, la France limite son vieillissement

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Une population plus âgée dans les pays du sud de l’Europe et en Allemagne

Le vieillissement, phénomène mondial, est installé en Europe depuis longtemps et fait de la population de notre continent l’une des plus âgées de la planète. En 2016, plus de 19,2 % des Européens (UE28) étaient âgés de 65 ans ou plus. Tous les pays n’y sont pas confrontés de la même manière. La part des 65 ans ou plus est ainsi particulièrement élevée dans certains pays du Sud comme l’Italie (22 %), la Grèce (21,3 %) et le Portugal (20,7 %) mais aussi en Allemagne (21,1 %). Dans ces pays, le vieillissement soulève d’importants enjeux économiques (renouvellement de la main-d’œuvre) ou sociaux (augmentation de la part de la population dépendante).

À l’inverse, certains pays se distinguent par leur relative jeunesse. C’est le cas, en premier lieu, de l’Irlande, qui compte seulement 13,2 % de personnes âgées. La plupart des pays d’Europe de l’Est, mis à part la Bulgarie et la Croatie, sont également dans cette situation : ainsi, en Slovaquie, en Pologne et en Roumanie, la part des personnes de 65 ans ou plus est respectivement de 14,4 %, 16 % et 17,4 %.
Enfin, les pays scandinaves et baltes ainsi que la France (18,8 %) ont un profil proche de la moyenne européenne.
Les Français se classent ainsi au 14e rang (sur 28) des populations européennes les plus âgées. Les enjeux liés au vieillissement se posent donc très différemment selon les pays européens et apparaissent en France relativement moins prégnants que chez certains de nos voisins.

Depuis les années 1990, une géographie européenne du vieillissement qui se recompose

Un vieillissement à l’origine plus marqué en Europe du nord

Cette hiérarchie entre pays européens a beaucoup évolué au cours des dernières décennies. Au début des années 1990, la part des personnes âgées était de 13,7 % dans les 28 pays de l’Union européenne actuelle, soit 5,5 points de moins qu’en 2016. Les contrastes étaient alors plus marqués d’un pays à l’autre, et la hiérarchie entre les pays différente.

Les pays du nord de l’Europe (Suède, Danemark, Royaume-Uni) avaient à cette date la population la plus âgée (respectivement 17,8 %, 15,8 % et 15,7 %).
En Allemagne, en Autriche, en Belgique et en Italie, la part de personnes âgées, autour de 15 %, était légèrement supérieure à la moyenne européenne.
Quant aux pays d’Europe de l’Est, ils ne comptaient bien souvent qu’une personne sur dix âgée de 65 ans ou plus.

Un vieillissement qui touche davantage les pays les plus jeunes et qui se déplace vers l’Europe du Sud

Entre 1990 et 2016, le vieillissement de la population a touché plus fortement les pays les plus jeunes en début de période.

Les pays de l’Est ont ainsi vu leur part de personnes âgées s’accroître de 7 à 8 points de pourcentage. Malgré cela, ces pays restent parmi les plus jeunes, au sein d’un continent qui a beaucoup vieilli.
Les pays les plus âgés en 1990 ont eu une évolution plus mesurée. La part des personnes de 65 ans et plus n’a ainsi progressé que de 2 points en Suède et au Royaume-Uni et ces pays, qui étaient les deux plus vieux des 28 en 1990, se retrouvent respectivement aux 7e et 22e rangs en 2016. Il en est de même pour le Danemark et l’Autriche qui sont passés des
3e et 4e places aux 13e et 16e rangs.
À l’inverse, les pays du sud de l’Europe (Italie, Grèce et Portugal) sont désormais les plus vieux d’Europe, alors qu’ils n’étaient respectivement que 7e, 9e et 14e en 1990.

 

Moins de naissances et moins de décès, les deux causes du vieillissement

Le vieillissement de la population est le reflet de l’histoire démographique de chaque pays. Il découle principalement de deux causes : d’une part, l’allongement de la durée de vie, qui augmente le nombre des personnes âgées, et, d’autre part, la faible natalité dans la période récente, qui a fait diminuer la part des jeunes. Ces deux causes se cumulent souvent dans les pays européens mais leur évolution dans le temps diffère selon les pays.
D’autres causes plus ponctuelles comme les migrations internationales peuvent également jouer un rôle, en atténuant ou en renforçant le vieillissement des populations. Cependant, sauf exception (cas de l’Irlande), ces migrations influent assez peu sur le profil démographique des pays concernés.

L’allongement de la durée de la vie a été général dans l’Europe à 28 au cours des dernières décennies. L’espérance de vie a en effet beaucoup progressé depuis le début du XIXe siècle, en particulier en Europe de l’Ouest. C’est surtout la baisse de la mortalité aux premiers âges de la vie qui a permis cette amélioration jusqu’en 1960. Depuis, cette augmentation a surtout découlé des progrès de la médecine appliqués aux plus âgés, ce qui explique leur plus grand nombre. La situation des pays de l’ouest de l’Europe est assez homogène : en 2015, l’espérance de vie à 65 ans (hommes et femmes confondus) était comprise entre 19,5 ans en Allemagne et 21,6 ans en France.

L’Europe de l’Est est, quant à elle, longtemps restée en retard sur ce mouvement d’allongement de la durée de vie.

Jusqu’au milieu des années 1990, il n’y a pas eu de gain d’espérance de vie après 65 ans. La situation s’est ensuite améliorée, sans rattraper celle des pays de l’Ouest. En 2015, l’espérance de vie à 65 ans y est comprise entre 16 ans (Bulgarie) et 18,6 ans (Estonie).
La convergence est à l’œuvre : entre 2005 et 2015, l’augmentation de l’espérance de vie à 65 ans dans les pays d’Europe de l’Est est du même ordre de grandeur que dans les autres pays européens : entre 1 et 2,5 ans.

Parallèlement à l’allongement de la durée de vie, la baisse de la natalité à l’échelle de l’Union européenne a réduit le nombre de jeunes, ce qui a donc entraîné une augmentation de la part des autres âges dans la population. C’est une déformation par le bas de la pyramide des âges. À partir des années 1960, tous les pays ont connu successivement une baisse de la fécondité, liée en grande partie au recul de l’âge moyen de la première grossesse. Derrière cette tendance de fond, plusieurs groupes de pays se distinguent au sein de l’Union européenne.

  • À l’instar de celle du Portugal, la fécondité des pays du sud de l’Europe (Italie, Espagne, Chypre, Grèce et Malte) a baissé assez tardivement. Elle n’a franchi le seuil de 2 enfants par femme qu’au début des années 1980, et s’est ensuite stabilisée à un niveau très faible, aux alentours de 1,2 à 1,4. La part des moins de 15 ans, qui était souvent importante dans ces pays, a donc fortement baissé. Au Portugal par exemple, elle est passée de 20,8 % de la population en 1990 à 14,1 % en 2016. La part des personnes âgées a suivi le chemin inverse.Ces pays, qui étaient moins vieux que les pays du nord et du centre de l’Europe en 1990, font désormais face à un vieillissement accéléré et se retrouvent parmi les plus vieux d’Europe.

 

  • Les pays d’Europe centrale et de l’Est, comme la Pologne, s’acheminent également vers cette situation avec quinze ans de retard mais en conservant une certaine différence due à la relative faiblesse de l’espérance de vie. En effet, ces pays qui affichaient une fécondité favorable jusqu’au début des années 1990 ont vu leur taux de natalité chuter depuis à des niveaux équivalents à ceux des pays d’Europe du Sud.La part des jeunes de moins de 15 ans a ainsi vivement reculé. En Pologne, elle est passée de 25,3 % à 15 % de la population entre 1990 et 2016. Dans le même temps, l’espérance de vie à 65 ans y reste faible, à 15,4 ans contre 17,9 ans dans l’Union européenne.Ainsi la part des personnes de 65 ans et plus augmente donc fortement mais reste pour l’instant à un niveau plutôt en retrait des autres pays de l’UE.
  • Les pays d’Europe du Nord, comme le Danemark, ont été les premiers pays, au début des années 1970, à avoir un indicateur conjoncturel de fécondité inférieur à 2. Faible jusqu’au milieu des années 1980, celui-ci est ensuite remonté grâce à la mise en place de politiques familiales, et il s’approche désormais du seuil de renouvellement des générations, le dépassant même parfois (Suède).Ces pays présentent donc entre 1990 et 2015 des taux de fécondité faible mais en hausse tendancielle. La part des moins de 15 ans y a même augmenté jusqu’en 2004, et on a assisté à un rajeunissement de la population. Depuis lors, le taux de fécondité est stable, et la part des moins de 15 ans en faible baisse : la population vieillit donc au rythme de l’allongement de la vie.
  • L’Irlande présente un profil particulier. Elle a longtemps gardé une natalité très favorable, avec un indicateur de fécondité qui n’est passé sous les 3 enfants en moyenne par femme qu’en 1982, et s’est stabilisé depuis 1990 aux alentours de 2. La part des moins de 15 ans dans la population a fléchi jusqu’en 2000 mais se maintient depuis à un niveau assez élevé pour l’Europe. Par ailleurs, l’immigration dans ce pays a été importante : en 2011, près d’un quart des 25-44 ans n’avaient pas la nationalité irlandaise. Ces deux raisons expliquent la stabilité, entre 1990 et 2010, de la part des 65 ans et plus, à un niveau assez faible pour un pays développé. Depuis lors, le taux d’immigration net est très faible ; la population bénéficie donc moins d’un afflux de jeunes actifs ; et la part des personnes âgées augmente.
  • De son côté, la France a l’espérance de vie à 65 ans la plus élevée d’Europe (21,6 ans). Mais son vieillissement est limité par une fécondité assez favorable.

 

AU SEIN DE CHAQUE PAYS, DES CONTRASTES EN BAISSE ET DES RÉGIONS CAPITALES PLUS JEUNES

Depuis les années 1990, les contrastes de vieillesse entre les différentes régions de chaque pays ont également eu tendance à s’estomper, du fait d’un vieillissement plus prononcé des régions les plus jeunes, mais également d’autres mécanismes tels que les, migrations internes. L’Allemagne a connu une évolution particulière : les lands de l’Est, ceux de l’ex-RDA, étaient les plus jeunes en 1990 ; ils sont maintenant les plus vieux. En effet, ces régions sont passées rapidement d’un profil démographique d’Europe de l’Est (natalité favorable, faible espérance de vie) à une situation similaire au reste de l’Allemagne. Elles doivent de surcroît faire face à une forte émigration de leurs jeunes vers les autres régions allemandes.

Par ailleurs, les régions capitales ont toujours un profil plus jeune que le reste de chaque pays. Deux pays font toutefois exception à ce constat : la République tchèque et la Pologne, où la part de personnes de 65 ans ou plus est à peu près équivalente aux moyennes,nationales dans les régions capitales, celles-ci ayant moins vieilli que le reste de leur pays.

À l’horizon 2050, un vieillissement et des contrastes entre pays européens qui devraient continuer de s’accentuer

Selon les projections de population calculées par Eurostat, le vieillissement devrait se poursuivre en Europe : la part des personnes de 65 ans et plus serait de 28,5 % en 2050, suivant le scénario central2, soit une augmentation de près de 10 points de pourcentage.

Dans ce scénario, les pays du Sud feraient face à un fort vieillissement, malgré une situation déjà défavorable en 2015. Au Portugal, en Espagne, en Italie et en Grèce, plus du tiers de la population aurait 65 ans et plus, soit une augmentation de près de 11 points de pourcentage par rapport à 2015. Ce vieillissement prononcé serait lié à une fécondité qui se maintiendrait à un niveau très faible, entraînant une baisse de la population par absence de renouvellement des jeunes générations.

Dans les pays de l’Est aussi, la part des personnes âgées augmenterait fortement (près de 14 points par rapport à 2015), sans toutefois atteindre les niveaux des pays du Sud. Entre 27,8 % (Estonie) et 32,5 % (Bulgarie) de la population serait âgée de 65 ans et plus, et l’espérance de vie, en augmentation, convergerait vers celle des pays d’Europe occidentale. Les prévisions tablent sur une augmentation de la fécondité du fait de l’arrêt de l’augmentation de l’âge de procréation, sans qu’elle n’atteigne pour autant le seuil de renouvellement : la population de certains de ces pays aurait donc tendance à baisser.

Les pays de l’ouest et du centre de l’Europe tels que l’Allemagne ou l’Autriche ne seraient alors plus les plus vieux. En effet, le vieillissement y serait davantage limité : la part des personnes de 65 ans ou plus augmenterait de 8 points de pourcentage pour atteindre le taux de 26 % environ. Dans les pays du Nord, l’augmentation de la part de personnes âgées serait encore plus réduite : 6 points en Finlande ou au Danemark, et seulement 3 points en Suède, du fait d’une fécondité assez favorable avec près de 2 enfants par femme en moyenne.

1. L'indicateur conjoncturel de fécondité mesure le nombre d'enfants qu'aurait une femme tout au long de sa vie, si les taux de fécondité observés l'année considérée à chaque âge demeuraient inchangés.
2. Eurostat a publié en février 2017 des prévisions portant sur la période 2015-2081 pour tous les pays européens avec une méthodologie harmonisée. Le scénario central prévoit une faible remontée des indicateurs conjoncturels de fécondité, 1,74 en moyenne en Europe pour 2050, une convergence en Europe de l’espérance de vie à un haut niveau, 82,8 ans pour les hommes et 87,6 pour les femmes, et à une stabilité des migrations. Voir : ec.europa.eu/eurostat/cache/metadata/fr/proj_esms.htm

 

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