Le travail transfrontalier a donc un impact local bien différent selon les frontières. De fait, le profil des travailleurs transfrontaliers varie sensiblement, la frontière opérant comme un filtre selon les types d’emplois disponibles et les niveaux de qualification requis « de l’autre côté ».

 

Des transfrontaliers plus jeunes que les autres travailleurs, sauf vers l’Allemagne

Les travailleurs au départ de la France à destination de l’Allemagne et de la Belgique se distinguent assez fortement de l’ensemble des actifs français, mais aussi des autres transfrontaliers. Leurs profils sont marqués par une très forte présence masculine. Même s’il s’agit d’un trait caractéristique de l’ensemble des travailleurs transfrontaliers français, celui-ci est davantage prononcé pour ces deux pays : les hommes constituent jusqu’à 68 % du contingent à destination de la Belgique et 65 % à destination de l’Allemagne, alors que la parité est quasiment respectée dans la population active frontalière restant travailler en France (52 % d’hommes). Cependant, les transfrontaliers à destination de l’Allemagne sont nettement plus âgés que leurs homologues à destination de la Belgique. Cette différence est à mettre en relation avec la baisse du flux de travailleurs observée vers l’Allemagne depuis l’an 2000, le vieillissement des transfrontaliers étant symptomatique de leur non-renouvellement. En effet, 70 % d’entre eux ont plus de 30 ans, contre moins de 50 % vers les autres destinations. Plus éloquent encore, 35 % ont plus de 50 ans, contre de 15 à 23 % vers les autres destinations.

À l’inverse, les quatre autres destinations (Belgique, Luxembourg, Suisse et Monaco) accueillent des travailleurs dont le profil est relativement plus jeune que la moyenne des actifs frontaliers occupés16. C’est plus particulièrement vrai pour la tranche des 25-29 ans, qui est systématiquement supérieure de 4 à 9 points au sein des transfrontaliers à destination de ces pays, par rapport à la moyenne des frontaliers français. Par exemple, à destination du Luxembourg, les transfrontaliers de plus de 50 ans ne sont que 15 %, contre 27 % dans l’ensemble de la population frontalière française. Le travail transfrontalier vers ces destinations offre donc de nombreuses opportunités d’emplois dont bénéficient en premier lieu les nouveaux entrants sur le marché du travail.

 

Davantage d’ouvriers vers l’Allemagne et la Belgique, plus de cadres vers la Suisse et Monaco

La relative jeunesse des actifs transfrontaliers (hormis le cas de l’Allemagne) et leur sexe sont les seuls traits communs qu’ils partagent. Leur profil (catégories socioprofessionnelles) est en effet très différent d’un pays de destination à l’autre, et par rapport au profil moyen de l’ensemble des actifs frontaliers français.

Les profils socioéconomiques des actifs transfrontaliers allant vers l’Allemagne et la Belgique se ressemblent : les ouvriers prédominent (respectivement 49 % et 53 % des actifs), et beaucoup travaillent dans le secteur industriel (46 % et 37 % des actifs). Ils sont encore surreprésentés vers la Suisse et le Luxembourg à hauteur de 7 points de plus par rapport au profil moyen des frontaliers français. Les pays voisins de la France tirent ainsi bénéfice de la main-d’œuvre qualifiée libérée par le secteur industriel dont le poids continue à reculer côté français.

À l’inverse, la Suisse et Monaco se distinguent des autres pays par leur attractivité pour les cadres : ceux-ci représentent 20 % des travailleurs transfrontaliers à destination de ces pays, contre 15 % dans l’ensemble de la population française. À Monaco, plus de 8 transfrontaliers sur 10 travaillent dans le secteur tertiaire. Dans le cas suisse, où les ouvriers sont également très fortement représentés (30 % contre 23 % en moyenne nationale), les secteurs d’activité sont plus diversifiés : cela s’explique par les diverses opportunités qui s’offrent, tant pour des cadres que des ouvriers, tout le long de la frontière de Genève à Bâle en passant par l’Arc jurassien, aussi bien dans le secteur tertiaire que dans l’industrie. À une échelle plus locale, l’observation des flux à destination de Genève montre un profil plus nette ment métropolitain avec une proportion de cadres (25 % des actifs17), nettement supérieure à celle des flux se dirigeant vers Monaco ou le Luxembourg.

Quant aux travailleurs transfrontaliers à destination du Luxembourg, ils ont le profil le plus semblable à l’ensemble des actifs travaillant en France, avec une certaine surreprésentation des ouvriers toutefois. Il en va de même pour les secteurs d’activité dans lesquels ils travaillent.

16. Relativement « jeunes » par rapport aux actifs frontaliers français en 2013. Pour autant, l’étude longitudinale des flux par pays (voir 4e partie) montre qu’ils ont globalement « vieilli » depuis 1990.

17. Insee Première, février 2015.

Commission européenne : « DG Employment and Social Affairs, Scientific Report on the Mobility of Cross-Border Workers
within the EU-27/EEA/EFTA Countries », 2009.

Communication de la Commission au Conseil et au Parlement européen : « Stimuler la croissance et la cohésion des régions
frontalières de l’Union européenne », septembre 2017.

Communication de la Commission européenne : « Surmonter les obstacles dans les régions frontalières, rapport de
synthèse sur la consultation publique en ligne », 2015.

Décoville A., Durand F., Sohn C., Walther O. : « Comparing cross-border metropolitan integration in Europe : towards a
functional typology », Journal of Borderlands Studies, 2013.

Denert O., Rubio J., Ayral D. : « L’observation des espaces transfrontaliers », Les Cahiers de La MOT, 2014.

De Ruffray S., Hamez G., Meddahi D., Moron E., Smits F. : « La comparaison des territoires transfrontaliers à l’échelle nationale
– Vers une typologie fondée sur les logiques d’intégration », DIACT, 2008.

Durand F., « Theoretical Framework of the Cross-border Space Production – The Case of the Eurometropolis Lille–Kortrijk–

Tournai », Journal of Borderlands Studies, 2015.

Rapport du groupe d’experts sur les solutions innovantes aux obstacles à la coopération transfrontalière, 2017.

Guérois M., Ysebaert R., Viry M. : « Typologie socio-économique des régions frontalières de l’Union européenne (2000-
2012) », UMS RIATE, 2016.

Hamez G. : « Vers un modèle multiscalaire des territoires frontaliers intérieurs à l’Union européenne », Belgeo, 2013.

Rapport du groupe d’experts sur les solutions innovantes aux obstacles à la coopération transfrontalière, 2017.

 

Ressources internet des contributeurs partenaires:

  • La Mission opérationnelle transfrontalière : http://www.espaces-transfrontaliers.org
  • L’UMS RIATE : http://riate.cnrs.fr

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