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En Europe, la France est le pays qui envoi le plus grand nombre de travailleurs à l’étrangers

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En 2015, 2 millions de résidents d’un pays européen travaillent au moins une fois par semaine dans un autre pays, selon l’Enquête sur les forces de travail (EFT)3, principale source d’information sur l’emploi et le chômage dans l’Union européenne (UE). Ce nombre a plus que triplé entre 1999 et 2015, passant de 580000 à un peu plus de 2000000 de travailleurs. Bien que cette augmentation soit en partie due à l’entrée de 12 nouveaux pays au sein de l’UE entre 2004 et 2007 (+300000 nouvelles personnes issues de ces pays), elle est en réalité principalement liée au dynamisme général de l’espace Schengen depuis 1999 (+ 112 0000).


Au sein de l’UE15, le nombre d’actifs travaillant au moins une fois par semaine dans un autre pays que celui de leur résidence progresse depuis le milieu des années 2000, sans doute stimulé par le regain de croissance qu’a connu l’Europe des 15 au cours de cette période. C’est dans ce contexte, favorable aux échanges, que l’UE accueille de nouveaux membres (en 2004), dont le rôle dans le dynamisme du travail à l’étranger est visible dès les premières années. Le nombre de travailleurs expatriés issus de ces pays y a été multiplié par 2,6 entre 2004 et 2015.

Ils émettent ainsi un peu plus d’un tiers des actifs européens travaillant à l’étranger en 2015. Mais les départs restent aussi très forts en provenance des pays membres de l’UE15 avec un nombre d’expatriés multiplié par 1,6 sur la même période. Qu’il provienne des anciens membres de l’UE ou des nouveaux, le flux d’actifs travaillant à l’étranger a néanmoins connu des variations selon le contexte économique : en forte augmentation depuis 2004, il a stagné entre 2007 et 2010, avant de repartir à la hausse.

Ce sont les pays les plus peuplés qui envoient le plus grand nombre de travailleurs à l’étranger : France (438000), Allemagne (286000), Pologne (155000) et Italie (122000). Ils sont suivis par de plus petits pays d’Europe centrale et orientale comme la Slovaquie (147000), la Roumanie (121000) et la Hongrie (111000). Ensemble, ces sept pays fournissent en 2015 près de 70 % des travailleurs européens ayant une activité professionnelle à l’étranger. La France pèse à elle seule pour 22 % du total.

Bien qu’en augmentation depuis 2005 dans la quasi-totalité des pays européens, le travail à l’étranger ne concerne qu’une part très limitée de l’ensemble des travailleurs puisqu’il ne représente qu’à peine 0,9 % de la population active européenne de 15-64 ans. Le poids de ces actifs déclarant travailler à l’étranger au sein de la population active de chacun de ces pays est faible (1,5 % pour la France, 0,7 % en Allemagne, 0,9 % en Pologne, 0,5 % en Italie), sauf en Slovaquie (6 %). Ce chiffre masque cependant différentes situations : il englobe aussi bien des travailleurs qui se déplacent quotidiennement vers un lieu de travail proche de leur domicile, de l’autre côté de la frontière, que des actifs qui se rendent par avion ou par train d’une métropole vers un autre pays de façon hebdomadaire ou occasionnelle. Pour des raisons évidentes de temps et de coûts de transport, les premiers sont plus nombreux que les seconds, et se concentrent massivement dans les régions frontalières. Dans ces régions, ils représentent une part parfois très élevée de la population active, part d’autant plus importante que l’échelle d’observation est fine et que l’on s’approche de la frontière. Deux régions frontalières concentrent notamment une part d’actifs déclarant travailler à l’étranger supérieure à 10 % de leur population active résidente : la région Province de Luxembourg du sud-est de la Belgique (27,3 %) et l’ancienne région française de Lorraine (12,2 %).

 

MÉTHODOLOGIE

Travail à l’étranger, travail transfrontalier : une question d’échelle, de distance et de temps


L’Enquête européenne sur les forces de travail permet de connaître, pour une région donnée, le nombre d’actifs qui y travaillent et y résident ainsi que ceux qui y travaillent sans y résider, qu’ils proviennent d’une autre région ou d’un autre pays de l’Union. L’acception retenue dans cette enquête pour définir le travail « frontalier » correspond à celle du règlement du 14 juin 19714 de l’Union européenne, qui coordonne les régimes de sécurité sociale des États membres de l’Espace économique européen. Ce dernier indique : « Le terme "travailleur frontalier" désigne tout salarié ou non salarié qui exerce son activité professionnelle sur le territoire d’un État membre et réside sur le territoire d’un autre État membre, où il retourne en principe chaque jour ou au moins une fois par semaine. » La notion de distance à la frontière n’est donc pas prise en compte dans cette définition; seul importe son franchissement. Les points de départ et d’arrivée du travailleur peuvent donc être éloignés de 2000 km comme entre Madrid et Prague, le déplacement franchir une ou plusieurs frontières et se réaliser quotidiennement ou une seule fois par semaine. C’est pourquoi, dans la présente fiche, nous parlerons plutôt de « travail à l’étranger » pour ces déplacements, au minimum hebdomadaires, et dont la seule contrainte est le franchissement d’une frontière, quelle que soit la distance du déplacement. Les termes « travail transfrontalier » seront, quant à eux, réservés aux déplacements professionnels à l’étranger qui impliquent le franchissement d’une frontière entre deux régions contiguës.

4. Règlement 1408/71, modifié par le règlement 883/2004

 

3. Réalisée par Eurostat, l’Enquête européenne sur les forces de travail (EFT-UE), ou Labour Force Survey, est réalisée dans les 28 États membres de l'Union européenne et trois pays de l'Association européenne de libre-échange (AELE) : l’Islande, la Norvège et la Suisse.

4. Règlement 1408/71, modifié par le règlement 883/2004.

 

Commission européenne : « DG Employment and Social Affairs, Scientific Report on the Mobility of Cross-Border Workers
within the EU-27/EEA/EFTA Countries », 2009.

Communication de la Commission au Conseil et au Parlement européen : « Stimuler la croissance et la cohésion des régions
frontalières de l’Union européenne », septembre 2017.

Communication de la Commission européenne : « Surmonter les obstacles dans les régions frontalières, rapport de
synthèse sur la consultation publique en ligne », 2015.

Décoville A., Durand F., Sohn C., Walther O. : « Comparing cross-border metropolitan integration in Europe : towards a
functional typology », Journal of Borderlands Studies, 2013.

Denert O., Rubio J., Ayral D. : « L’observation des espaces transfrontaliers », Les Cahiers de La MOT, 2014.

De Ruffray S., Hamez G., Meddahi D., Moron E., Smits F. : « La comparaison des territoires transfrontaliers à l’échelle nationale
– Vers une typologie fondée sur les logiques d’intégration », DIACT, 2008.

Durand F., « Theoretical Framework of the Cross-border Space Production – The Case of the Eurometropolis Lille–Kortrijk–

Tournai », Journal of Borderlands Studies, 2015.

Rapport du groupe d’experts sur les solutions innovantes aux obstacles à la coopération transfrontalière, 2017.

Guérois M., Ysebaert R., Viry M. : « Typologie socio-économique des régions frontalières de l’Union européenne (2000-
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Hamez G. : « Vers un modèle multiscalaire des territoires frontaliers intérieurs à l’Union européenne », Belgeo, 2013.

Rapport du groupe d’experts sur les solutions innovantes aux obstacles à la coopération transfrontalière, 2017.

 

Ressources internet des contributeurs partenaires:

  • La Mission opérationnelle transfrontalière : http://www.espaces-transfrontaliers.org
  • L’UMS RIATE : http://riate.cnrs.fr

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