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Les quartiers prioritaires de la politique de la ville, des espaces de concentration de la pauvreté

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La politique de la ville vise, en premier lieu, à réduire les inégalités entre les quartiers en difficulté et les autres quartiers des mêmes agglomérations, en mobilisant à la fois les politiques de droit commun et des dispositifs spécifiques. La géographie prioritaire de la politique de la ville a été réformée en 2014 : la carte des quartiers prioritaires a été redessinée à partir d’un critère unique, celui du revenu. Pour chaque unité urbaine de plus de 10 000 habitants, un seuil de bas revenus a été calculé, qui prend en compte à la fois le revenu médian de France métropolitaine et le revenu médian de l’unité urbaine.
De cette manière, une approche « ségrégation » est combinée à une approche « pauvreté ».

Les nouveaux quartiers prioritaires regroupent au moins 1 000 habitants, dont au moins la moitié a des revenus inférieurs au seuil de bas revenus.
Afin de contextualiser cette politique publique, l’Observatoire national de la politique de la ville (ONPV) a réalisé trois typologies des 1 300 quartiers prioritaires de France métropolitaine dans son rapport 2016, chacune reposant sur un pilier du contrat de ville : le cadre de vie, la cohésion sociale, l’emploi et l’activité économique.

La typologie « cohésion sociale » traite, plus spécifiquement, des questions de pauvreté et de ségrégation. Au-delà de l’égalité femmes-hommes, de l’accès aux services de proximité, de la mixité sociale dans les établissements scolaires et de la composition sociale des quartiers, l’écart de taux de pauvreté et l’écart d’évolution des revenus depuis cinq ans entre le quartier et son agglomération ont permis de construire cette typologie. Ces différents indicateurs permettent de distinguer quatre grands types de quartiers.

Les 510 quartiers intégrés dans un environnement mixte représentent 30 % de la population en politique de la ville. Ils sont plus fréquents en Bretagne, en Occitanie et en Normandie. Ces quartiers présentent des indicateurs plutôt favorables, comparés aux autres quartiers prioritaires : les établissements scolaires bénéficient d’une certaine mixité sociale, et l’écart des taux d’emploi entre les femmes et les hommes y est plus faible. Cependant, l’écart de taux de pauvreté entre ces quartiers et leurs EPCI d’appartenance reste important, les différences de revenus se sont creusées depuis cinq ans.

Les 251 petits quartiers en grande précarité qui se fondent dans leur environnement sont, pour la moitié d’entre eux, situés dans les départements du Nord et du Pas-de-Calais. Ces quartiers se caractérisent par une certaine continuité avec leur environnement, environnement moins favorisé que dans le cas des quartiers intégrés : l’écart de taux de pauvreté entre le quartier et l’EPCI y est relativement faible et ne se creuse pas depuis cinq ans. Ces quartiers regroupent 11 % de la population habitant un quartier prioritaire.

Les 364 quartiers ségrégués s’insèrent, comme les quartiers intégrés dans un environnement mixte, dans des EPCI plutôt favorisés. En revanche, l’écart de taux de pauvreté entre le quartier et l’EPCI est très important, et ces quartiers semblent peu mixtes socialement. De plus, les écarts de revenus entre les quartiers ségrégués et leur environnement ont tendance à s’accentuer fortement. Ces quartiers sont surreprésentés dans le Grand Est, ainsi qu’en Provence-Alpes-Côte d’Azur.

Enfin, les 168 grands quartiers défavorisés se situent au sein de communes défavorisées et sont, en général, de grande taille : ils représentent 13 % des quartiers prioritaires, mais 29 % de leur population. Du fait du poids important des quartiers en politique de la ville dans leur EPCI d’appartenance, l’écart des revenus avec leur environnement est faible, et l’évolution des revenus des habitants des quartiers similaires à celle des habitants de l’EPCI. La plupart de ces quartiers sont situés en Île-de-France, région qui concentre de nombreux quartiers de grande taille, ainsi que dans le Nord et le Pas-de-Calais.

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