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Mesurer les écarts de revenus entre les territoires et leurs habitants

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Les écarts de niveaux de revenus en France sont en effet plutôt contenus. Le rapport interdécile des revenus4, c’est-à-dire la mesure de l’écart entre le revenu des 10 % les plus aisés et les 10 % des plus modestes, y était de 3,5 en 2013. Ce chiffre est comparable à celui observé dans la majorité des pays d’Europe de l’Ouest et du Nord (Allemagne, Autriche, Belgique, Suède, Finlande, Suède, Pays-Bas, Danemark), qui se caractérisent par l’existence de mécanismes de redistribution participant à limiter les disparités de revenus.

Les États-Unis, le Canada ou encore l’Australie, dont le modèle social diffère de celui que nous connaissons en France, sont des pays marqués par des disparités de revenus beaucoup plus fortes. Aux États-Unis, le rapport interdécile des revenus est de 6,4. L’écart de richesse entre les plus aisés et les plus modestes y est deux fois plus important qu’en France.

En complément des analyses aux échelles nationale et régionale, l’observation des écarts de revenus selon le degré d’urbanisation des espaces offre un éclairage nouveau sur les disparités territoriales spécifiques à chaque État membre.

Dans la majeure partie des pays européens, les habitants des espaces urbains denses ont des revenus médians globalement supérieurs à ceux des espaces de densité intermédiaire et des espaces peu denses.
Le niveau de revenu y décroît selon un gradient centre-périphérie, mais avec une ampleur toutefois différente selon les pays :

  • en France, tout comme en Suède, en Finlande, en Italie, à Chypre, en Slovénie, en République Tchèque, en Estonie ou encore en Slovaquie, les écarts de revenus entre habitants des zones denses et des zones peu denses sont plutôt limités (moins de 20 % de différence).
  • à l’inverse, en Espagne, au Portugal, en Grèce, en Pologne ou encore en Hongrie, le revenu des habitants des zones peu denses est en net retrait par rapport à celui des zones denses (écart supérieur à 20 %). Dans les cas les plus extrêmes (Malte, Bulgarie, Roumanie), ces écarts de revenu médian entre zones denses et zones peu denses peuvent varier du simple ou double.

Dans quelques autres pays, ce schéma global est inversé. Les populations les plus aisées se retrouvent dans les espaces de faible densité ou de densité intermédiaire. L’effet de polarisation des espaces les plus urbains sur les populations les plus aisées y est moins marqué. Au sein de ce groupe, on retrouve essentiellement des pays d’Europe centrale et d’Europe du nord (Autriche, Belgique, Royaume-Uni, Danemark, Allemagne et Pays-Bas).

Cette organisation spatiale particulière trouve sa source dans le caractère resserré des systèmes urbains de ces pays dont la densité moyenne est plutôt élevée : les habitants des zones peu denses accèdent aisément aux aménités des villes. Elle peut également s’expliquer par une relation historique aux espaces ruraux très différente de celle observée en France, qui s’est traduit par un exode rural moins prononcé et un maintien d’activités à forte valeur ajoutée dans les campagnes.

 

MÉTHODOLOGIE

En 2011, les directions générales de la politique régionale et urbaine, de l’agriculture et du développement rural, Eurostat et le Centre commun de recherche (JRC) ont, en collaboration avec l’OCDE, élaboré une méthodologie commune qui sera utilisée par les services de la Commission européenne et par l’OCDE.

Cette méthodologie classe les unités administratives locales de niveau 2 (LAU2 ou municipalités) en fonction d’une combinaison de critères de proximité géographique et de seuil de population minimal, qui sont appliqués à des cellules de population d’1 km2. Cette approche, fondée sur le carroyage du territoire en cellules d’1 km2, permet d’éviter les distorsions induites par l’utilisation de LAU2 de formes ou de superficies différentes.

La classification par degré d’urbanisation distingue trois types de LAU2 :

  • villes (autre dénomination : zones à forte densité de population) Plus de 50 % de la population de la commune vit dans des centres urbains (zones contigües de plus de 50 000 habitants et dont la densité est supérieure à 1 500 habitants / km²) ;
  • villes moins peuplées et banlieues (autre dénomination : zones à densité intermédiaire) Plus de 50 % de la population de la commune vit dans des clusters urbains (zones contigües de plus de 5 000 habitants et dont la densité est supérieure à 300 habitants / km2 ) et moins de 50 % de la population vit dans des centres urbains ;
  • zones rurales (autre dénomination : zones à faible densité de population) Plus de 50 % de la population de la commune vit dans des carreaux ruraux (c’est-à-dire dans des zones hors des clusters urbains). Cette grille de lecture offre l’avantage de comparer des espaces européens entre eux. Elle n’offre cependant pas toute la finesse nécessaire pour apprécier à l’échelle nationale des situations parfois spécifiques. Ainsi, en France, les données calculées pour les zones à forte densité de population ont tendance à lisser des situations parfois très contrastées (ex : les revenus sont plus faibles dans les villes-centres que dans les banlieues et dans les couronnes périurbaines). Ces compléments d’analyse seront développés par la suite.

     

Des écarts de revenus entre territoires qui atteignent leur paroxysme dans les espaces les plus urbains

En 2013, le revenu disponible médian5 en France métropolitaine, était de 1 682 euros par mois par unité de consommation6. Ce chiffre cache toutefois des réalités très différentes selon les territoires. Les écarts de niveau de vie entre un Francilien et un habitant des Hauts-de-France sont relativement importants. Ces différences sont encore plus sensibles si l’on zoome à l’échelle infrarégionale. Pour appréhender globalement ces enjeux de réduction des inégalités, il est nécessaire de combiner les échelles d’analyse.

Afin de traiter globalement la question des écarts de revenus, il est par ailleurs nécessaire de croiser deux dimensions. Une première dimension reposant sur des comparaisons inter-territoriales mettant en avant les différences de niveaux de vie entre zones géographiques (cf. carte du revenu médian).

Une deuxième dimension s’appuyant cette fois-ci sur des analyses intra-territoriales et dont l’objectif est de souligner les disparités de revenus qui existent au sein d’une population vivant sur un même territoire (cf. carte du rapport interdécile).

MÉTHODOLOGIE

Filosofi, nouvel outil de mesure territorialisée des revenus

Diffusé depuis 2015, le dispositif Filosofi de l’Insee permet de connaître à un niveau géographique précis le niveau et la composition du revenu disponible des ménages. Cette source, disponible pour tous les territoires métropolitains, n’est en revanche pas produite pour les territoires d’Outre-mer en raison d’une moindre fiabilité des sources.

Le revenu disponible est le revenu à la disposition du ménage pour consommer et épargner. Il comprend les revenus d’activités, indemnités de chômage, retraites et pensions, revenus fonciers, les revenus financiers (imputés pour ceux qui ne sont pas soumis à déclaration : livrets exonérés, PEA, LEP, CEL, PEL, produits d’assurance vie) et les prestations sociales reçues (prestations familiales, minima sociaux et prestations logements).

Au total de ces ressources sont déduits les impôts directs (impôt sur le revenu, taxe d’habitation) et les prélèvements sociaux : contribution sociale généralisée (CSG), contribution au remboursement de la dette sociale (CRDS). Les aides locales (prestations versées par les mairies, associations, etc.) ne sont pas prises en compte pour le calcul du revenu disponible.

Le revenu disponible par unité de consommation (UC), également appelé « niveau de vie », est le revenu disponible par « équivalent adulte ». Ce système de pondération permet ainsi de comparer les niveaux de vie de ménages de tailles ou de compositions différentes. Il est calculé en rapportant le revenu disponible du ménage au nombre d’unités de consommation qui le composent. Toutes les personnes rattachées au même ménage fiscal ont le même revenu disponible par UC.

Le champ couvert est celui de l’ensemble des ménages fiscaux ordinaires : il exclut les personnes sans domicile ou vivant en institution (prison, foyer, maison de retraite…).

Le « ménage fiscal » est un ménage constitué par le regroupement des foyers fiscaux répertoriés dans un même logement. Son existence, une année donnée, tient au fait que coïncident au moins une déclaration indépendante de revenus et l’occupation d’un logement connu à la taxe d’habitation. Les ménages constitués de personnes ne disposant pas de leur indépendance fiscale (essentiellement des étudiants) sont comptés dans les ménages où ils déclarent leurs revenus même s’ils occupent un logement indépendant.

Le revenu disponible est ici indiqué en valeur mensuelle et exprimé en euros.

4. Le rapport interdécile (D9/D1) est le rapport entre le revenu plancher des 10 % les plus aisés et le revenu plafond des 10 % les plus modestes. Il est donc utilisé pour mettre en évidence les disparités (ou écarts) entre les plus riches et les plus pauvres.
5. Si on ordonne une distribution de revenus, la médiane est la valeur qui partage cette distribution en deux parties égales. Ainsi, la médiane est le revenu au-dessous duquel se situent 50 % des revenus et, à l’inverse, au-dessus duquel se situent 50 % des revenus.
6. Voir méthodologie

Floch J-M. (2014), « Des revenus élevés et en plus forte hausse dans les
couronnes des grandes aires urbaines », in France, portrait social, coll.
« Insee Références ». https://www.insee.fr/fr/statistiques/fichier/1288515/
FPORSOC14e_VE5_revenus.pdf

CGET, « Rapport 2016 » de l’Observatoire national de la politique de la ville,
coll. « En détail ».

Darriau V., Henry M., Oswalt N. (2014), « Politique de la ville en France
métropolitaine : une nouvelle géographie recentrée sur 1 300 quartiers
prioritaires », in France, portrait social, coll. « Insee Références ».

Cazenave M-C., Duval J., Lejbowicz T., Stehlé J. (2012), « La redistribution :
état des lieux en 2012 », in France, portrait social, coll. « Insee Références ».

Eurostat, Annuaire régional d’Eurostat 2016.

Davezies L., Pech T. (2014), « La nouvelle question territoriale ».

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