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Près du quart des nouveaux bacheliers changent d’académie pour débuter leurs études supérieures

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Cette « spécialisation » de l’offre de formation peut avoir des incidences sur le parcours et la mobilité des étudiants. Selon les filières de baccalauréat qu’ils ont suivies, les bacheliers continuent dans une proportion plus ou moins grande leurs études après le bac. En 2015, le taux d’inscription dans le supérieur 42 des bacheliers sortant des filières générales du lycée est de 95,2 % (hors doubles inscriptions des élèves de CPGE à l’université), alors qu’il est de 81,2 % pour un bachelier technologique et de 36,8 % pour un bachelier professionnel.

Les étudiants sont parfois amenés à poursuivre leurs études dans une académie différente de celle dans laquelle ils ont passé leur bac. En 2015, un quart des bacheliers (116 000) sont concernés par un changement d’académie.

Certaines académies parviennent à retenir une grande part de leurs bacheliers : ce sont celles qui abritent les principaux pôles universitaires et d’études supérieures. Dans les académies de Paris, Lyon, Toulouse ou encore de Bordeaux, plus de 80 % de bacheliers sont restés en 2015 dans leur académie pour y poursuivre leurs études supérieures. Dans certains cas, le caractère frontalier des académies semble renforcer cette capacité à retenir les néo-bacheliers. Dans l’académie de Lille, ce sont ainsi 94 % des néo-bacheliers qui y poursuivent leurs études. Dans l’académie de Nancy Metz, cette proportion est de 88 %.

Parmi les académies qui « retiennent » leurs bacheliers, Paris et Lyon se distinguent par leur capacité à également attirer des étudiants venus du reste de la France. Dans l’académie de Paris, près de deux tiers (66 %) des nouveaux inscrits dans le supérieur ont passé leur bac dans une autre académie, bien qu’une part importante de ces derniers soit originaire d’Île-de-France (académies de Créteil et Versailles - proximité immédiate, pas de déménagement nécessaire). Dans l’académie de Lyon, cette proportion est de 37 %, soit un niveau déjà sensiblement inférieur.

À l’inverse, les académies qui « retiennent » le moins leurs bacheliers (Créteil et Versailles mais également Amiens, Poitiers, Limoges, Dijon et Grenoble) se caractérisent toutes par la proximité à des pôles de formation à fort pouvoir d’attraction (Paris, Lille, Lyon, Bordeaux, Toulouse). Malgré une moindre capacité à retenir ses bacheliers, l’académie de Limoges se distingue cependant par une attractivité à l’égard des bacheliers venant du reste du territoire national. Dans cette dernière, c’est près du tiers des nouveaux inscrits dans le supérieur (34 %) qui ont passé leur bac dans une autre académie. Notons que Limoges a la particularité d’être l’académie de France continentale où les étudiants du supérieur sont les moins nombreux (environ 22 700 en 2015).

À l’inverse de ces situations, la Corse et la majorité des DOM peinent à la fois à retenir leurs bacheliers (à l’exception de La Réunion et de la Guadeloupe) et à attirer de nouveaux inscrits dans le supérieur (à l’exception de la Guadeloupe).

L’attractivité des académies est à mettre en relation avec les mobilités étudiantes. Ces mobilités se font principalement vers l’Île-de-France (38 % des bacheliers ayant quitté leur académie pour commencer des études supérieures se sont dirigés vers l’Île-de-France) ou vers une académie voisine de l’académie dans laquelle ils ont passé leur bac (37 % des cas, hors Île-de-France).
Les académies envoyant une part importante de leurs bacheliers vers l’Île-de-France sont en premier lieu les académies voisines : Rouen (33 % des bacheliers qui changent d’académie pour étudier dans le supérieur se dirigent vers l’Île-de France), Amiens (31 %) ou Orléans-Tours (30 %).
La Corse et la Guadeloupe font partie des exceptions : bien qu’éloignées géographiquement, elles envoient une part significative de leurs bacheliers en Île-de-France (respectivement 20 et 32 % des flux d’étudiants sortants).

Les mobilités après le bac dessinent également des systèmes régionaux : entre les académies de Rennes et Nantes (2 100 étudiants de Rennes vers Nantes, et 1 400 de Nantes vers Rennes en 2015), de l’académie de Grenoble vers celle de Lyon (4 900 étudiants, et seulement 1 000 dans l’autre sens), de la Corse vers Nice ou Aix-Marseille, ou encore de la Martinique vers la Guadeloupe en raison de leurs spécialisations différentes. D’autres relations fortes mais moins proches existent également, comme par exemple entre l’académie de Versailles (et Paris dans une moindre mesure) et celle de Lille.

Une autre période des études supérieures est propice à la migration : le passage de la licence au master, qui constitue une nouvelle étape de spécialisation et alimente des flux croisés. Environ un quart des diplômés de licence générale qui s’inscrivent en M1 à la rentrée suivante change d’établissement, et donc parfois d’académie, lors de ce passage.

En 2015, une dizaine d’académies enregistrent plus d’entrées d’étudiants en M1 que de départs en fin de L3. Il s’agit principalement des académies les plus importantes en termes d’offre de formation (Paris, Versailles, Lyon, Lille, Toulouse, Bordeaux, Montpellier, Aix-Marseille ou encore Strasbourg).

Les quatre académies du Sud (Aix-Marseille, Bordeaux, Montpellier et Toulouse) attirent, comparées aux autres académies, plus facilement les étudiants après la licence qu’après le bac.Toutes les autres académies de France sont déficitaires et connaissent plus de sorties en fin de L3 que d’entrées en début de M1. On retrouve dans ce groupe essentiellement des « petites » académies comme celle de Corse et des DOM, où les étudiants sont très mobiles, mais également des académies comme Limoges et Clermont-Ferrand, qui étaient pourtant attractives après le bac mais où les diplômés de licence sont particulièrement mobiles.

42. Le taux d’inscription dans le supérieur rapporte un nombre d’inscriptions (et non de personnes inscrites) dans le supérieur au nombre de bacheliers. Comme un même étudiant peut s’inscrire dans plusieurs filières, les taux d’inscription par filière peuvent alors être supérieurs à 100 %. En outre, les doubles inscriptions en CPGE et à l’université sont rendues obligatoires par la loi relative à l’enseignement supérieur et la recherche du 22 juillet 2013.

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