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Offre de formation et orientation des élèves du second degré : de fortes disparités régionales

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À la rentrée 2016, les 7 130 collèges et 4 140 lycées (dont 1 480 lycées professionnels) accueillent respectivement 3,3 et 2,2 millions d’élèves. Les établissements scolaires accueillent en moyenne plus d’élèves qu’il y a dix ans. À la rentrée 2016, un collège accueille en moyenne 460 élèves, c’est-à-dire 10 élèves de plus qu’en 2006, et un lycée général et technologique 810 élèves, soit 55 élèves de plus qu’en 2006. Seuls les lycées professionnels accueillent en moyenne moins d’élèves qu’il y a dix ans (310 en 2016 contre 332 en 2006), compte tenu de la baisse des effectifs dans la voie professionnelle.

Indépendamment de leur taille, l’encadrement des élèves peut être différent selon les établissements. À la rentrée 2015, dans le second degré, un professeur enseigne en moyenne à 22,3 élèves pendant une heure de cours : 24,5 pour les collèges hors éducation prioritaire, 21,7 pour ceux en éducation prioritaire, 24,3 en lycée général et technologique et 16,1 en lycée professionnel.

 

Dans le secondaire, une nette surreprésentation de l’offre privée dans l’ouest du pays

Dans le second degré, plus d’un élève sur cinq est scolarisé dans un établissement privé (contre 13,7 % dans le premier degré) et cela concerne de manière équivalente le collège et le lycée. Les élèves scolarisés dans le privé viennent en général de milieux sociaux plus favorisés que les autres élèves : ce constat est vrai dans tous les départements français à l’exception de Mayotte, où l’enseignement privé sous contrat est quasi-absent. À la rentrée 2016, la proportion d’enfants issus de milieux favorisés dans le secteur privé sous contrat est en effet supérieure de 19 points à celle du secteur public23.

Au collège et au lycée, l’enseignement privé est particulièrement représenté en Bretagne et dans les Pays de la Loire, où la part des élèves scolarisés dans le privé dépasse localement les 50 % comme au nord de Brest, autour de Vannes et en Vendée. Les élèves du secondaire scolarisés dans le privé sont également très nombreux au nord du pays le long de la frontière avec la Belgique, le long de l’axe Alpes-Pyrénées, au pays Basque et en Guyane.

C’est dans les grands pôles urbains24 qu’on observe la plus forte proportion d’élèves du secondaire scolarisés dans le privé (22 %). Les élèves vivant dans les couronnes périurbaines sont globalement moins souvent scolarisés dans le privé que ceux vivant dans leurs pôles de référence, exception faite des pôles « moyens », où cette proportion est quasi équivalente (19,9 % contre 19,7 %). Les communes multi-polarisées hors grands pôles, majoritairement rurales (95 % de communes peu denses et très peu denses25), comptent plus de 20 % d’élèves scolarisés dans le privé, valeur proche de celle observée dans les grands pôles. Enfin, les élèves du secondaire résidant dans des communes isolées sont globalement peu scolarisés dans le privé (13,5 %).
En Bretagne et dans les Pays de la Loire, où les, élèves du secondaire sont plus souvent qu’ailleurs scolarisés dans le privé (pour plus de 40 % d’entre eux), ce sont les pôles petits et moyens qui concentrent le plus d’élèves scolarisés dans le privé et non les grands pôles, à la différence des autres régions françaises.

L’orientation en fin de 3e vers les filières professionnelles est plus marquée dans le nord de la France et dans les DOM

À la fin du collège, le passage en filière générale et technologique ou professionnelle constitue une étape importante dans la mise en place de parcours scolaires différenciés. Dans leur majorité, les élèves s’orientent vers une filière générale et technologique. Au lycée, 74,2 % des inscrits en seconde à la rentrée 2015 le sont en filière générale et technologique. Ils sont 21,8 % à être inscrits en seconde professionnelle et 4 % en CAP26 1re année. L’orientation en filière générale et technologique est particulièrement marquée dans les départements de Paris (84,7 %), des Hauts-de-Seine (82,2 %), d’Ille-et-Vilaine (80,7 %) et plus largement dans les départements urbains et le long de la côte Atlantique. Les formations professionnalisantes en seconde sont particulièrement surreprésentées dans les départements d’outre-mer et dans le quart nord-est de la France où plus d’un élève de seconde sur trois est inscrit dans ce type de formation. En Guyane, plus de la moitié des élèves de seconde sont inscrits en seconde professionnelle ou en CAP sous statut scolaire.

Dans leur structure, ces cartes rappellent la distribution spatiale d’un certain nombre d’indicateurs de réussite et suggèrent un lien entre difficultés scolaires et professionnalisation précoce, validé par ailleurs par des travaux en sociologie de l’éducation (Palheta, 2012). Plus largement, l’importance relative de l’enseignement professionnel dans le secondaire est à mettre en parallèle avec la composition sociale des territoires : le public des établissements d’enseignement professionnel est en effet massivement d’origine modeste et ce pour une diversité de raisons qui ne se limitent pas aux résultats scolaires : connaissance limitée des possibilités d’orientation, aspirations professionnelles affirmées, etc. (Guyon et Huillery, 2014).

23. Le Système d’information scolarité produit par la DEPP renseigne la catégorie socio-professionnelle du parent de référence. Les catégories socio-professionnelles sont regroupées en quatre catégories, « Très favorisés » (cadres, chefs d’entreprise… mais également instituteurs et assimilés), « Favorisés » (professions intermédiaires, techniciens…), « Moyennes » (agriculteurs, artisans, commerçants, employés…), « Défavorisés » (ouvriers, chômeurs n’ayant jamais travaillé…).
24. Selon le zonage en aires urbaines de 2010 (Insee) qui permet d’obtenir une vision des aires d’influence des villes sur le territoire alors divisé en quatre grands types d’espaces : espace des grandes aires urbaines, espace des autres aires, autres communes multipolarisées et communes isolées, hors influence des pôles. Dans les espaces des grandes aires urbaines et des autres aires, on distingue les pôles et leurs couronnes.
25. Source : Insee, Grille de densité, 2015.
26. Ces chiffres ne tiennent pas compte des élèves suivant une formation en apprentissage après la 3e.

Andreu S., Ben Ali L. et Rocher T. (2016), « Évaluation numérique des compétences du socle en début de sixième : des niveaux de compétence contrastés selon les académies », Note d’information, n° 2016-18.

Baccaïni B., De Lapasse B., Lebeaupin F. et Monso O. (2014), « Le retard scolaire à l’entrée en 6e : plus fréquent dans les territoires les plus défavorisés », Insee Première, n° 1512.

Campus France (2017), « Les chiffres clés ».

CNESCO (2016), « Inégalités sociales et migratoires. Comment l’école amplifie-t-elle les inégalités sociales et migratoires ? ».

Commission européenne (2017), « Erasmus + Programme : rapport annuel 2015 ».Givord et al., 2016, « La ségrégation sociale dans les collèges. Quelles différences entre public et privé, aux niveaux national, académique et local ? », Éducation & Formations n° 91.

Givord et al., 2016, « Comment mesurer la ségrégation dans le système éducatif ? », Éducation & Formations n° 91.

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Le Rhun B., Pollet . (2011), « Diplômes et orientation professionnelle », France, portrait social – édition 2011, Insee.

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Palheta, U. (2012), La domination scolaire : Sociologie de l’enseignement professionnel et de son public. Paris, Presses universitaires de France.

Palheta, U. (2011), « Enseignement professionnel et classes populaires : comment s’orientent les élèves “orientés” ». Revue française de pédagogie, 175, (2), p. 59-72.

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