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Géographie des niveaux d’éducation et de diplôme dans les pays européens

Année de publication2021
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2017
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La France, où les enjeux de formation demeurent présents, consacre une part conséquente de son PIB aux dépenses d’éducation

En Europe, près de 108 millions de personnes sont scolarisées1 dans des structures allant de l’accueil de la petite enfance à l’enseignement supérieur. Près des deux tiers (63,7 %) des Européens âgés de moins de 30 ans sont ainsi engagés dans un parcours scolaire.

Avec quelque 15,3 millions d’individus scolarisés, la France représente une large part de ce contingent2. Notre pays, dont la démographie est l’une des plus dynamiques du continent européen et dont la population est l’une des plus jeunes (cf. fiches d’analyse « Les dynamiques de population » et « Le vieillissement de la population et ses enjeux »), scolarise cependant une part moins importante de sa jeunesse que certains de nos voisins. Parmi les 12 pays européens de plus de 10 millions d’habitants, 7 ont un taux de scolarisation des moins de 30 ans supérieur ou proche à celui de la France (63,2 %). Il s’agit plus précisément de l’Allemagne, du Royaume-Uni, de l’Espagne, des Pays-Bas, de la Belgique, de la Grèce et de la République tchèque. Au sein du groupe des pays les plus peuplés, seuls l’Italie, le Portugal, la Pologne et la Roumanie se situent sous la moyenne française. Si l’on élargit l’analyse à l’ensemble de l’Union européenne, le décalage de la France, notamment par rapport aux pays scandinaves, est encore plus marqué. Dans ces derniers (Danemark, Suède, Finlande), plus des trois quarts des jeunes de moins de 30 ans sont engagés dans un parcours scolaire.

Ces écarts à l’échelle de l’Union européenne sont notamment le reflet de durées de scolarisation3 très variables selon les pays. En France, une personne peut s’attendre à recevoir au cours de sa vie 16,5 années4 de formation (tous niveaux confondus). Ce chiffre est nettement inférieur à la moyenne européenne (UE28) qui se situe autour de 17,6 ans. Il est encore plus éloigné de ce qui s’observe dans les pays scandinaves, où une personne peut s’attendre à passer près de 20 années dans un cursus scolaire. Ces écarts importants peuvent être dus aux modes de prise en charge de la petite enfance (ex. : enfants en bas âge gardés à domicile) ou à la valorisation de formations dans le supérieur de plus courte durée. Elles s’expliquent également par l’encouragement de la scolarisation à temps partiel, permettant aux étudiants de travailler en suivant un enseignement supérieur, ou encore par la fréquence des reprises d’études parmi les adultes. Il est par ailleurs intéressant de noter que cette espérance de scolarisation n’est pas directement corrélée à la durée de la scolarisation obligatoire5. Ces premières analyses reflètent les efforts de formation consentis par les pays européens. De ce point de vue, la situation de la France apparaît légèrement en deçà de celle des pays européens les plus vertueux comme ceux d’Europe du Nord.

 

Un taux de diplômés qui progresse de manière spectaculaire dans tous les pays européens

Dans le cadre de sa stratégie Europe 2020, l’Union européenne s’est fixé pour objectif d’atteindre le taux de 40 % de diplômés de l’enseignement supérieur parmi les 30-34 ans. Cet objectif est en passe d’être atteint puisque ce taux était de 39,1 % en 2016. Pour rappel, il était de 33,8 % en 2010 lors de la définition de cette stratégie. Cette forte progression de la part des diplômés chez les jeunes actifs est le fruit d’efforts consentis par l’ensemble des pays de l’UE depuis plusieurs décennies. Près de la moitié des pays européens ont ainsi connu un doublement de leurs diplômés du supérieur entre 2000 et 2016.

Dans certains cas, comme en Pologne (+ 32 points), au Luxembourg (+ 33 points), au Portugal (+ 23 points) ou encore en Irlande (+ 25 points), cette progression a été spectaculaire. Elle peut être directement liée à l’amélioration de l’accès à l’enseignement supérieur mais également, comme dans les cas du Luxembourg ou de l’Irlande, à des apports migratoires de jeunes diplômés ayant réalisé leurs études dans un autre pays.

La France a également largement participé à cet effort. Alors que la part des diplômés du supérieur était de 27,4 % en 2000, elle atteint désormais les 43,6 %. Notre pays compte ainsi parmi les pays les plus peuplés d’Europe (cf. fiche d’analyse « les dynamiques de population ») dont la part des diplômés du supérieur chez les jeunes adultes est l’une des plus importantes, après le Royaume-Uni mais avant l’Allemagne ou l’Italie.

Ces chiffres témoignent de la volonté de mettre l’éducation des populations au cœur du projet européen. Malgré ces progrès, les écarts restent importants entre pays européens et au sein des régions qui les composent.

On peut ainsi observer plusieurs lignes de fracture au sein de l’Europe. D’une part, une ligne de fracture entre les pays d’Europe du Nord (Scandinavie, pays baltes, Benelux, Royaume-Uni), où la part des diplômés du supérieur chez les 30-34 ans dépasse systématiquement 45 %, et les pays d’Europe de l’Est (Bulgarie, Hongrie, République tchèque, Slovaquie, Croatie, Roumanie) et du Sud (Italie, Portugal), où cette part est inférieure à 35 %.

D’autre part, une ligne de fracture se manifeste entre régions à fort pouvoir d’attraction (concentration de la population étudiante et des emplois les plus qualifiés) et régions plus industrielles ou moins attractives. Dans tous les pays européens, à l’exception notable de l’Allemagne, de l’Italie et de l’Espagne, les régions capitales sont ainsi celles qui accueillent en proportion le plus de diplômés du supérieur.
En France, ces écarts entre régions sont particulièrement marqués. Ainsi, entre l’Île-de-France (57,2 % de diplômés du supérieur parmi les 30-34 ans en 2016) et la Guyane (24,2 %) pour les DOM ou l’ancienne région Picardie (29,4 %) pour la France métropolitaine, l’écart de la part des diplômés parmi les jeunes adultes est de près de 30 points.

Des étudiants du supérieur qui se concentrent dans les régions capitales

La concentration des plus diplômés dans certaines régions est assez logiquement liée à la localisation de l’offre de formation. Les régions (NUTS 2 8) qui accueillent une capitale rassemblent 4,7 millions d’étudiants du supérieur 9 sur les 19,3 comptabilisés à l’échelle de l’UE28, soit près de 25 % de l’ensemble des effectifs. Dans ces régions capitales, on dénombre en moyenne près de 5,7 étudiants pour 100 habitants contre 3,5 en moyenne dans les autres. À l’échelle de l’ensemble de l’Union européenne (UE28), la moyenne est de 3,8 étudiants pour 100 habitants.
 

Les capitales européennes occupent ainsi des fonctions de pôle de formation. Cette organisation se vérifie dans la quasi-totalité des pays européens, à l’exception de l’Allemagne et dans une moindre mesure du Royaume-Uni et des Pays-Bas. En Allemagne, le land de Rhénanie-du-Nord-Westphalie, dont le poids démographique et économique est plus important que celui de Berlin, rassemble ainsi une population étudiante beaucoup plus importante que celle de la région capitale. Au Royaume-Uni comme aux Pays-Bas, la tête du classement est occupée par une région voisine de la région capitale et caractérisée par l’ancienneté de ses universités (Oxford au Royaume-Uni et Leiden aux Pays-Bas).

Cette concentration dans les régions capitales n’est pas nécessairement synonyme de déséquilibre. En effet, l’importance de l’offre étudiante doit être appréhendée en tenant compte du poids démographique de chacun des territoires considérés.

On distingue ainsi les pays dans lesquels les régions capitales concentrent nettement la population étudiante. Il s’agit en particulier de certains pays d’Europe centrale ou d’Europe de l’Est (Slovaquie, Hongrie, Roumanie).

À l’inverse, d’autres pays comme l’Espagne, le Royaume-Uni ou encore les pays scandinaves semblent avoir une répartition plus diffuse de leur population étudiante. Cette situation peut être liée à l’existence de logiques de décentralisation anciennes laissant une place importante aux capitales régionales (ex. : Catalogne, Pays basque espagnol, Andalousie, Écosse, Pays de Galles).

La France est dans une situation intermédiaire. Bien que l’Île-de-France capte l’essentiel des effectifs étudiants en attirant notamment ceux des régions limitrophes, on observe un ratio situé entre 3 et 4 étudiants pour 100 habitants dans la majorité des anciennes régions françaises (NUTS 2). Ce constat témoigne de l’existence de pôles de formation complémentaires à celui de la région capitale.

1. Source : Eurostat, 2015
2. 14 % des 108 millions d’individus scolarisés en Europe le sont en France, soit un niveau supérieur au poids démographique de notre pays au sein de l’Union européenne. En 2016, celui-ci comptait près de 66,6 millions d’habitants, soit 13,1 % du total de la population des 28 pays de l’Union européenne (source : Eurostat).
3. L’espérance de scolarité correspond au nombre d’années d’enseignement qu’une personne peut s’attendre à recevoir au cours d’une vie. Elle a été calculée en ajoutant les taux de scolarité par année pour tous les âges. Limites de l’indicateur : la qualité des données qui permettent de calculer les taux de scolarisation peut varier d’un pays à l’autre. De plus, l’indicateur est tributaire de la durée théorique des cycles d’enseignement qui peut varier selon les pays ainsi que de l’usage significatif du redoublement ou de l’enchaînement des diplômes de CITE
3. Fréquents dans certains pays.
4. Source : Eurostat, 2012.
5. « L’Europe de l’éducation en chiffres », p. 24, MEN-DEPP, novembre 2016.

 

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