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Naissances, décès, déménagements : des ressorts démographiques différents selon les territoires

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Les variations de population sont fonction de deux facteurs. D’une part, un facteur naturel lié au nombre de naissances et de décès, fortement corrélé aux structures démographiques. D’autre part, un facteur migratoire, lié au jeu des entrées et des sorties sur un territoire. Le solde de ces échanges, qui traduit la capacité d’un territoire à être attractif, est nettement plus fluctuant que le solde naturel. Les disparités de solde migratoire sont donc beaucoup plus fortes que celles du solde naturel.

La France se distingue globalement par un solde naturel et un solde migratoire durablement positifs. Malgré une tendance au vieillissement importante et accélérée, la France demeure l’un des pays les plus féconds d’Europe10 et l’un des rares où la croissance démographique est portée par ses dynamiques naturelles. Depuis plusieurs décennies, ce seul solde naturel (naissances – décès) positif a en effet permis de gagner chaque année environ 250 000 habitants supplémentaires. Ce chiffre tend à diminuer légèrement sous l’effet conjugué d’une augmentation du nombre de décès (vieillissement) et d’une baisse du nombre de naissances, depuis un niveau maximum atteint en 2010. Par ailleurs, sa puissance économique et son histoire font de la France un pays d’immigration : le solde migratoire est largement positif. Malgré des variations observées au cours des dernières décennies, ce solde est resté très nettement bénéficiaire (+70 000 habitants par an en moyenne depuis 1968 / +45 000 habitants par an en moyenne sur la période récente [2008-2013]). Le pays demeure donc attractif.

Au-delà de ces constats nationaux, les ressorts de la croissance démographique diffèrent selon les territoires. La lecture des soldes naturels et migratoires à l’échelle des 1 666 bassins de vie11, plus précise que celle des régions ou des départements, offre l’éclairage nécessaire pour appréhender ces dynamiques hétérogènes.

 

La moitié des bassins de vie combinent apports naturels et apports migratoires

Entre 1999 et 2013, près d’un bassin de vie sur deux a bénéficié simultanément d’un excédent naturel et d’un excédent migratoire. L’inertie des comportements migratoires perdure en faveur des territoires attractifs en termes d’emploi, au premier rang desquels les métropoles, et plus particulièrement celles de l’Ouest, du Sud et du Sud-Est. Ainsi, dans les espaces autour des agglomérations du « U » en croissance (Rennes, Nantes, Bordeaux, Toulouse, Montpellier, Marseille et Lyon), ainsi que dans les Alpes du Nord et dans la vallée du Rhône, la dynamique démographique est portée à la fois par un solde naturel et un solde migratoire excédentaires. Ces territoires attractifs et dynamiques sont relativement jeunes.

Des espaces dont la croissance repose uniquement sur les apports migratoires

En revanche, pour un tiers des bassins de vie, la croissance s’explique par le seul excédent migratoire. Dans la plupart des bassins de vie – essentiellement situés au sud de la Loire – en périphérie des grandes agglomérations mentionnées ci-dessus et, ce qui marque une rupture par rapport à la décennie précédente, dans les espaces les moins denses, la croissance repose en effet très majoritairement, voire exclusivement, sur les apports migratoires. En raison du vieillissement marqué de leur population, les dynamiques naturelles de ces territoires sont atones, voire négatives, et le développement de ces espaces (littoraux notamment) dépend ainsi fortement de l’attractivité qu’ils exercent sur les retraités et les familles. Les mouvements migratoires excédentaires ne parviennent en revanche pas à compenser le déficit naturel dans une centaine de bassins de vie, pour la plupart situés dans le centre de la France.

Dans d’autres espaces, la croissance ne tient qu'aux dynamiques naturelles

La vallée de la Seine (axe Paris-Rouen) et les espaces denses du Nord de la France (axe Dunkerque-Béthune-Lille-Roubaix-Tourcoing-Valenciennes) sont dans la situation inverse. Leur croissance dépend quasi exclusivement des dynamiques naturelles. Ces espaces, plutôt jeunes, peinent à attirer de nouveaux habitants et à retenir leur population, notamment du fait d’importantes pertes d’emploi.

Dans les DOM, malgré le vieillissement de certains départements (en particulier Martinique et Guadeloupe), la population reste assez jeune, et les taux de fécondité relativement élevés alimentent un solde naturel positif. Dans presque tous les départements d’outre-mer, les soldes migratoires sont en revanche déficitaires (à l’exception notable de la Guyane, fortement impactée par les apports de population en provenance du Brésil et du Suriname).

L’Île-de-France présente, quant à elle, des particularités. Sa croissance repose exclusivement sur son solde naturel, et son solde migratoire négatif pourrait laisser penser que la région capitale perd en attractivité. Dans les faits, la situation est très différente. La tension (concentration des emplois, développement du parc de logements insuffisant pour répondre à la demande, etc.) qui s’exerce aujourd’hui sur cet espace conduit à un débordement du développement démographique de l’Île-de-France sur ses franges. L’agglomération parisienne reste donc attractive, le solde migratoire négatif observé dans la majorité de ses départements étant l’une des conséquences de cette tension qui ne diminue pas.

Une centaine de bassins de vie en déclin démographique

Dans d’autres espaces, le jeu des soldes naturels et migratoires conduit au contraire à un déclin démographique. Près d’une centaine de bassins de vie sont dans ce cas, et ce malgré un solde naturel positif : leur déficit migratoire est tel que l’excédent naturel ne le compense pas. La plupart de ces bassins de vie sont situés dans les anciennes régions Champagne-Ardenne, Lorraine, Nord-Pas-de-Calais, Haute-Normandie mais aussi dans les Antilles (Sainte-Marie et Fort-de-France en Martinique ou Grand-Bourg et Basse-Terre en Guadeloupe). Enfin, quelques bassins de vie, essentiellement situés sur un arc qui relie les Ardennes au Cantal, en passant par l’Aube, la Côte d’Or, l’Yonne, la Saône-et-Loire ou l’Allier, cumulent déficit naturel et déficit migratoire.

Insee (2016), « Fiche Population - Démographie », in France, portrait social,
coll. « Insee Références ».

Eurostat (2016), « Annuaire régional »

Bellamy V., Beaumel C. (2016), « Bilan démographique 2015 », coll. « Insee
Première », n°1581.

Léon O. (2010), « La population des régions en 2040 - Les écarts de
croissance démographique pourraient se resserrer », coll. « Insee Première »,
n°1326.

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