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Dans les quartiers prioritaires de la politique de la ville : un déficit d’emplois et une population peu qualifiée en décalage avec les unités urbaines environnantes

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Au 1er janvier 2014, on comptait 171 700 établissements dans les quartiers prioritaires de France métropolitaine, soit une densité de 35,4 établissements pour 1 000 habitants. Cette densité est deux fois plus faible que celle enregistrée dans les unités urbaines environnantes (76,2 pour 1 000 habitants).

Même si les liens entre niveau d’emploi et niveau d’activité économique sont complexes, cette plus faible densité d’établissements dans les quartiers prioritaires influe sur une offre d’emploi, également plus faible, qui incite à la mise en place de dispositifs spécifiques (voir chapitre 2A) pour lutter contre un taux de chômage particulièrement préoccupant.

Outre le déficit d’emplois dans les quartiers, cumulé à d’importants problèmes de desserte rendant difficile l’accès aux emplois offerts dans les territoires environnants, le faible niveau de qualification de la population active est également l’une des causes importante de chômage. Ainsi, 34,7 % des actifs vivant dans un quartier prioritaire disposent d’un niveau de diplôme inférieur au BEP/CAP (contre 16,3 % dans les unités urbaines environnantes) et ils sont 19,9 % à posséder un diplôme de niveau supérieur ou égal à Bac + 2 (contre 44 % dans les unités urbaines environnantes). L’économie offre des emplois qualifiés et non qualifiés, pour autant, à niveau d’études comparable, les résidents des quartiers prioritaires sont davantage exposés au chômage, du fait d’un ensemble de facteurs (discriminations, faiblesse du réseau social, etc.). Le taux de chômage des bac + 2 ou plus habitant dans les quartiers prioritaires atteint ainsi 18,8 % contre 6,5 % dans les unités urbaines environnantes.

La plus faible qualification générale des habitants des quartiers prioritaires contribue à ce qu’ils exercent des métiers de niveau de qualification majoritairement inférieur à celui observé dans les unités urbaines environnantes. Près des trois quarts des habitants des quartiers sont ouvriers ou employés. Les titulaires d’un bac + 5 sont 15 % à être employés ou ouvriers, contre 7 % en moyenne dans les unités urbaines environnantes. Le taux de chômage est systématiquement très supérieur à celui des unités urbaines d’appartenance, quelle que soit la catégorie socioprofessionnelle considérée. C’est particulièrement vrai chez les cadres et les professions intellectuelles supérieures résidents des quartiers (13,1 % de chômeurs contre 4,3 % dans les unités urbaines environnantes).

Des différences de structure économique

Les actifs occupés résidant dans les quartiers prioritaires travaillent dans des secteurs d’activité relativement proches de ceux des actifs occupés résidant dans les unités urbaines environnantes : pour ceux qui ont un emploi, la différence avec les actifs des territoires environnants est donc bien moindre.
En revanche, on relève des différences significatives dans la répartition par secteur d’activité des établissements économiques entre quartiers et unités urbaines environnantes. Ainsi, certains secteurs d’activité tels que le commerce, le transport, l’hébergement et la restauration (39 % des établissements des quartiers prioritaires contre 30 % dans les unités environnantes) ou la construction (15 % contre 10 %) sont surreprésentés dans les quartiers prioritaires. Ils coïncident avec une légère surreprésentation observée pour les actifs en emploi travaillant dans ces secteurs, par exemple dans la construction (7 % des actifs occupés résidant en quartier prioritaire, contre 5 % dans les unités urbaines environnantes). À l’inverse, les secteurs du tertiaire supérieur (information et communication ; activités financières et d’assurance), emblématiques des tissus économiques métropolitains dans lesquels se situent nombre de quartiers, sont sous-représentés dans les établissements présents dans les quartiers comme dans les emplois des résidents.
Il existe donc des écarts importants entre le profil des actifs (niveau de qualification et catégorie socioprofessionnelle) résidant dans les quartiers prioritaires de la politique de la Ville et celui de leurs homologues habitant les unités urbaines environnantes. De même, il existe des différences significatives dans les secteurs d’activité des établissements implantés dans et hors de ces quartiers. Ces différences de structure économique peuvent constituer un des éléments explicatifs du fort taux de chômage les caractérisant, parmi un ensemble d’autres facteurs qui se cumulent : développement économique local, niveau de qualification, capacité de mobilité, discrimination à l’embauche, faiblesse du réseau social, etc. Une étude sur les déterminants locaux du chômage en région parisienne11 a montré que si les chômeurs des quartiers ségrégués avaient effectivement plus de mal à retrouver un emploi, cela ne s’expliquait pas tant par un éloignement physique à l’emploi que par la faiblesse de leur réseau social dans la recherche d’emploi (voir encadré) et l’existence d’une discrimination territoriale.

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