Article

Share

La frontière franco-suisse : un exemple de marché du travail transfrontalier

Ajouter à mes favoris

Le territoire de l’Arc jurassien3 s’étend le long de 230 km de frontière avec la Suisse. Il se compose, côté français, de quatre départements (le Doubs, le Jura, la Haute-Saône4 et le territoire de Belfort), et en Suisse des cantons de Berne Nord, Vaud, Neuchâtel et Jura. Plus de 31 300 résidents de l’Arc jurassien français travaillent en Suisse, soit 6,5 % de la population active occupée de cet espace.
Les zones d’emploi françaises proches de la frontière sont particulièrement concernées : 43 % des actifs de la zone d’emploi de Morteau travaillent en Suisse (9 900 actifs), et 31 % dans celle de Pontarlier (9 000 actifs). La plupart de ces actifs résidant en France mais travaillant en Suisse habitent à moins de 10 km de la frontière.

Quatre territoires d’échanges préférentiels se dessinent ainsi au sein de l’Arc jurassien :

  • au nord, la coopération repose sur les liens entre le Territoire de Belfort, notamment la commune de Delle, et les districts industriels de Porrentruy et Delémont. Elle devrait encore se renforcer avec l’ouverture d’une nouvelle desserte ferroviaire Bienne-Delle-Belfort ;
  • au cœur de l’Arc Jurassien, les liens se structurent autour de l’industrie horlogère entre la zone d’emploi de Morteau et les communes du Locle et de la Chaux-de-Fonds en Suisse. La présence d’un parc naturel sur le versant suisse et la mise en place d’un parc naturel régional côté français pourraient aussi favoriser des coopérations en matière touristique ;
  • un peu plus au sud, la zone d’emploi de Pontarlier appartient à un espace de coopération diversifié, qui regroupe plusieurs pôles d’emploi suisses : Vallorbe, Yverdon-les-Bains et, dans une moindre mesure, Lausanne dans le canton de Vaud ;
  • enfin, dans la partie la plus montagneuse au sud de l’Arc jurassien, un espace de coopération se dessine entre le département du Jura (Saint-Claude, Les Rousses) et Le Sentier par la vallée de la Joux et avec Nyon, proche de Genève.

L’entrée en vigueur, en 2002, de l’accord de libre circulation des personnes entre la Suisse et l’UE ainsi qu’une conjoncture économique plus favorable en Suisse (surtout après la crise de 2008) ont favorisé l’essor du travail frontalier vers ce pays : le nombre de navetteurs français a augmenté d’un tiers entre 2008 et 2013. Ainsi, l’emploi frontalier est devenu une ressource incontournable pour le développement et le fonctionnement de l’économie de l’Arc jurassien, permettant aux actifs français de trouver des emplois et aux entreprises suisses d’avoir recours à un large réservoir de main-d’œuvre. Fin 2013, 7 % des emplois de l’Arc jurassien suisse sont occupés par une main-d’œuvre frontalière française.

Certaines activités économiques de l’Arc jurassien suisse présentent une dépendance assez élevée à la main-d’œuvre frontalière française, notamment l’horlogerie et la fabrication de produits informatiques et électroniques, où les frontaliers occupent plus de 1 emploi sur 5. Historiquement plutôt orienté vers le secteur industriel (48 % des frontaliers en 2013), le travail frontalier se porte de manière croissante vers les activités tertiaires, qui occupent désormais plus de la moitié des actifs frontaliers français. En fait, le secteur d’activité des frontaliers varie selon les caractéristiques du canton de travail : dans le canton de Vaud, doté d’un secteur tertiaire prédominant, 62 % des frontaliers travaillent dans les services, alors que, dans les autres cantons, deux tiers des frontaliers travaillent dans l’industrie.

Les frontaliers français et les actifs locaux suisses travaillant dans l’Arc jurassien ont des profils très complémentaires : les premiers sont plus jeunes (les deux tiers des 44 0005 frontaliers français ont entre 25 et 45 ans, contre seulement 45 % de la population active occupée suisse) ; près de 25 % exercent une profession intermédiaire (contre seulement 18 %), environ 20 % sont employés administratifs (contre 9 %) et 20 % exercent un métier de l’industrie et de l’artisanat (contre 12 %). À l’inverse, la part des professions hautement qualifiées (directeurs, cadres dirigeants et professions intellectuelles et scientifiques) est nettement plus importante chez les actifs occupés suisses (30 %) que chez les frontaliers français (12 %).

Ainsi, la main-d’œuvre frontalière française s’ancre dans l’économie locale de l’Arc jurassien, et complète l’offre de travail suisse. Les lieux de résidence des frontaliers étant de plus en plus éloignés des lieux de travail en Suisse, le périmètre de ce marché du travail tend à s’élargir : en 2013, 65 % des frontaliers de l’Arc jurassien suisse résidaient en Franche-Comté, contre 72 % en 2007.

Aubert F., Détang-Dessendre C. (2014), « L’emploi rural, des bassins de production agricoles aux zones d’emploi urbaines », in

Jeanneaux P. et Perrier-Cornet P. (coord.), Repenser l’économie rurale, Éditions Quæ, pp. 123-141.

Blanc M., Hild F. (2008), « Analyse des marchés locaux du travail : du chômage à l’emploi », Économie et Statistique, n° 415-416, mars 2009.

Détang-Dessendre C., Gaigné G. (2009), « Unemployment duration, city size and the tightness of the labor market », in Regional Science and Urban Economics, vol. 39 (3), pp. 266-276, mai 2009.

Duhamel E. (2014), « Les zones franches urbaines », in Les avis du CESE, Les éditions des Journaux officiels.

Givord P., Trevien C. (2012), « Les zones franches urbaines : quel effet sur l’attractivité économique ? », Insee Analyses, n° 4, mars 2012.

Gobillon L., Selod H., Zenou Y. (2007), « The mechanisms of spatial mismatch », Urban Studies, 44 : 2401-2427, novembre 2007.

Gobillon L., Selod H. (2007), « Les déterminants locaux du chômage en région parisienne », Économie & Prévision, n° 180-181, pp. 19-38.

Gaschet F., Gaussier N. (2003), « Ségrégation urbaine et marchés du travail au sein de l’aire urbaine bordelaise : quelle portée pour l’hypothèse de mauvais appariement spatial ? », Cahiers du GRES, n° 14.

La main-d’oeuvre frontalière dans l’Arc jurassien, Observatoire statistique transfrontalier de l’Arc jurassien, décembre 2014.

Pour une nouvelle dynamique de l’Arc jurassien. Stratégie de coopération transfrontalière 2016-2020, CTJ, 2016.

Qualité de vie, habitants, territoires, rapport de l’Observatoire des territoires 2014, CGET.

Rapport 2015 de l’Observatoire national de la politique de la Ville.

Une forte mobilité des actifs dans l’Arc jurassien, Observatoire statistique transfrontalier de l’Arc jurassien, novembre 2014.

 

Pour enregistrer un favori, vous devez avoir un compte personnel

Me connecter Créer mon compte personnel