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Le développement du télétravail, une opportunité pour mieux répartir l’emploi dans les territoires

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Dès les années 1990, les « TIC » (technologies de l’information et de la communication) ont été identifiées comme des moyens de modifier l’organisation et la répartition spatiale du travail. Toutefois, au cours des vingt dernières années, le télétravail, organisation du travail permettant au salarié de travailler hors des locaux de l’entreprise, en utilisant les TIC, s’est surtout développé au sein de grands groupes internationaux, qui ont eu recours à des outils performants et coûteux, générateurs d’importantes économies de déplacements ou de locaux. L’ensemble des entreprises et des administrations françaises est longtemps resté en retrait, hésitant à réviser l’organisation des liens professionnels au sein des équipes. Ainsi la France connaît-elle un taux de télétravail bien plus faible que ses voisins européens (Belgique, Pays-Bas, Allemagne, Royaume-Uni, États nordiques).

 

Les collectivités favorisent le télétravail

Cependant, on observe actuellement un développement significatif du télétravail dans les territoires français, qui passe notamment par la généralisation des lieux d’accueil. Au sein des gares et des hôtels, dans les zones rurales comme au cœur des grandes agglomérations, une offre de services d’accueil de télétravailleurs émerge dans tous les territoires, sous des dénominations différentes (télécentres, espaces de co-working, etc.). Plusieurs métropoles, départements et régions ont ainsi engagé des actions en faveur du développement du télétravail ; et l’on recense près de 700 lieux d’accueil sur les sites spécialisés. En parallèle, il existe une proportion élevée de télétravail qualifié de « gris » (i.e. ne faisant pas l’objet d’une mention ou d’un avenant au contrat de travail), qui pourrait être officialisée.

Le développement du télétravail, conditionné par une évolution de l’organisation individuelle et collective du travail, constitue un gisement d’économies potentielles et de confort pour les salariés (réduction des frais de déplacement et de garde d’enfant, meilleur équilibre entre vies professionnelle et familiale), pour les entreprises (amélioration de la productivité et lutte contre l’absentéisme), mais aussi un véritable enjeu pour les territoires (décongestion des centres, réduction de la pollution liée aux navettes, maintien de l’emploi dans les zones rurales).

Comme toute forme d’innovation, le télétravail présente des opportunités dont les acteurs territoriaux peuvent se saisir. Aussi, la plupart des métropoles développent déjà le télétravail dans les secteurs dans lesquels elles ont concentré leurs atouts économiques (services, recherche, enseignement supérieur, offre de santé médicalisée) : la métropole de Lyon soutient un réseau de lieux en assurant la promotion d’une charte de co-working ; et dans l’espace métropolitain de Toulouse, les initiatives viennent de « la mêlée numérique », association de professionnels qui fédèrent également les départements limitrophes du Gers et de l’Ariège. Chaque territoire dispose de qualités à faire valoir pour intéresser les télétravailleurs, qui ne sont pas l’apanage des espaces métropolitains : au contraire, le coût de l’immobilier et la qualité de vie sont des éléments déterminants dans les choix de localisation des actifs.
C’est pourquoi plusieurs départements ruraux ont pris des initiatives pour soutenir le développement du télétravail : le Lot, le Cantal (qui a construit un volet entier de sa politique de promotion territoriale sur le télétravail), la Lozère (qui s’appuie sur son réseau de maisons de services aux publics), les Côtes-d’Armor ou encore la Seine-et-Marne (où une association a été créée par les acteurs publics pour accompagner les porteurs de projets de télécentres).
Le développement du télétravail, couplé à une politique ambitieuse d’accès aux services publics, pourrait ainsi atténuer la concentration des actifs dans les centres économiques du pays, en offrant des emplois au sein d’espaces dont l’attractivité résidentielle est bridée par le manque d’opportunités économiques.

 

ACTION - Un plan national de déploiement du télétravail

Prenant acte de ce potentiel fort, le gouvernement a lancé en 2015 un plan national de déploiement du télétravail, qui a notamment pour objectif de mieux répartir l’emploi dans les territoires.

Les enjeux sont multiples :

  • permettre aux habitants des zones périurbaines et rurales d’occuper des emplois dans les centres économiques, malgré leur éloignement ;
  • rendre plus attractives les entreprises situées en périphérie, pour des profils très qualifiés qui ne devront y être présents physiquement qu’une partie du temps ;
  • constituer un levier de développement nouveau pour les territoires les plus actifs, qui participent à la construction d’une offre de services aux télétravailleurs et fédèrent les efforts entrepreneuriaux dans ce domaine, notamment via l’accroissement de la demande locale de services liée à la présence de nouveaux télétravailleurs.

Ainsi, depuis plusieurs décennies, les tendances à la concentration de l’emploi dans les pôles économiques et à la périurbanisation de la population autour des pôles dynamiques ont aggravé le décalage spatial entre les lieux de travail et les lieux de résidence des actifs. Ce décalage se traduit par des navettes de plus en plus longues (voir le chapitre 2C), coûteuses pour les actifs, les entreprises et l’environnement, mais également par une possible marginalisation des populations fragiles dont les capacités de mobilité (résidentielle comme quotidienne) sont limitées. À l’échelle des grandes aires urbaines également, on constate des situations de désajustement entre les offres d’emploi et les demandeurs d’emploi, notamment dans les couronnes des pôles urbains. Ces évolutions ne sont toutefois pas une fatalité : un ensemble de leviers peuvent  être mobilisés au service d’un aménagement plus équilibré des territoires à l’échelle locale, pour garantir aux ménages comme aux entreprises une option intermédiaire entre une vision uniformisante de l’aménagement du territoire, qui nierait le fait urbain, et la tendance actuelle à l’hyper-concentration des emplois qui creuse les inégalités sociales et territoriales.

Allaire et al. (2016), Le marché du travail dans les grandes aires urbaines en 2015, étude de la fondation Terra Nova et de l’entreprise Jobijoba.

Aubert F., Détang-Dessendre C. (2014), « L’emploi rural, des bassins de production agricoles aux zones d’emploi urbaines », in Jeanneaux P. et Perrier-Cornet P. (coord.), Repenser l’économie rurale, Éditions Quæ, pp. 123-141.

Blanc M., Hild F. (2008), « Analyse des marchés locaux du travail : du chômage à l’emploi », Économie et Statistique, n° 415-416, mars 2009.

Cavailhes J., Thisse J.-F. (2013), « Faut-il choisir entre égalité des territoires et développement économique ? » in Laurent E. (dir.), Vers l’égalité des territoires. Dynamiques, mesures, politiques, Paris, La Documentation française, pp. 364-383.

Didry C., De Palma A., Picard N. (2014), Externalités des télécentres, rapport d’étude de la Caisse des dépôts, en partenariat avec l’ENS Cachan et PMP Conseil, mars 2014.

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