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L’ancrage local des entrepreneurs : un tremplin pour l’emploi dans les quartiers ?

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Toutefois, l’éloignement à l’emploi ne concerne pas que les actifs habitant dans des zones périphériques : dans les quartiers prioritaires de la politique de la ville aussi, réduire la dissociation spatiale entre emplois et habitants représente un enjeu fort. En 2014, 26,7 % des actifs y étaient en effet au chômage, contre 9,9 % dans les unités urbaines environnantes. Il existe un décalage important entre le développement économique des agglomérations où se situent ces quartiers et le niveau d’emploi local, qui peut être lié à une diversité de facteurs (discriminations à l’embauche, marché de l’emploi dérégulé, difficulté des employeurs locaux à trouver une main-d’œuvre présentant les qualifications attendues, créations d’entreprises sans salarié qui ne deviennent pas un moteur du développement local, etc.).


Créer de l’emploi dans les quartiers

La mise en place des zones franches urbaines (ZFU), en 1996, avait pour but d’attirer des entreprises et de créer de l’emploi dans ces quartiers où il faisait défaut. L’impact réel de cette politique suscite de nombreux débats, notamment parce qu’elle aurait favorisé des stratégies d’aubaine, sans effets durables sur l’emploi en raison de la limitation dans le temps des clauses d’embauche locale. Par ailleurs, en 2015, le lancement de l’Agence France Entrepreneur vise également à favoriser le développement économique dans les territoires les plus en difficulté, en faisant de l’entrepreneuriat local un tremplin pour le développement de l’emploi dans les quartiers. L’enjeu de la réussite de ce programme tient en partie à l’ancrage territorial des entrepreneurs, c’est-à-dire à leur capacité à établir des liens avec les autres acteurs du territoire, pour mobiliser les ressources locales telles que la main-d’œuvre. Cet ancrage peut se traduire, comme c’est le cas dans certains territoires ruraux, par des collaborations et des actions collectives de formation ou de mise en réseau des entreprises et des demandeurs d’emploi, via les acteurs publics locaux ou les associations d’acteurs privés tels les clubs d’entreprises. Il peut également aboutir à la structuration de véritables « filières » qui font converger trajectoire économique des territoires et actions pour l’emploi (formations, qualifications, insertion notamment).

Dans plusieurs quartiers prioritaires de la politique de la ville, la concentration des entreprises a suscité la mobilisation et la coordination d’acteurs publics et privés, agissant collectivement pour l’emploi local. Des logiques de proximité ont été traduites dans des dispositifs expérimentaux, comme des centres d’affaires de quartier au pied des immeubles d’habitat social où se localisent souvent les demandeurs d’emploi.
Ce type d’initiative s’appuie sur l’hypothèse que la proximité géographique des acteurs s’accompagne d’une proximité sociale, favorable à la multiplication des interactions. L’ancrage local des entreprises est donc, potentiellement, un moyen de renforcer la cohérence du développement économique et de l’emploi local, en s’appuyant sur la rencontre et la coordination des acteurs locaux. Si l’entrepreneuriat local présente une opportunité pour favoriser les créations d’emploi, notamment dans les quartiers prioritaires, la problématique du déficit d’emplois dans certains territoires peut également être envisagée sous l’angle de la redistribution spatiale des lieux de travail, grâce au télétravail notamment.

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