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Les marchés locaux du travail dans les grandes aires urbaines

Année de publication2021
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2016
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Une étude menée en 2016 par la fondation Terra Nova et l’entreprise de recherche d’emploi en ligne Jobijoba a permis de traiter 6 millions d’offres d’emploi3 collectées dans 400 sites partenaires au cours de l’année 2015 dans les quinze plus grandes aires urbaines françaises, et plus de 1 million de recherches d’emploi : cette couverture permet d’observer de près la géographie du marché du travail dans ces aires où vivent près de 25 millions de Français. L’étude donne une image fidèle du marché de l’emploi en ligne (couverture à environ 95 %), mais ne retranscrit pas le marché de l’emploi qui ne passe pas par Internet, ni le marché dit « caché » (i.e. les recrutements ne passant pas par des offres d’emploi : recrutement direct, cooptation, réseaux personnels et professionnels, etc.).

Si les emplois ont tendance à se concentrer dans les pôles4 (90 % des offres d’emploi en ligne recensées dans les quinze plus grandes aires urbaines en 2015 sont dans les pôles, contre 10 % dans les couronnes), cette étude montre que c’est dans les villes-centres de ces pôles, abritant le quart de la population des grandes aires urbaines, que sont localisées 50 à 60 % des offres d’emploi en ligne publiées en 2015 ; et ce alors que ce sont les couronnes qui attirent le plus la population aujourd’hui. L’avantage des villes-centres est aussi qualitatif : plus on s’approche du cœur des grandes villes, plus les emplois sont stables et mieux rémunérés. Ces différences résultent en partie des disparités dans la spécialisation des différents territoires de l’aire urbaine (secteurs industriels et résidentiels dans les couronnes, tertiaire supérieur dans les villes-centres). Quant aux recherches d’emploi, la concentration dans les villes-centres est nette (50 % dans les villes-centres ; 88 % dans les pôles), mais moindre que celle des offres. Cet écart suggère qu’une partie non négligeable des recherches se tourne vers des zones moins denses, où les offres sont aussi moins nombreuses. Ces données permettent ainsi de mettre au jour des écarts importants entre la dispersion géographique des offres et celle des recherches, en faisant ressortir des zones de recouvrement et de désajustement.

Deux situations typiques se dégagent :

  • les aires urbaines où l’on observe une bonne adéquation entre la sectorisation des recherches des candidats et les zones d’offres d’emploi les plus denses (Grenoble, Douai-Lens, Rouen, Nantes, etc.). Il reste cependant de nombreux espaces où l’offre est relativement dense mais les recherches plus faibles, comme dans les périphéries nordouest et sud de l’aire grenobloise ; la demande de travail. Pour les autres, cette captation urbaine de l’emploi est la cause du dépérissement économique des territoires périphériques. Les cœurs métropolitains et leur périphérie fonctionnent en effet en complémentarité, ce qui ne signifie pas que les premiers doivent avoir le monopole de la création d’emplois quand les seconds n’auraient d’autre choix que d’organiser la mobilité de leurs habitants vers les centres urbains. S’il importe de donner à chacun les moyens de cette mobilité, un aménagement équilibré des territoires doit avant tout conduire à mettre en capacité les territoires périphériques de créer – ou, le cas échéant, de maintenir – de l’emploi localement. C’est un enjeu d’égalité territoriale, mais aussi un impératif environnemental (limiter la multiplication et l’allongement des navettes quotidiennes vers les centres urbains), social (permettre aux habitants des territoires périphériques, et notamment les plus défavorisés, d’accéder aux emplois), et pour le fonctionnement efficace de l’ensemble du système territorial.
  • les aires urbaines où les zones de concentration des recherches et des offres se croisent dans la villecentre, mais sont assez largement désajustées dans le reste de l’aire urbaine (Lyon, Marseille, Bordeaux, Toulouse, etc.). Ces aires urbaines présentent ainsi de larges espaces où les recherches se concentrent dans des zones de faible densité d’offre (sud-est de l’aire lyonnaise), et d’autres espaces où les offres se concentrent dans des zones de faible densité des recherches (nord-ouest de l’aire lyonnaise).

L’hyper-concentration des offres d’emploi dans le cœur des métropoles françaises constitue un enjeu en matière d’égalité des opportunités de développement économique pour les territoires, et d’accès à l’emploi pour les actifs. Pour les uns, la concentration des emplois dans les villes-centres est vertueuse, car elle permet une accessibilité optimale à l’emploi depuis l’ensemble des communes de l’aire urbaine, et donc un meilleur appariement de l’offre et de la demande de travail. Pour les autres, cette captation urbaine de l’emploi est la cause du dépérissement économique des territoires périphériques. Les cœurs métropolitains et leur périphérie fonctionnent en effet en complémentarité, ce qui ne signifie pas que les premiers doivent avoir le monopole de la création d’emplois quand les seconds n’auraient d’autre choix que d’organiser la mobilité de leurs habitants vers les centres urbains. S’il importe de donner à chacun les moyens de cette mobilité, un aménagement équilibré des territoires doit avant tout conduire à mettre en capacité les territoires périphériques de créer – ou, le cas échéant, de maintenir – de l’emploi localement.
C’est un enjeu d’égalité territoriale, mais aussi un impératif environnemental (limiter la multiplication et l’allongement des navettes quotidiennes vers les centres urbains), social (permettre aux habitants des territoires périphériques, et notamment les plus défavorisés, d’accéder aux emplois), et pour le fonctionnement efficace de l’ensemble du système territorial.

Allaire et al. (2016), Le marché du travail dans les grandes aires urbaines en 2015, étude de la fondation Terra Nova et de l’entreprise Jobijoba.

Aubert F., Détang-Dessendre C. (2014), « L’emploi rural, des bassins de production agricoles aux zones d’emploi urbaines », in Jeanneaux P. et Perrier-Cornet P. (coord.), Repenser l’économie rurale, Éditions Quæ, pp. 123-141.

Blanc M., Hild F. (2008), « Analyse des marchés locaux du travail : du chômage à l’emploi », Économie et Statistique, n° 415-416, mars 2009.

Cavailhes J., Thisse J.-F. (2013), « Faut-il choisir entre égalité des territoires et développement économique ? » in Laurent E. (dir.), Vers l’égalité des territoires. Dynamiques, mesures, politiques, Paris, La Documentation française, pp. 364-383.

Didry C., De Palma A., Picard N. (2014), Externalités des télécentres, rapport d’étude de la Caisse des dépôts, en partenariat avec l’ENS Cachan et PMP Conseil, mars 2014.

Duhamel E. (2014), « Les zones franches urbaines », in Les avis du Cese, Les éditions des Journaux officiels.

Faure A., Gaucherand G., Laget M. (2015), « Le télétravail : des avantages pour les travailleurs, les entreprises et les territoires », in En Bref, n° 10, CGET, décembre 2015.

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