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Une approche par sphères pour résumer les trajectoires économiques des territoires

Année de publication2022
Territoire
Année de publication
2016
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Depuis 1974, date à laquelle l’emploi industriel a atteint son point culminant en France, le pays a connu une importante reconfiguration des activités des entreprises et des métiers, dans un contexte de hausse tendancielle du chômage.
En 2012, la France métropolitaine compte 25,8 millions d’emplois, soit 4,9 millions de plus qu’en 1975. Le recul des emplois dans l’industrie (- 2,9 millions d’emplois entre 1975 et 2012), l’agriculture (- 1,4 million d’emplois) et la construction (- 125 000 emplois) s’est accompagné d’une augmentation des emplois tertiaires (+ 9,4 millions d’emplois, dont 4,5 d’emplois publics).
L’économie productive d’il y a quarante ans a peu à peu laissé place à une économie tertiarisée. Les métiers et les qualifications des travailleurs ont également connu des bouleversements : alors que la part d’ouvriers et d’agriculteurs exploitants dans la population active a chuté, celle des cadres a été multipliée par deux et demi en quarante ans. Cette évolution de la structure des emplois s’est accompagnée d’une élévation plus importante encore des niveaux de diplômes : la part des actifs occupés diplômés du supérieur a été multipliée par quatre, passant de 8 % en 1975 à 36,6 % en 2012.

Féminisation et vieillissement

L’évolution de la structure des emplois s’est accompagnée d’une transformation du rôle des femmes dans la société, se concrétisant par leur participation croissante au marché du travail, en particulier dans un secteur tertiaire en croissance (emploi public notamment). À l’inverse, la part des femmes n’a pas évolué dans l’industrie et l’agriculture. Le vieillissement de la population est également un des vecteurs de la mutation des emplois, notamment à travers l’augmentation des métiers de la santé et de l’action sociale, massivement investis par les femmes.

Une approche par sphère

La partition de l’économie en sphères (voir encadré ci-dessous) permet de mieux comprendre l’évolution des activités. Depuis 1975, la sphère productive a perdu plus de 1 million d’emplois, avec la hausse de la productivité du secteur agricole et le déclin relatif de l’industrie. Les emplois de la sphère résidentielle n’ont que très peu augmenté depuis 1975, et leur part relative dans l’ensemble des emplois a même diminué. En revanche, les emplois de la sphère publique ont été multipliés par deux.

On observe que les zones où l’emploi a le plus augmenté ont gagné des emplois dans les trois sphères : une hausse d’emplois dans la sphère productive génère, d’une part, un accroissement de la demande locale de biens et de services, besoins auxquels répond la sphère résidentielle et, dans une certaine mesure, la sphère publique. D’autre part, une hausse d’emplois dans les sphères résidentielle et publique contribue à offrir un environnement attractif pour l’implantation d’activités productives.

 

Les sphères économiques

La sphère productive regroupe les secteurs dont les biens et services marchands produits sont destinés à être consommés ou exportés à l’extérieur du territoire de production (nationalement ou internationalement) : agriculture, industrie, tertiaire productif (services aux entreprises, transport de marchandises, commerce de gros, etc.). La localisation de l’emploi productif dépend des choix des entreprises et de l’attractivité des territoires (ressources naturelles, main-d’œuvre disponible, etc.).

La sphère résidentielle comprend la construction et le secteur tertiaire résidentiel (services aux particuliers, commerce de détail, etc.). Pour ces activités de proximité, la localisation de l’emploi dépend des besoins de la population résidente (actifs ou retraités) ou de passage (touristes, déplacements professionnels journaliers).

La sphère publique désigne les emplois principalement financés par les prélèvements obligatoires : les trois fonctions publiques, l’éducation, la santé et l’action sociale, dont la répartition spatiale renvoie à l’organisation administrative du territoire. Plus précisément, dans la suite du rapport, cette sphère comporte les administrations publiques (section O de la nomenclature d’activité française), l’enseignement (P), la santé humaine et l’action sociale (Q), y compris le secteur marchand de l’enseignement et de la santé. Pour des raisons de disponibilité de données, elle ne comprend pas les activités extraterritoriales (section U, qui représente moins de 20 000 emplois, essentiellement localisés à Paris et Strasbourg3). Dans la nouvelle nomenclature de l’Insee (2010), la sphère publique a été en grande partie rassemblée avec la sphère résidentielle, pour constituer la sphère présentielle.

Carré D., Levratto N. (2013), Les entreprises du secteur compétitif dans les territoires. Les déterminants de la croissance, étude AdCF, juin 2013.

Davezies L., Talandier M. (2014), « L’émergence de systèmes productivo-résidentiels. Territoires productifs, territoires résidentiels : quelles interactions ? », Travaux, n° 19, Commissariat général à l’égalité des territoires (CGET)/La Documentation française.

Eljim K. (2013), « Activité et emploi en Europe : bilan et perspectives » in Espace populations sociétés, pp. 25-27, mars 2013.

Gass C., Reynard R., Vialette P. (2015), « Trente ans de mutations fonctionnelles de l’emploi dans les territoires », Insee Première, n° 1538, février 2015.

Hecquet V. (2014), « Emploi et territoires de 1975 à 2009 : tertiarisation et rétrécissement de la sphère productive », Économie et Statistique, n° 462-463, pp. 25-68, janvier 2014.

Kubrak C. (2013), « Concentration et spécialisation des activités économiques : des outils pour analyser les tissus productifs locaux ». Insee, documents de travail, n° H2013/01, mars 2013.

« Le profil de développement des agglomérations et métropoles françaises », tome 1, étude pour l’AdCF et la Caisse des dépôts, mars 2016.

 

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