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Les PIB régionaux : des indicateurs de richesse à manipuler avec précaution

Année de publication2022
Territoire
Année de publication
2016
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L’indicateur le plus classique de mesure des richesses produites par un pays est le produit intérieur brut (PIB). Il vise à quantifier, pour un pays et une année donnés, la valeur totale de la production de richesse effectuée par les agents économiques résidant à l’intérieur de ce territoire (ménages, entreprises, administrations publiques). C’est donc un indicateur qui reflète l’activité économique interne d’un pays ; sa variation d’une période à l’autre mesure un taux de croissance économique. Pour estimer la création de richesse à l’échelle régionale, on peut régionaliser le PIB métropolitain (les Dom faisant l’objet d’un traitement particulier) à partir de répartitions : l’estimation des PIB régionaux repose, pour une grande partie du secteur marchand, sur la répartition de la valeur ajoutée au niveau des établissements, au prorata de la masse salariale des différents établissements régionaux de chaque entreprise. Les autres branches (non marchandes : agriculture, activités financières et d’assurance, loyers imputés) font, quant à elles, l’objet de traitements spécifiques. Le PIB régional vient en complément de la mesure du PIB national, en mettant en évidence le poids économique de la région dans l’ensemble national. Pour comparer un PIB régional à un autre, on le rapporte souvent à une population (PIB régional par habitant).

Le PIB par habitant est un indicateur très utilisé pour les comparaisons internationales, car à l’échelle des pays, les structures démographiques et économiques sont assez proches et permettent la comparaison.
Mais plus la zone géographique est fine (la région par exemple), plus les différences de structures entre territoires compliquent l’analyse : les écarts de PIB/hab. ne sont pas directement assimilables à des différences de productivité régionale. Il est, par exemple, utile de rapporter le PIB à la population active d’une région, puisqu’il mesure la production de valeur par les individus en activité. Sans quoi, le PIB régional par habitant est d’autant plus élevé qu’une part importante de la population est active, et masque les effets dus à la part de retraités, à la part de la population en âge de travailler, au taux d’activité des femmes ou encore à la part de temps partiels. De même, la distinction entre domicile et lieu de travail peut introduire des distorsions dans le PIB régional. L’estimation des valeurs ajoutées régionales est issue des comptes des entreprises, dont les emplois sont dans la région, mais qui ne sont pas forcément occupés par des personnes résidant dans la région. Le PIB/hab. ne prend pas en compte les navettes domicile- travail interrégionales et le travail transfrontalier, ce qui peut influer significativement sur les valeurs de cet indicateur dans les régions frontalières et les régions polarisées par des métropoles.

Calculer un PIB régional par emploi (ou « productivité apparente du travail ») permet d’éviter ce genre de biais liés à la structure de la population et aux déplacements, puisque le numérateur et le dénominateur de ce ratio correspondent à une activité économique réalisée sur le territoire régional.
Toutefois, cet indicateur masque lui aussi des effets de composition et d’interdépendance, du fait de la répartition interrégionale de l’activité productive.
Par exemple, les régions, telle l’Île-de-France, qui concentrent des emplois de secteurs à forte valeur ajoutée (services aux entreprises notamment) affichent une productivité élevée, notamment du fait de la présence de sièges sociaux de grands groupes, dont le chiffre d’affaires est pourtant réalisé sur l’ensemble du territoire français. De même, les régions où sont concentrées les rémunérations très élevées ont un PIB/emploi « gonflé » par le mode de calcul de cet indicateur. Comme indiqué plus haut, on affecte la valeur ajoutée des entreprises multirégionales selon la masse salariale, ce qui conduit à attribuer une part importante de valeur ajoutée aux régions qui accueillent les établissements pesant le plus dans les salaires versés, sans lien avec un niveau de productivité réel.

De fait, la notion de PIB régional, qu’elle soit rapportée au nombre d’habitants ou d’emplois, doit être manipulée avec précaution, dans le cadre d’un système français très intégré, où les économies régionales sont très peu autonomes. Les écarts de productivité apparente des régions sont avant tout le fruit de la répartition historique des activités.

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