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Évolution du PIB des régions : les territoires à l’économie fragile davantage affectés par la crise

Année de publication2022
Territoire
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2016
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En France, depuis le début des années 1990, la croissance du PIB n’a été interrompue que par les récessions de 1993, puis de 2008-2009. De 2006 à 2013, le taux moyen de croissance du PIB national était de 0,85 % par an. Ces grandes évolutions se sont cependant déclinées différemment suivant les régions (ce sont les anciens périmètres qui sont retenus ici) selon qu’elles ont plus ou moins sévèrement subi les différents épisodes de la crise à partir de 2008 (voir encadré). Les régions à vocation plutôt productive (Franche-Comté, par exemple) ont été plus touchées par la crise de 2008-2009, quand les régions où l’emploi est de type résidentiel (Languedoc-Roussillon) l’ont plus été par la crise de 2011-2012. Toutefois, les disparités rencontrées dans les évolutions économiques régionales ne résultent que partiellement du profil d’activité de chaque région.
Elles dépendent en effet principalement d’une dynamique propre, très liée à la démographie, qui peut être positive ou négative. Dès avant la dernière crise, cette dynamique apparaissait plus favorable aux régions de l’Ouest, au pourtour méditerranéen et à la région Rhône-Alpes (voir chapitre 1A).

Les régions en difficulté ont été les plus touchées par la crise

Les régions situées dans le quart nord-est (Champagne-Ardenne, Franche-Comté et Lorraine) et le Limousin (profils 6 et 7), qui comptaient déjà parmi celles dont l’économie était la moins dynamique, ont été durement touchées par la crise. Leur PIB a subi une dégradation marquée pendant trois ans, avec des variations annuelles allant jusqu’à - 4,8 %. Leur économie s’est progressivement redressée à partir de 2010, pour rechuter en 2012. C’est là que le plus grand nombre d’emplois a été détruit (94 700 emplois en moins dans ces quatre régions, soit une diminution de 4,3 % du stock d’emplois entre 2007 et 2013), notamment du fait de leur spécialisation productive à forte composante d’industries exportatrices (19,7 % des emplois en 2007 dans les régions du profil 7).
Toutefois, la structure productive de ces régions n’explique qu’en partie leur rythme de croissance économique plus faible : les effets des restructurations industrielles ou des fermetures de sites ont certes joué un rôle, mais s’y ajoute une démographie plus faible que dans d’autres régions, qui freine la croissance par une moindre consommation.

Dans la majeure partie des régions, une crise d’un à deux ans

La majeure partie des régions ont connu une crise limitée à une ou deux années de recul du PIB, avec une reprise plus ou moins rapide dès 2010. Dans la plupart des régions de la moitié ouest du pays (voir le profil 5 sur la carte ci-avant), le PIB a chuté en 2008 et 2009, et s’est progressivement redressé ensuite, à un rythme moyen de 0,9 % par an entre 2010 et 2013.
La crise a été plus tardive (2009), mais le redémarrage similaire à celui du profil 5 dans les régions de l’est du pays – Alsace, Bourgogne, Rhône-Alpes – ainsi que dans le Languedoc-Roussillon, les Pays de la Loire et le Nord-Pas-de-Calais (profil 3). Ce dernier constitue une exception parmi les régions de tradition industrielle : ayant entamé sa mutation économique plus tôt, il a développé des emplois de services marchands, moins exposés aux chocs que les emplois industriels.
Dans les Dom, en Midi-Pyrénées et en Paca, régions où la crise a eu un impact plus modéré en 2008 et 2009, le redémarrage de l’économie a été plus soutenu, avec un taux de croissance annuel moyen du PIB de 1,7 % entre 2010 et 2013 (profil 4).
Hormis la Corse, les régions qui ont le mieux traversé la dernière crise sont celles qui avaient le PIB le plus élevé avant celle-ci, et dans lesquelles sont situées les plus grandes métropoles françaises. Les régions Aquitaine, Poitou-Charentes et Pays de la Loire ont en outre bénéficié de leur fort dynamisme démographique.

Les exceptions francilienne et corse

L’Île-de-France (profil 2) et la Corse (profil 1) sont deux cas de figure atypiques. L’économie francilienne, très ouverte aux échanges extérieurs, s’est brutalement dégradée en 2009 (baisse de 3,8 % du PIB en un an), pour repartir à la hausse tout aussi rapidement l’année suivante (+ 5,1 % en 2010). La Corse, quant à elle, fait figure d’exception parmi les régions françaises, car elle n’a pas connu de crise économique au cours des dernières années et, hormis une légère baisse du PIB en 2012, sa croissance est ininterrompue depuis 2007.
En Île-De-France, contrairement aux autres régions, c’est principalement la spécialisation économique (services marchands) qui explique ces dynamiques positives. Quant à la Corse, sa structure faiblement industrielle (4,1 % de l’emploi en 2007), plutôt tournée vers l’administration publique, le tourisme et la construction, cumulée à un fort dynamisme démographique, semble l’avoir protégée.
Les dynamiques contrastées de régions qui se sont montrées plus ou moins résilientes aux chocs survenus depuis 2008 posent un défi à l’heure de la réforme territoriale, d’autant plus que les écarts de croissance entre régions semblent s’être amplifiés depuis la crise. Certaines des nouvelles régions, comme le Grand Est, regroupent des territoires qui peinent à retrouver leur dynamisme économique : elles forment un ensemble territorial globalement en difficulté.
À l’inverse, dans de nouvelles régions comme l’Occitanie, une partie des territoires en reprise progressive (Languedoc-Roussillon) pourrait bénéficier du dynamisme économique plus fort de l’ancienne région Midi-Pyrénées, notamment de la zone de Toulouse. D’autres, comme Bourgogne- Franche-Comté ou Auvergne-Rhône-Alpes, agrègent d’anciennes régions aux dynamiques très inégales, qui posent des enjeux de cohésion interne en matière de développement économique.
À ces problématiques d’échelle régionale s’ajoutent celles de la cohésion aux échelons infrarégionaux, constitués d’un ensemble hétérogène d’espaces, notamment métropolitains, ayant leurs propres dynamiques : un niveau d’observation régional masque en effet des phénomènes spécifiques aux territoires de plus petite taille (voir l’encadré sur l’observation du chômage dans le chapitre 1).

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